Le football est partout et la prochaine Coupe du monde, qui débutera le 11 juin prochain aux USA, Canada et Mexique, ne démentira sûrement pas cette affirmation. Le football est dans les stades évidemment, mais aussi dans les cours d’école, les maisons de quartier, les buvettes de village ou les vestiaires amateurs. Sport le plus populaire du pays, il reste un immense lieu de brassage social, de passions collectives et d’identifications. Un langage commun capable de faire jouer ensemble des enfants de quartiers populaires, d’anciennes joueuses internationales, des bénévoles retraités, des supporters antifascistes ou des personnes précarisées.
C’est sur ce football-là qu’Alter Échos a voulu se pencher. Mais attention, même envisagé sous ce prisme, le football charrie aussi son lot de contradictions. Parce qu’il reflète la société autant qu’il prétend parfois la réparer. Derrière les discours sur l’inclusion et le «beau jeu», le ballon rond reste traversé par les logiques de compétition, d’argent, de domination et d’exclusion qui structurent déjà le reste du monde. Sans surprise, et à l’image des contradictions qui traversent chacun et chacune d’entre nous, même les initiatives qui tentent de faire autrement n’y échappent pas totalement.
Le sociologue Marco Martiniello rappelle ainsi combien le football moderne oscille désormais entre spectacle mondialisé, récupération politique et nostalgie d’un sport populaire en voie de disparition («Cette Coupe du monde est un clou de plus dans le cercueil du football»). À Gand, la Fondation de La Gantoise transforme le football en outil de cohésion sociale, de travail de rue et d’émancipation dans des quartiers populaires où la précarité reste massive («À Gand, le foot fait société»). Dans les écoles, l’ex-Diable rouge Mbo Mpenza utilise le foot pour parler discriminations et harcèlement avec des enfants parfois déjà confrontés au racisme ou à l’exclusion («Carton rouge aux discriminations»). À Bruxelles et à Liège, la Belgian Bright Football League entend offrir aux femmes une ligue amateur inclusive, teintée de «play for fun». Si le succès est au rendez-vous, quelques années après sa création, le play for fun de la BBFL commence néanmoins à transpirer la gagne alors que certaines joueuses dénoncent encore le sexisme des arbitres («Une ligue à elles»). Et pendant ce temps, dans les clubs amateurs wallons, des milliers de bénévoles continuent de faire tourner un football non marchand qui peine pourtant à renouveler ses troupes («Foot populaire cherche bénévoles»).
Ce dossier ne raconte donc ni un football miracle ni un football condamné. Il explore plutôt les zones grises d’un sport capable du pire comme du meilleur; un terrain où se croisent émancipation et business, solidarité et compétition, engagement collectif et logiques de marché. Bref: un football qui tente de jouer autrement, sans jamais complètement sortir du jeu.
Dossier illustré par Benjamin Van Blancke