Longtemps familières au point d’en devenir presque invisibles, les mutualités sont aujourd’hui rattrapées par le débat public. Piliers historiques de la Sécurité sociale belge, elles sont sommées de prouver leur utilité et leur légitimité. Le gouvernement veut revoir leur financement et conditionner davantage leurs moyens aux résultats. Dans le même temps, la N-VA et le MR remettent en cause certaines de leurs missions, tandis que les mutualités défendent leur rôle de corps intermédiaires (lire «Le débat n’est pas serein, il est manipulé, orienté»).
Mais que recouvre encore ce rôle? Derrière le remboursement des soins, les mutuelles assurent aussi un travail moins visible: repérer le non-recours, raccrocher des personnes à leurs droits, orienter les publics précarisés. Une fonction sociale et de proximité que leurs défenseurs jugent difficilement remplaçable (lire «Accompagner loin de la précarité»).
À l’autre bout du spectre, elles sont aussi devenues des vendeuses de couvertures supplémentaires. Hospitalisation, soins dentaires, maladies graves: à mesure que le reste à charge augmente, ces assurances optionnelles gagnent du terrain. Avec le risque de renforcer un système de santé à deux vitesses entre ceux qui peuvent payer davantage et les autres (lire «Assurances optionnelles: le coût de la prudence»).
La concurrence se joue aussi sur un terrain plus léger: réductions pour les parcs d’attractions, vacances, applis sportives, médecines alternatives ou protections menstruelles. Des avantages parfois éloignés du soin strict, mais devenus des outils pour attirer des affiliés moins captifs qu’auparavant des bons vieux piliers belges sur lesquels la plupart des mutualités se sont construites (lire «Les bons plans des mutus»).
Ce vieux monde mutualiste laisse pourtant des traces très concrètes. Les petites vignettes colorées, presque archaïques à l’heure de la carte d’identité électronique, racontent à leur manière la pilarisation de la société belge et la fidélité familiale. Leur possible disparition dit aussi quelque chose d’un modèle en mutation (lire «Les vignettes des mutuelles: culte malgré elles»).
Enfin, la réforme à venir des mutualités se mesure surtout à travers l’histoire de celles et de ceux dont la survie dépend parfois de la Sécurité sociale. Les malades de longue durée sont au cœur des politiques de retour à l’emploi, entre contrôles renforcés, démarches administratives et pression à reprendre le travail. À travers leurs témoignages se pose une question centrale: jusqu’où pousser «l’efficacité» sans fragiliser davantage ceux que la Sécurité sociale est censée protéger? (lire «De malades de longue durée à réservoir de main-d’œuvre»).
Dossier illustré par Sophie and the frogs