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© Cemo

Logement: aider un jeune à franchir le c(K)ap de l’autonomie

Alter Échos n° 391 28 octobre 2014 Martine Vandemeulebroucke

Des jeunes qui se retrouvent à la rue à la suite d’une rupture familiale ou au sortir d’une structure d’aide à la jeunesse, c’est une expérience rarement choisie. Et elle est risquée compte tenu de la difficulté à quitter la galère du sans-abrisme à Bruxelles. À Saint-Gilles, le Centre d’éducation en milieu ouvert offre à ces jeunes adultes un «kot» dans des appartements de transit mais, au-delà de cet hébergement provisoire, veille surtout à offrir des perspectives d’avenir.

Le phénomène a pris de l’ampleur depuis une petite dizaine d’années: de plus en plus de jeunes sont en errance. À la suite d’une rupture familiale, d’une fugue, ils vivent dans un logement précaire, dans un squat, temporairement chez l’un ou l’autre, voire dans la rue. Fin 2012, on a vu apparaître le premier centre pour jeunes sans abri à Forest.

Le projet Kap (Kot autonome provisoire) part aussi de ce constat mais présente une autre solution à ces jeunes sans hébergement stable. Lancé en 2010 au sein du Cémo (Centre d’éducation en milieu ouvert), le Kap offre à la fois un appartement de transit et un accompagnement social. «Nous avons lancé Kap en voyant qu’il est devenu très difficile d’aider les jeunes mineurs à trouver un logement lorsqu’ils se retrouvent seuls, après un problème familial ou à la fin d’une prise en charge par les services d’aide à la jeunesse, constate Olivier Gatti, directeur du Cémo. D’abord parce qu’ils sont jeunes mais aussi parce qu’ils n’ont pas d’adultes à leurs côtés. Et s’ils sont aidés par le CPAS, c’est plutôt stigmatisant.»

En tant que service d’aide en milieu ouvert, le Cémo est aussi bien placé pour observer la trajectoire de ces jeunes qui galèrent en passant d’un logement précaire à un autre avant de se retrouver parfois sans abri. Le Kap offre quatre unités d’hébergement à Saint-Gilles et quatre à Ixelles. Il est aussi possible d’héberger de jeunes mères, mineures ou non, avec leurs enfants dans des unités plus spacieuses. «Offrir un hébergement n’est pas une finalité en soi, insiste Olivier Gatti. C’est un outil pour autonomiser le jeune, car, ce qui manque, c’est l’accompagnement. Nous faisons un bout de chemin avec ces jeunes, mais sans mandat.»

Dans les logements de transit, le Kap établit des contrats de trois mois renouvelables jusqu’à un an maximum. «Un an pour faire, avec le jeune, l’apprentissage de l’autonomie, explique Sébastien Godart, chargé du projet Kap. Il s’agit d’apprendre à gérer son budget, se faire à manger, tenir son logement en ordre, pouvoir vivre en bonne entente avec les autres, avec les voisins.» La santé, les loisirs sont aussi au centre du travail social. Chaque jeune peut compter sur l’aide d’un référent qui veille sur son autonomie fonctionnelle et d’un intervenant qui agit davantage sur la sphère familiale et sociale. «Mais les deux interventions sont très liées. Un appartement dans un désordre dingue, c’est parfois l’indicateur d’autres problèmes.» L’accompagnement est dans tous les cas individualisé et intensif.

L’équipe du Kap a constaté que huit jeunes sur dix ont été au préalable pris en charge par les services d’aide à la jeunesse. «Dans les AMO, on travaille avec de jeunes mineurs. Nous avons décidé d’élargir ce public aux 16-25 ans parce que nous voyons poindre des difficultés particulières lors du passage à la majorité, à 17, 18 et 19 ans surtout, explique Sébastien Godart. Beaucoup de jeunes se retrouvent complètement perdus quand ils deviennent majeurs. Avant, ils étaient scolarisés, aidés par une série de dispositifs prévus notamment dans le cadre de l’aide à la jeunesse. Quand ils ont 18 ans, ils n’ont qu’une idée en tête: être libres, vivre seuls mais ils n’ont personne pour les accompagner dans une série de démarches comme celle de trouver un logement.»

