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Santé

Drogues à Bruxelles : ça bouge et ça bloque

Alter Échos n° 440 14 mars 2017 Marinette Mormont

Ce mercredi 22 février, la Fedito bruxelloise organisait une journée d’étude sur le « phénomène » des drogues à Bruxelles(1). L’occasion de présenter les nouvelles initiatives qui se développent dans le secteur.

« L’usage de drogues dans la capitale est le reflet de Bruxelles aujourd’hui. Une ville a les usagers de drogues qu’elle mérite », a déclaré Serge Zombek, président de la Fedito bruxelloise, en début de journée. Chez les consommateurs problématiques, beaucoup cumulent les vulnérabilités (logement, judiciaires ou encore isolement social…) et les services à bas seuil qui les accueillent sont souvent saturés.

Pourtant, dans le secteur, ce ne sont pas les initiatives qui manquent.

Première grande évolution à noter : l’asbl Transit, opérateur de crise et d’hébergement depuis 20 ans, vient d’être nommée le 7 février dernier « opérateur régional bruxellois en matière d’assuétudes » dans le cadre du « Plan global de sécurité et de prévention » (PGSP).

L’asbl assumera désormais les missions de coordination du groupe de travail « assuétudes et drogues » au sein de ce plan : un rôle d’articulation avec les communes dans le cadre du « Plan de prévention et de proximité » ; et la mise en place d’un centre intégré pour le public de consommateurs en situation de précarité, en partenariat avec Médecins du monde (MdM) et le Projet Lama.

Il s’agira d’un centre à très bas-seuil d’accès combinant toute une série de services et d’approches.

Ce projet de centre intégré devrait voir le jour au cœur d’une scène ouverte de consommation. Il s’agira d’un centre à très bas seuil d’accès combinant toute une série de services et d’approches : une maison médicale, un abri (lit pour quelques heures, de jour comme de nuit), un travail mobile de rue, un espace de réduction des risques, un espace infirmier, un accompagnement psychosocial… voire une salle de consommation et de délivrance de diacétylmorphine (héroïne médicale). Les services proposés seront gratuits et anonymes, et l’accueil aura lieu 24 h/24 et 7 j/7. Le projet mettra l’accent sur une ouverture vers le quartier, mais aussi sur des initiatives de participation et de réinsertion des usagers tant dans le champ socioprofessionnel que dans le logement. Une attention particulière sera portée aux femmes, avec un lieu qui leur sera spécifiquement dédié.

D’autres avancées récentes sont à épingler : la reconnaissance de la réduction des risques au sein du secteur ambulatoire, un nouveau décret en préparation pour la promotion de la santé, le renforcement des dispositifs d’échanges de matériel d’injection(2)

Pas de salle de consommation

Depuis de nombreuses années, le secteur assuétudes bruxellois milite pour l’ouverture de salles de consommation à moindre risque (SCMR) dans la capitale. Si les autorités régionales bruxelloises s’étaient récemment montrées ouvertes sur le sujet (Cocom, Cocof), le consensus semble ne plus être de mise.

« Il y a une acceptation de principe au sein du gouvernement pour un projet de délivrance de diacétylmorphine (héroïne médicale) du même type que le projet Tadam mené à Liège par le passé », a expliqué Baptiste Delhauteur, du cabinet de Rudi Vervoort. Mais la mise en œuvre d’un tel projet, pour qu’il soit pérenne, suppose un assouplissement de la loi de 1921. En ce qui concerne une SCMR, lieu où les consommateurs peuvent venir consommer leurs propres produits de manière sécurisée, pas d’accord du CD&V ni du cdH. « Cela devrait faire partie des dispositifs indispensables, à côté d’autres, pour notre public, a réagi Muriel Goessens, directrice de l’asbl Transit. C’est un combat que nous allons mener jusqu’au bout. » Les discussions vont continuer au parlement francophone, a assuré Cécile Jodogne, ministre de la Santé à la Cocof : « Il faudra convaincre tout le monde que c’est une bonne option en explicitant et en rassurant. » Le groupe Écolo au parlement bruxellois a, de son côté, rédigé une proposition d’ordonnance visant à créer et légaliser des salles de consommation à moindre risque à Bruxelles.

 

 

En savoir plus

« Drogues à ciel ouvert, cocktail de risques », AlterEchos.be, Marinette Mormont, 2 février 2016.

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A propos de l'auteur

Marinette Mormont

Originaire d’Arlon, « le trou de la Belgique », Marinette pense un moment devenir guide de montagne ou Tintin reporter avant de s’orienter vers des études d’histoire. Qui l’aménent au final à faire du journalisme parce que, dixit, elle ne sait faire que ça… À ses yeux, le social est un savant mélange d’attention à l’autre et de justice avec un grand J. Et l’information ? C’est parler du manque de prise en compte de l’autre et du manque de justice. Contact : marinette [dot] mormont [at] alter [dot] be

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