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Microcrédit: l’Europe (est) prête

Alter Échos n° 391 28 octobre 2014 Olivier Bailly

La microfinance, l’Union européenne en est fan! Dans le cadre du «Employment and Social Innovation (EaSI) Programme», elle a mis sur pied le «Progress MicroFinance», soit 200 millions d’euros pour soutenir des fournisseurs de microcrédits.

Lancé en 2010, cet instrument vise à accroître l’offre de microcrédits (moins de 25.000 euros) destinés à la création ou au développement d’une petite entreprise. Les aides ont été octroyées à divers organismes à travers l’Europe 1.

Le nouveau programme EaSI 2014-2020 prévoit un budget total de 171,15 millions pour la microfinance et l’entrepreneuriat social, dont 77,5 millions consacrés à l’accès à la microfinance. Cette somme devrait permettre des microprêts pour un montant oscillant entre 400 et 450 millions d’euros.

En Belgique, microStart a reçu le soutien de 110.000 euros du Progress MicroFinance dès 2011, tandis que Crédal a signé en mai 2012 un accord de 250.000 euros lui permettant d’octroyer 180 crédits supplémentaires à des micro-entrepreneurs.

Cet argent est le bienvenu selon Jorge Ramirez, General, Manager du Réseau européen de la microfinance (REM). La crise financière de 2008, plutôt que d’assécher le concept, a augmenté le réservoir de démunis frappant aux portes du microcrédit. «Chaque année, le volume de demandes croît, et nous avons de plus en plus de difficultés pour les rencontrer.»

Le lobby du microcrédit

Né en 2003 sous l’impulsion de trois agences de microcrédit (Adie/France, Nef/Royaume-Uni et Evers & Jung/Allemagne), le REM a été présidé par l’omniprésente Marie Nowak, de l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique) jusqu’en 2008. Le REM regroupe à présent 80 membres issus de 22 pays. Leur point commun? Des microprêts, mais aussi un objectif social. Malgré sa demande, impossible donc pour… Carrefour de rejoindre le REM.

Autre caractéristique demandée, «donner sans garanties, avance Jorge Ramirez. On n’attend pas d’avoir un aval parce qu’on parle de gens qui n’ont rien.» Quid alors de microStart qui demande 50% de garantie via un tiers? «Ils réduisent le risque pour réduire le coût. C’est donc plus intéressant pour les deux parties en présence.» Sans doute, mais la remarque est alors valable pour tout prêteur et cela rend caduque l’absence de garantie comme condition d’affiliation au REM.

Le profil des membres du REM est aussi diversifié que les territoires européens. Les différents projets de microcrédit sont nés d’après des caractéristiques sociales très différentes: entre le modèle anglo-saxon où un «cash lender» vous attend à chaque coin de rue avec des taux d’intérêt démentiels, une Europe occidentale continentale au cadre construit sur un système financier traditionnel plafonnant les taux, et une Europe de l’Est où l’absence d’institution financière a permis d’établir des solutions alternatives.

Confronté aux réalités multiples de ses membres, le plaidoyer du REM peine à se déployer sur les enjeux régulateurs (tout au plus «quelques initiatives pour l’autorégulation du secteur avec un code de bonne conduite») et se concentre dès lors autour des aides et financements fournis par la Commission européenne.

Le REM travaille aussi sur les législations nationales pour encourager un «cadre favorable» au microcrédit professionnel. En Belgique? «Nous sommes surtout actifs à travers microStart. La loi de la limitation du taux d’intérêt est encore un inconvénient pour le développement du secteur.» À bon entendeur…

En 2011, les institutions de microfinance répertoriées par le REM ont distribué un total de 204.080 crédits pour un montant de 1,047 milliard d’euros. Quelque 38% furent octroyés à des femmes, 12% à des minorités ethniques ou à des immigrés, 13% à des personnes vivant sous le seuil de pauvreté, 17% à des personnes vivant dans des zones rurales 2.

 

1. Avec un certain équilibre entre ex-pays de l’Est (Bulgarie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovaquie et Slovénie) et la vieille Europe (Autriche, Belgique, Chypre, Danemark, Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni).

2. «The role of microfinance and entrepreneurship during the next EU budgetary period 2014-2020», Réseau européen de micro-finance, novembre 2013.

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