Cela pourrait et devrait même être le travail du CPAS mais dans la pratique ça ne marche pas. «Ils ont leurs horaires», dit prudemment Sébastien. «Il y a un problème de charge de travail, de formation des intervenants sociaux», selon Olivier Gatti. Le fait d’avoir vécu dans des institutions n’arrange rien en termes d’autonomie pour le jeune. Gérer un budget, contrôler sa consommation d’énergie quand il n’a jamais fallu s’en soucier sont de vrais défis. Et l’équipe du Kap a eu, au début de l’expérience, quelques mauvaises surprises.

«Offrir un hébergement n’est pas une finalité en soi. C’est un outil pour autonomiser le jeune, car, ce qui manque, c’est l’accompagnement. Nous faisons un bout de chemin avec ces jeunes, mais sans mandat.» Olivier Gatti, Cémo

Le droit de faire des erreurs

Les appartements à Saint-Gilles et à Ixelles n’ont pas tout à fait la même fonction et le même public. À Ixelles, le Kap a mis en place, en partenariat avec l’asbl Convivium, un projet d’habitat groupé privilégiant la vie communautaire. «Certains jeunes vivent depuis plusieurs années dans la rue. Se retrouver entre quatre murs n’est pas simple. Ils ont l’habitude d’avoir des gens autour d’eux», constate Sébastien Godart. Pour eux, Ixelles est plus approprié. «D’autres aspirent à la solitude mais s’y enferment. Cela se travaille, mais nous ne sommes pas derrière eux 24 heures sur 24, sept jours sur sept, précise le directeur du Cémo. Entre nous et les jeunes, c’est comme un fil qui se tend et se détend en fonction de leur autonomie au départ et de leur apprentissage à celle-ci. Dans d’autres institutions, des éducateurs font les démarches administratives avec les jeunes et les accompagnent partout. Nous préférons leur laisser la possibilité d’apprendre cette indépendance tout en bénéficiant de notre soutien. On doit aussi leur permettre de faire des erreurs.»

Pour entrer dans le projet Kap, il faut pouvoir payer un loyer. Ce qui suppose d’avoir des revenus. C’est le travail social préalable avant d’intégrer le logement. Le loyer est fixé à 470 euros par mois et comprend les charges et une épargne pour le jour où le jeune devra partir. «C’est un montant assez élevé, reconnaît Olivier Gatti mais il est réaliste. Il correspond à ce que les jeunes rencontreront dans leur recherche de logement à Bruxelles.» D’où la nécessité d’apprendre à gérer son budget. Quand il quitte Kap, le jeune se retrouve parfois confronté à la difficulté de départ: trouver un appartement. «Ils tombent parfois de haut car ce qu’on leur offre est souvent insalubre, constate Sébastien Godart. Nous répondons à la problématique du logement pour les jeunes, mais souvent on la retrouve à l’issue de l’expérience du Kap. C’est difficile à gérer aussi pour l’équipe.»

Le Kap apporte une solution à une problématique aiguë et grandissante en Région bruxelloise: le manque de logements et de dispositifs d’accompagnement pour les jeunes adultes. L’initiative lancée et soutenue par le Cémo «en attendant qu’elle devienne elle-même autonome» est fragile. Le Kap aurait besoin de disposer d’autres structures d’hébergement. Il a enregistré en 2014 une augmentation très importante de demandes: une centaine au 1er octobre 2014 contre soixante pour toute l’année 2013. Les huit unités d’hébergement existantes ne sont donc pas suffisantes. Un propriétaire saint-gillois souhaite collaborer avec le Kap et une des agences immobilières sociales partenaires du projet propose deux autres logements en février 2015. Mais le financement du Kap n’est garanti que jusqu’au 31 décembre 2014. Survivra-t-il en cette période d’économies budgétaires à tous les étages? Le problème de l’errance chez les jeunes à Bruxelles devrait en tout cas certainement perdurer au-delà de cette date…

En savoir plus

Cémo: tél.: 02 533 05 60 — site: www.cemoasbl.be

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