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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Social et santé

Réfugiés : après l’urgence, l’accompagnement

PianoFabriek22
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Depuis l’été 2015, la Belgique enregistre un nombre important de demandes d’asile. Entre 60 et 65% de ces demandeurs devraient obtenir le statut de réfugié. Après la mobilisation humanitaire, il s’agit d’organiser l’accompagnement et l’insertion de ces personnes, et de construire le vivre-ensemble. Avec quelle philosophie et quels moyens? Ces questions étaient au cœur du débat organisé par la Fédération des services sociaux (FdSS) et l’Agence Alter le 19 février dernier. Compte rendu.

Publié le 9 mars 2016.

Réussir ses cours de langues pour accéder à la sécurité sociale? En Belgique, nous n’en sommes pas encore là, mais assortir l’accès aux droits des réfugiés à des conditions à remplir semble être une tendance à l’œuvre en Europe. Pour favoriser l’insertion des migrants, 17 pays européens ont mis en place un parcours d’intégration. «L’exigence linguistique y est devenue primordiale, décrypte Andrea Rea, professeur de sociologie et directeur du Groupe d’étude sur l’ethnicité, le racisme, les migrations et l’exclusion (GERME) à l’ULB. À l’époque [de l’immigration du travail, NDLR], on n’a jamais exigé des Italiens qu’ils parlent le français. Aujourd’hui c’est devenu une condition pour intégrer les nouveaux migrants À certains endroits, cette condition doit même être remplie en amont de la migration: il faut faire ses preuves au consulat du pays d’origine pour avoir accès au regroupement familial.

Autre orientation qui inquiète le sociologue, celle de ne réserver le caractère obligatoire de ces parcours qu’à une partie des primo-arrivants, les Européens de l’Ouest et les classes supérieures étant pour leur part dispensés «de s’intégrer». David Cordonnier, conseiller au cabinet de Rudi Vervoort, se veut rassurant: «Concernant l’accès aux droits, la nationalité est la seule question pour laquelle se pose le fait de devoir prouver son intégration.» Quant au caractère obligatoire vers lequel se dirige Bruxelles, pas question qu’il ne soit l’apanage des moins aisés, des extra-Européens ou des Européens de l’Est. «C’est une vision terriblement stigmatisante que nous ne voulons pas avoir. Il existe à Bruxelles une communauté très centrée sur elle-même et qui génère de grands salaires, qui a ses écoles, ses circuits et ne parle ni le français ni le néerlandais. Il ne s’agit pas de mettre sur pied un parcours pour les uns et pas pour les autres. Ni de réserver les sanctions à une partie du public cible comme c’est le cas en Flandre.» (Lire «Primo-arrivants: où t’es, Bapaoutai?», Alter Échos n°413, novembre 2015.)

«La limite de l’obligation, finalement, ce sont les moyens que nous pouvons investir dans les politiques mises en place.», Robert Javaux, du cabinet de Maxime Prévot

Pour Robert Javaux, du cabinet de Maxime Prévot, si le caractère obligatoire du parcours d’intégration wallon est au cœur des débats (le gouvernement wallon souhaite rendre obligatoire la totalité du parcours d’intégration. Cinq millions d’euros ont été débloqués à cet effet par Maxime Prévot, cinq autres par Éliane Tillieux), dans le chef des migrants, cette question est dérisoire: ils sont demandeurs d’apprendre notre langue, de comprendre notre société. «La limite de l’obligation, finalement, ce sont les moyens que nous pouvons investir dans les politiques mises en place.» La question, aujourd’hui, réside plutôt dans la définition des contenus de certaines phases de ce parcours (les phases 1: l’accueil et 4: l’insertion socioprofessionnelle) (lire «Wallonie: obligation à tous les étages», Alter Échos n°413, novembre 2015). «Nous avons aussi voulu renforcer l’axe ‘interculturalité’ via un ensemble d’actions coordonnées par les centres régionaux d’intégration (CRI), ajoute le représentant du ministre Prévot. Car intégrer, ce n’est pas seulement l’affaire des primo-arrivants, c’est l’affaire de tous.»

L’intégration, selon les cabinets wallon et bruxellois, repose sur «une politique d’accueil positive», sur un «accueil digne» et se conjugue avec des actions dans les domaines de l’emploi, de l’enseignement, de l’action sociale ou encore du logement.

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Deux défis: le logement et les Mena

Outre l’ouverture des droits sociaux, l’accès au logement est le défi à relever. Environ 800 réfugiés par mois seront en recherche de logement à Bruxelles, évalue Rocco Vitali, du cabinet de Céline Fremault. Alors que 40.000 personnes languissent aujourd’hui dans les files d’attente pour une place en logement social. «Nous devons espérer et travailler pour que les personnes réfugiées ne rejoignent pas le public des sans-abri, des mal-logés bruxellois.»

