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Regard critique · Justice sociale

Edito

Sortir du sans-abrisme, vraiment?

La Wallonie s’est dotée enfin d’une stratégie de sortie du sans-abrisme. Il était temps. Mais à la lecture du texte, une question s’impose aussitôt: veut-on vraiment résoudre le problème, ou seulement mieux en organiser la gestion?

(c) Frankie Fouganthin, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Le document a pourtant le mérite de dire l’essentiel sans détour. Le sans-abrisme n’est pas une fatalité ni un simple accident. C’est l’aboutissement d’échecs politiques répétés, au premier rang desquels figure l’accès au logement. Près de 20.000 personnes concernées, dont plus de 5.000 enfants: derrière ces chiffres, il n’y a pas une difficulté abstraite, mais une atteinte massive et durable à un droit fondamental.

Sur ce point, la stratégie marque une avancée réelle. Elle rompt avec la logique du saupoudrage, des dispositifs isolés, des réponses improvisées à la crise permanente. Elle reconnaît enfin que le sans-abrisme se combat par la prévention, la continuité des parcours et l’accès rapide à un logement stable, pas seulement par l’hébergement d’urgence.

Mais c’est là que le bât blesse. La stratégie dit vrai, mais elle agit trop prudemment. Elle affirme qu’il faut s’attaquer aux causes structurelles, tout en restant étrangement modeste sur les moyens. Plusieurs mesures sont renvoyées à des budgets à déterminer, d’autres reposent sur des enveloppes existantes, certaines sont même annoncées sans impact budgétaire. Comme si l’on pouvait affronter une crise structurelle avec des moyens incertains.

La stratégie marque une avancée réelle. Elle rompt avec la logique du saupoudrage, des dispositifs isolés, des réponses improvisées à la crise permanente. Elle reconnaît enfin que le sans-abrisme se combat par la prévention, la continuité des parcours et l’accès rapide à un logement stable, pas seulement par l’hébergement d’urgence.

La Région parle de réalisme. En réalité, elle affiche surtout ses limites. Or le sans-abrisme ne se résorbera pas à coups de coordination administrative ou de bonnes intentions. Ce qu’il faut, c’est du logement, du logement, encore du logement… Tant que l’offre restera insuffisante et le marché privé largement laissé à lui-même, les dispositifs d’accompagnement ne feront que colmater les brèches.

Housing First, suivi post-hébergement, relais santé, prévention des expulsions… sont autant d’outils qui vont dans le bon sens. Mais ils ne peuvent pas être l’alpha et l’oméga de la réponse publique. Ils sont indispensables, mais pas décisifs, hélas. Le vrai enjeu est ailleurs: combien de logements seront effectivement mobilisés? Avec quelles contraintes pour les propriétaires? Avec quelle régulation du marché? Avec quelle ambition pour le logement public?

Au fond, la stratégie wallonne dit quelque chose de très simple: l’époque des demi-mesures touche à sa fin. On sait désormais ce qui produit le sans-abrisme. La question n’est plus celle du diagnostic, mais du courage politique. Et pour l’instant, c’est bien ce courage qui manque.

Pierre Jassogne

Pierre Jassogne

Journaliste

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