«Envie d’adrénaline? De sensations fortes? De rencontrer des animaux dans un cadre magnifique?» La Mutualité neutre a ce qu’il vous faut: en tant qu’affilié, vous pouvez profiter de réductions (de quelques euros) sur vos tickets d’entrée à Walibi, Aqualibi, Pairi Daiza ou Bellewaerde. De quoi vous offrir quelques tours de montagnes russes et une petite pause junkfood en famille. Pas exactement un programme de remise en forme? Tout est une question de point de vue. Une journée à Walibi, c’est aussi l’occasion de se «fabriquer des souvenirs» (les files d’attente vous en laisseront le temps). Or la santé, comme le dit l’OMS, ce n’est pas seulement l’absence de maladies, mais «un état complet de bien-être physique, mental et social». Lequel, faut-il le rappeler, n’est jamais totalement gratuit… D’où l’avantage de traquer les bonnes affaires mutuellistes.
Vacances, j’oublie tout
Heureusement, dans le domaine de l’assurance complémentaire, on ne pense pas seulement aux enfants et à leurs grands ados de parents. Pour les adultes du beau sexe, la Mutualité neutre a prévu la «Commission féminine», avec ses «goûters», «conférences santé» et «voyages d’un jour». Vous rêvez plutôt d’une mise au vert? Pourquoi ne pas opter pour un séjour à Massembre, le centre de vacances de la Mutualité chrétienne, situé quelque part entre Dinant et Givet? «Visite du parc animalier, balades à dos d’âne, chasses au trésor, parcours d’aventure, accrobranche, parcours d’obstacles aquatiques Aquaplazza, plaines de jeux et sentiers de randonnée… Massembre est l’endroit idéal pour vous amuser en famille ou entre amis», déroule le site de la MC. En tant qu’affilié, vous bénéficierez d’une réduction de 25% sur votre séjour «hors formule cabane». À moins que vous ne préfériez une «parenthèse de détente» au Spa Nivezé, dans les Ardennes, avec ses «semaines à thème» à prix réduit?
«Les affiliés sont désormais surtout des clients. C’est pourquoi les mutuelles se livrent une forte concurrence pour essayer de les attirer, avec des choses parfois un peu borderline…»
Stéphanie Rillaerts, spécialiste du financement des hôpitaux et chargée de cours à l’ULB
Si l’offre loisirs/vacances des mutuelles peut faire sourire et même rire jaune – toutes les familles n’ayant pas les moyens de débourser 40 euros par personne pour une journée de «sensations fortes» –, il faut rappeler qu’à l’origine, les séjours au grand air faisaient partie de l’ordonnance de nombreux patients. Dès après la Seconde Guerre mondiale, en 1949, les mutuelles ont ainsi organisé pour leurs affiliés des «cures d’air préventives». À l’époque, la tuberculose fait encore des ravages et les enfants des milieux ouvriers, exposés à la pollution minière et à la malnutrition, ont la santé fragile: on les envoie alors à la mer, à la montagne ou dans les Ardennes pour raisons strictement médicales. Plus tard, dans les années 60, au moment où la période de congés payés s’allonge et où le pécule de vacances se généralise, les mutualités diversifieront leur offre, avec les colonies de vacances et des formules de séjour pour les familles.
Des clients plus que des affiliés
Au fil du temps, la plupart des mutuelles ont aussi intégré un forfait pour le remboursement des thérapies alternatives. Ostéopathie, homéopathie, chiropraxie, acupuncture, mésothérapie (micro-injections de médicaments contre la douleur), thérapie par ondes de choc, méditation de pleine conscience, sophrologie…: même si l’efficacité de certaines de ces approches est toujours discutée, leur popularité rend aujourd’hui leur remboursement (partiel) symboliquement incontournable. D’autres mutualités se distinguent encore par le remboursement d’applis sportives, une intervention dans l’achat d’un vélo, des cours d’auto-école, une aide au jardinage ou encore un test de dépistage du burn-out (valable une fois par vie, qu’on se le tienne pour dit). «Jusque dans les années 70-80, les affiliés des mutuelles étaient ‘captifs’ du fait de leur appartenance politique et de la pilarisation qui caractérisait la Belgique, analyse Stéphane Rillaerts, spécialiste du financement des hôpitaux et chargé de cours à l’ULB. Aujourd’hui, chacun peut décider de changer de mutuelle pour bénéficier de tel ou tel service plutôt que de rester dans le ‘couloir’ lié à un pilier. Les affiliés sont donc désormais surtout des clients. C’est pourquoi les mutuelles se livrent une forte concurrence pour essayer de les attirer, avec des choses parfois un peu borderline…»
«De très nombreuses personnes ignorent qu’elles ont droit à certains avantages dans leur propre mutuelle et n’en profitent donc pas.»
Julie Frère, porte-parole de Testachats
«L’offre d’avantages sort parfois du domaine strict de la santé, mais cela n’est pas vraiment problématique, estime Julie Frère, porte-parole de Testachats. Un stage de conduite aide à prévenir les accidents, une offre de vacances fait du bien pour la santé mentale, faire du sport, c’est bon pour la santé.» Pour l’association de consommateurs, c’est plutôt le «non-recours» à ces avantages qui pose question, d’où le «comparateur de mutuelles» qu’elle a mis au point. «De très nombreuses personnes ignorent qu’elles ont droit à certains avantages dans leur propre mutuelle et n’en profitent donc pas, analyse Julie Frère. Quant à comparer avec d’autres mutuelles, c’est un vrai parcours du combattant.»
Contraception ou tampons, il faut choisir
Bien sûr, l’assurance complémentaire des mutualités surfe aussi sur les prises de conscience de l’époque. Ainsi, la mise au jour de la précarité menstruelle – 30% des femmes n’ont parfois, voire souvent, pas assez d’argent pour acheter des protections adaptées1 – a amené récemment certaines mutualités à intervenir dans l’achat de ce type de produits. La MC propose ainsi – dès les premières règles et sans limite d’âge (faut-il rappeler que les menstruations, elles, en ont une?) – un remboursement de 75 euros par an pour les serviettes hygiéniques, tampons, cups et culottes menstruelles. «L’avantage est aussi valable pour les maillots de bain menstruels, mais n’est pas valable pour les protège-slips et les protections contre les fuites urinaires», précise la MC. Tous les flux ne seront donc pas dédommagés. Plus curieux encore, si l’on regarde les détails de cet avantage «inédit» (sic), on apprendra qu’il n’est pas cumulable avec le remboursement annuel des préservatifs, pilules et anneaux vaginaux. Entre la contraception et les tampons, il faudra donc trancher. Des trucs de femmes, dans tous les cas. Et une bonne affaire quand même.
- « La précarité mesntruelle en Fédération Wallonie-Bruxelles », Synergie Wallonie, 2021, https://synergie-wallonie.org/wp-content/uploads/2022/07/Rapport-Precarite-Menstruelle-Synergie-Wallonie.pdf