Un aller-retour express entre un camp d’entraînement et une maternité aura suffi à enflammer les débats. En quittant le Mondial pour la naissance de son fils, le Diable rouge Jérémy Doku a essuyé les critiques, renvoyé au rang de simple « figurant ». Ce télescopage médiatique a mis en lumière les tiraillements de la paternité contemporaine abordés dans ce dossier.
Derrière le désir affiché des « nouveaux pères » de prendre leur place, le quotidien résiste. Comme l’explique la sociologue Marine Quennehen, l’idéal du père investi se heurte à des inégalités persistantes, la charge mentale restant massivement portée par les mères (lire «Les ‘nouveaux pères’ souhaitent être davantage présents, mais aussi choisir la manière dont ils s’investissent»).
Ce décalage s’accentue lors des ruptures familiales: alors qu’un enfant sur cinq seulement vit en hébergement égalitaire, les trajectoires divergent radicalement entre des pères qui s’effacent et d’autres qui réorganisent toute leur existence pour rester présents (lire «Papa séparé, papa où t’es?»).
Pour beaucoup de mères isolées, le désengagement paternel est aussi financier, face à un service de créances alimentaires (SECAL) que le gouvernement fédéral promet de muscler pour enfin récupérer les pensions impayées (lire «SECAL, ouvre-toi»).
Puis face à cette figure du père défaillant, d’autres hommes virent à la colère. Regroupés en collectifs, des pères divorcés se posent en victimes d’une justice les ayant privés de la garde de leur enfant; leur discours masque souvent une idéologie qui instrumentalise les conflits et banalise les violences conjugales (lire «Sous la colère des pères, le masculinisme »).
Reste enfin le combat de ceux qui doivent ramer contre les institutions pour simplement devenir papa: vingt ans après l’ouverture de l’adoption aux couples d’hommes, l’accès à la paternité demeure pour eux un parcours du combattant (lire «Deux hommes et une adoption»).
Dossier illustré par Sophie Sitemboun
Dossier réalisé avec le soutien d’equal.brussels