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agriculture
Paysans-Artisans est l’une des coopératives à l’initiative du projet 5C. (c) Paysans Artisans

Collectif 5C: le circuit court en roue libre

Alter Échos n° 454 14 novembre 2017 Julie Luong

Rassemblement de coopératives citoyennes actives dans le circuit court, le Collectif 5C vise à donner plus de poids à cette filière alternative, d’un point de vue opérationnel mais aussi politique.

«Comme souvent chez nous, tout a commencé autour d’un verre de bière», plaisante Benoît Dave, coordinateur de Paysans-Artisans, une coopérative qui met en contact petits producteurs et consommateurs en région namuroise depuis 2013. Au fil de ses contacts informels avec d’autres coopératives lancées dans une expérience similaire, Paysans-Artisans a créé en juin 2017 l’asbl 5C (pour Collectif des coopératives citoyennes de circuit court) à la suite d’un appel à projets de l’Agence pour l’entreprise et l’innovation (AEI), en partenariat avec le Bureau économique de la province de Namur (BEP), Propage-s (agence-conseil en économie sociale) et Gembloux Agro-Bio Tech. Leur objectif? Renforcer la filière par un partage des savoir-faire et des outils, que ce soit au plan de la transformation, de la conservation ou de la commercialisation.

À sa naissance, le projet réunissait déjà six coopératives actives sur le territoire namurois: Paysans-Artisans, la Grelinette, le Cellier de Haute Sambre, les Jardins d’OO, Solidairement et GAL Meuse@Campagnes. Quelques mois plus tard, quatre ou cinq acteurs supplémentaires s’apprêtent à rejoindre l’aventure dont la Coopérative ardente à Liège ou HesbiCoop en Hesbaye. La possibilité existe également pour de jeunes structures qui portent un projet de coopérative sans être encore organisées comme telle d’intégrer le collectif pendant une période transitoire de deux ans. «L’ambition n’est pas nécessairement de rassembler tous les projets wallons», précise Benoît Dave, qui rappelle la condition liminaire pour intégrer 5C: avoir un objectif à la fois économique et de transformation sociale. Les partenaires doivent également se caractériser par un ancrage territorial fort, une dynamique citoyenne impliquant consommateurs et producteurs, l’autonomie par rapport aux pouvoirs publics, l’implication dans une activité économique de commercialisation, la promotion de l’agroécologie, l’autonomie et la solidarité des producteurs, une production diversifiée et proposant une qualité différenciée par rapport à la production industrielle dominante, un travail de sensibilisation et de mobilisation citoyenne sur les enjeux de l’agriculture et de la consommation. Un profil exigeant, mais en plein essor.

De l’opérationnel au politique

Premier outil développé en commun: un logiciel d’e-commerce qui sera lancé dans moins de quinze jours, le commerce en ligne étant considéré comme un axe de développement majeur pour les filières alternatives. «Il sera ‘habillé’ différemment selon les coopératives, mais au niveau informatique, c’est le même», détaille Benoît Dave. La mutualisation devrait aussi s’appliquer prochainement à un projet d’abattoir. «L’abattoir de Sclayn (Andenne) va fermer en 2018. Or les professionnels qui font moins de 5.000 têtes de volaille par an n’ont pas d’autre endroit où aller à proximité. S’ils vont dans un plus grand abattoir, on leur rit au nez, et s’ils doivent aller trop loin, ce n’est plus rentable. Nous avons donc lancé une étude de faisabilité d’un microabattoir qui pourrait travailler avec ces petits producteurs. Il faut savoir que ce manque d’outils de première transformation adaptés aux petites productions se retrouve dans plusieurs filières. Nous avons le même problème avec les meuneries ou les sucreries», explique Benoît Dave.

