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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Emploi et formation

Au chômage jusqu’à 67 ans ?

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  • Par Julien Winkel
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Le gouvernement fédéral a décidé de reculer de l’âge de la pension. On oublie pourtant que la situation des travailleurs âgés en Belgique n’est guère reluisante…

Le phénomène évolue lentement. Mais sûrement. Entre 2006 et 2013, la proportion de personnes âgées de 50 ans et plus en Belgique est passée de 35% à 37,1% de la population totale. Un chiffre qui devrait continuer à grimper. Parallèlement, le nouveau gouvernement fédéral vient de reculer l’âge de la pension à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030. Ses motivations semblent à première vue purement économiques. Depuis quelques années, il ne se passe en effet plus un jour sans que l’on s’interroge sur l’avenir du système des pensions, grevé par l’augmentation du nombre d’aînés. Mais il y a plus interpellant: certains intervenants s’inquiètent de l’émergence d’une forme de «guerre des générations» entre «jeunes» et «vieux». «À l’heure actuelle, les tensions sont exacerbées par la crise et par le fait que le système social est menacé, analyse Valérie Beckers, coordinatrice de Courant d’âges, une plate-forme de l’intergénération. Les jeunes râlent sur les vieux qui ne leur laisseraient pas leur place. Ils doutent de pouvoir un jour eux-mêmes bénéficier d’une pension. Les aînés regardent quant à eux les jeunes comme des gens n’ayant pas dû souffrir, etc.»

Les clichés ont la vie dure

Face à cette situation, il était donc «tentant» de réformer le système des pensions, notamment en poussant les aînés à travailler plus longtemps. Pourtant, «on oublie que la sécurité sociale est aussi intergénérationnelle. Les jeunes travailleurs financent les pensions des plus âgés, certes. Mais les travailleurs aînés payent également les études des plus jeunes. Et ceux qui ne sont plus ‘actifs’ ont cotisé toute leur vie», explique Philippe Andrianne, secrétaire politique d’Eneo, autrefois appelée Union chrétienne des pensionnés.

De manière plus générale, on peut aussi s’interroger sur l’effectivité de la mesure. Notre pays compte un taux d’emploi des personnes âgées (55 à 64 ans) bien plus faible que la moyenne européenne. En 2013, celui-ci s’élevait à 41,7% pour la Belgique, contre 50,2% pour l’ensemble de l’Union européenne. Pire: dans son baromètre de la diversité de 2012 consacré à l’emploi, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme dressait quelques constats interpellants. Près de la moitié des responsables des ressources humaines interrogés affirmaient que l’âge d’un candidat exerce une influence sur la sélection finale lors d’un entretien d’embauche. D’après le centre, la probabilité pour un travailleur âgé de plus de 45 ans de subir un désavantage discriminatoire, c’est-à-dire de ne pas être invité à cet entretien alors que le candidat jeune reçoit l’invitation, serait de 7 à 8 points de pourcentage plus élevé!

Les clichés ont la vie dure. Les «travailleurs âgés» seraient moins flexibles, plus lents, peu adaptatifs, pas intéressés par les nouvelles technologies. Leur coût pour l’employeur, surtout, serait disproportionné par rapport à leur rendement. Une situation préoccupante alors que l’âge de l’«obsolescence» d’un travailleur interviendrait de plus en plus tôt. «Nous comptons parmi nos membres des structures représentant des personnes de 40 ans et plus, rejetées à cause de leur âge», explique Anne-Sophie Parent, secrétaire générale d’AGE platform Europe, un réseau européen regroupant près de 167 organisations de personnes âgées de 50 ans et plus. «Nous nous disons parfois en rigolant que les travailleurs sont jeunes jusqu’à 35 ans et vieux à 40. Cela laisse peu de place pour les personnes d’âge moyen», continue-t-elle.

Un facteur «culturel»?

Pour beaucoup d’intervenants, le facteur «culturel» jouerait un rôle. Un facteur influencé par les politiques mises en place depuis plusieurs années. «Les employeurs belges connaissent mal la législation en matière de discrimination à l’emploi, explique Amélie Hosdey-Radoux, chargée de projets et responsable d’analyse et d’études à Espace Seniors, une association partenaire de Solidaris-Mutualité Socialiste. Ils sont également assez peu au courant de ce qui existe comme aides de l’État pour l’embauche ou le maintien à l’emploi des aînés. On communique beaucoup à propos des aides pour les jeunes, mais pas vraiment pour les plus âgés.»

Autre politique citée: les prépensions. «La Belgique, comme la France, est un pays qui favorise les prépensions afin de «laisser la place aux jeunes». On voit le marché du travail comme un vase clos. Il faut que les vieux partent pour faire de la place aux plus jeunes. Cette analyse peut être correcte au niveau micro, comme au sein d’une administration. Mais pas au niveau macro», détaille Anne-Sophie Parent.

Conséquence: beaucoup d’employeurs et de travailleurs plus «jeunes» auraient tendance à voir les travailleurs «âgés» comme des individus n’attendant qu’une chose: prendre leur retraite. Un constat confirmé par une étude qualitative réalisée en 2012 par Ipsos pour le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme. Des travailleurs ont été interrogés. Il est ressorti des entretiens qu’«au jour d’aujourd’hui, les plus âgés sont (…) avant tout perçus comme des travailleurs qui souhaitent arrêter de travailler avant l’âge actuel de la pension fixé à 65 ans», peut-on lire dans le document. Avant d’apprendre que «le système de la prépension engendre davantage la perception tenue d’un travailleur plus âgé qui a besoin de plus de temps pour apprendre quelque chose de nouveau, qui a plus de difficultés à utiliser les nouvelles technologies et qui a des capacités cognitives plus limitées. L’existence de ce système semble aussi contribuer à favoriser l’image d’un travailleur plus âgé qui souhaite arrêter de travailler avant l’âge de la pension et qui est plus heureux lorsqu’il réduit ses activités professionnelles». Les conséquences de cette image seraient nombreuses. Outre celles déjà citées plus haut, l’accès à la formation continuée revient régulièrement sur la table. «À partir d’un certain âge, on considère qu’il n’est plus nécessaire d’investir dans le travailleur. Alors que faire de la formation continuée est un facteur de motivation pour lui», continue Amélie Hosdey-Radoux.

Pour Anne-Sophie Parent, la crise aurait aussi bon dos. Alors que la situation de l’emploi des plus de 50 ans avait tendance à s’améliorer avant 2008, les années difficiles qui ont suivi ont provoqué un retour en arrière. Les grandes restructurations, souvent basées sur des départs à la retraite anticipés, sont passées par là. «Tout le monde y a trouvé son compte. Les employeurs s’y sont engouffrés, parfois en arguant qu’il pouvait s’agir des dernières possibilités avant qu’un changement de politique ne survienne. Et les travailleurs l’ont fait aussi, même s’ils n’étaient pas contents. Pour eux, un tiens valait mieux que deux tu l’auras…»

 

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