C’est pourquoi le cabinet bruxellois en charge du logement opte pour un renforcement des moyens d’action des associations qui travaillent sur l’accès et l’accompagnement dans le logement, ainsi que pour faire avancer une série de mesures ayant pour but de faciliter l’accès au logement. Mécanisme de bail glissant, renforcement des liens entre CPAS et sociétés immobilières de service public (SISP), réforme de la législation relative aux agences immobilières sociales… Des outils qui ne concernent pas que les réfugiés, mais qui peuvent être mobilisés par toutes les associations qui travaillent avec ce public, explique Rocco Vitali, qui insiste sur la nécessité de ne pas créer de concurrence entre les publics réfugiés et les autres publics défavorisés. Côté wallon, on notera aussi la volonté d’assouplir l’accès au logement pour les primo-arrivants, ainsi que l’octroi d’aides pour les garanties locatives (pour plus de détails, lire le Plan wallon de lutte contre la pauvreté 2015-2019).

Quant aux 40% de déboutés, «on essaye d’observer, de voir comment ces personnes rejoignent le tissu urbain à Bruxelles, commente Rocco Vitali. Pour le moment il ne semble pas y avoir de transfert des personnes déboutées vers l’accueil d’urgence et le sans-abrisme à Bruxelles. Mais c’est clair qu’il y a une population cachée qui est en train de se développer».

«Nous sommes dans un momentum du point de vue de la mobilisation de la société civile», Bruno Gilain, directeur de l’association bruxelloise Convivial

Autre enjeu crucial, celui des mineurs étrangers non accompagnés (Mena) dont le nombre ne cesse de croître et pour lesquels peu de solutions sont proposées (lire «Mineurs étrangers non accompagnés: la crise dans la crise», Alter Échos n°417, février 2016). Parce que les compétences sont diluées. Parce que les services qui accompagnent ce public ont subi la sixième réforme de l’État et la suppression de fonds fédéraux. Les Régions wallonnes et bruxelloises disent tenter de pallier tant bien que mal ces pertes: «Nous avons été pêcher dans le fonds logement régional pour sauver la plateforme Mineurs en exil, explique par exemple Rocco Vitali. C’est faire entrer un cube dans un cercle.»

L’union fait la force

Dans un contexte de pénurie de moyens publics et associatifs, la meilleure chose à faire est d’unir ses forces. C’est ce qu’a voulu montrer le Centre régional d’intégration de Charleroi (CRIC) en créant une plateforme réunissant des acteurs qui n’ont pas forcément l’habitude de travailler ensemble. Mise sur pied le 3 février, elle a fait se rencontrer 85 professionnels issus de CPAS, communes, écoles, du secteur de la santé, de l’insertion socioprofessionnelle ou encore du logement.

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Face au manque d’informations et à la crainte des professionnels de se retrouver avec plus de boulot, une demande s’est exprimée pour s’organiser en réseau, explique Thierry Tournoy, directeur du CRIC à Charleroi. «À la suite de la vague de régularisations en 2009, une plateforme s’était déjà mise sur pied, qui avait débouché sur la création des guichets uniques. La dynamique se poursuit, avec pour objectif de créer des ponts, d’objectiver la situation, de mettre de la cohérence dans la mise en place de réponses concrètes.» Trois groupes de travail ont été mis sur pied autour des questions de logement; des Mena/de la scolarité/l’extrascolaire; et de l’aide sociale générale. Faire des ponts. C’était aussi l’objectif poursuivi par le speed-dating organisé par la FdSS ce 19 février réunissant professionnels de l’urgence, de l’accompagnement social et de l’intégration.

«Nous sommes dans un momentum du point de vue de la mobilisation de la société civile, a quant à lui conclu Bruno Gilain, directeur de l’association bruxelloise Convivial. Il y a beaucoup de volontés de s’impliquer localement. Le gros défi est de rassembler ces initiatives, les fédérer pour créer un climat d’accueil, dans une logique de rencontre et non d’intégration forcée Une mobilisation citoyenne saluée par Andrea Rea pour autant qu’elle poursuive l’ambition de créer des liens sociaux, de proximité. «C’est une manière de se défendre contre les opinions eurosceptiques et celles qui sont opposées à la présence de nouveaux migrants. C’est très important, sinon on va aller vers toujours moins de droits pour les étrangers.» Mais le sociologue nous met aussi en garde: «Il faut faire attention à ce que la mobilisation citoyenne ne se substitue pas à l’action de l’État. Si c’est le cas, cela doit être dénoncé.»

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