«À terme, ce qui va nous distinguer, c’est un vrai ancrage local et un vrai discours politique.», Benoît Dave, Collectif 5C

Complémentaire de la vente en ligne, le déploiement de magasins de proximité fait également partie des objectifs du Collectif. «En zone rurale, il s’agit de renforcer les magasins de producteurs en mettant en place une logistique qui leur permette d’élargir leur offre avec les produits des autres membres de la coopérative. À l’échelon urbain, il s’agit tout simplement de créer nos magasins, mais des magasins qui soient aussi des lieux de rencontre avec des producteurs, des lieux d’éducation permanente: on veut convaincre que c’est un enjeu politique, de développement, et, pour cela, il faut beaucoup parler, beaucoup expliquer», poursuit Benoît Dave. Si le coordinateur de Paysans-Artisans considère que le Collectif 5C doit d’abord réaliser des projets concrets, il reconnaît que le «lobbying politique» est en effet la suite logique des événements… «Pour le moment, nous nous concentrons sur des objectifs très opérationnels, de manière à avancer dans la maturation de projets dans un contexte où tout va très vite. Lorsque Paysans-Artisans a démarré, c’était la fin de la période glorieuse des GASP (Groupements d’achats solidaires et participatifs). Puis il y a eu le démarrage de la vente en ligne, l’ouverture de magasins, que ce soit Solidairement dans le Luxembourg ou Les Petits Producteurs à Liège. Mais, depuis trois ou quatre ans, on voit aussi que la grande distribution développe des projets dans le bio, que le circuit court est marqué par l’apparition de nouveaux acteurs capitalistes comme Färm.» Dans un tel contexte, se rassembler, c’est aussi une manière de tenir tête à ces acteurs qui, surfant sur la vague du circuit court, ne partagent pas les mêmes valeurs que les projets d’économie sociale. «Se mettre ensemble permet d’aller plus vite dans la professionnalisation des modalités de vente, mais aussi des modalités de discours. À terme, ce qui va nous distinguer, c’est un vrai ancrage local et un vrai discours politique.»

Conserver une autonomie maximale

À l’heure où le circuit court a le vent en poupe, Benoît Dave estime d’ailleurs nécessaire de conserver le plus d’autonomie possible. Car, depuis quelque temps, en Wallonie, les pouvoirs locaux, vantant la démocratie participative et la transition écologique, semblent sous le charme de ces initiatives… au point d’en revendiquer la paternité. Dans la dernière livraison de la revue de l’Union des villes et communes de Wallonie, Mouvement communal, il était ainsi fait état du «large soutien» assuré par la commune Floreffe à l’initiative Paysans-Artisans, ce qui n’a pas manqué d’étonner Benoît Dave. «Il est évident qu’aujourd’hui, les politiciens courent derrière nous… pour le moment, je les laisse courir! Aujourd’hui, la commune de Floreffe nous invite à des réunions alors qu’au départ, elle nous a plutôt mis des bâtons dans les roues… C’est peut-être assez innocent, mais je crois quand même qu’il est important de ne pas aller vers trop de dépendance en termes de subsidiation de fonctionnement. Aujourd’hui, c’est à partir des marges qu’on dégage que nous fonctionnons. Les seuls subsides que nous avons, ce sont des subsides à l’investissement», poursuit le coordinateur qui espère le maintien dans le futur du dispositif Brasero de la Région wallonne, permettant de doubler le capital citoyen investi dans une coopérative.

Grâce au partenariat avec Gembloux Agro-Bio Tech, le Collectif 5C aspire aussi à consolider un modèle qui, malgré l’engouement qu’il suscite, demeure fragile d’un point de vue économique, et continue de reposer en grande partie sur l’énergie des initiateurs. «N’oublions pas qu’il y a seulement dix ans, il n’y avait plus de maraîchers, plus de fromagers, plus de brasseurs artisanaux! On assiste aujourd’hui à une éclosion assez formidable d’initiatives, mais il faut trouver un modèle qui tienne la route sur la durée. Pour nous, c’est très important que des chercheurs travaillent là-dessus afin qu’on puisse remettre les choses en perspective, comprendre quels sont les facteurs de succès et d’échec, et nous pérenniser», conclut Benoît Dave.

En savoir plus

«Ce qui se dessine pour l’agriculture, c’est une cohabitation schizophrénique», AlterEchos, 17 mars 2017, Pierre Jassogne

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