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Logement et territoires

Quartiers, pauvreté, migrations : les dynamiques bruxelloises

Flickr Creative Commons
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  • Par Cédric Vallet
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Brussels Studies publie une étude de trois géographes de l’ULB sur le lien entre migrations et dynamiques de quartier à Bruxelles. Une nouvelle pièce au dossier des inégalités dans la capitale.

Article publié dans Alter Échos, n°421, 18 avril 2016.

Dans quelle mesure les mouvements migratoires modifient-ils les dynamiques de quartier à Bruxelles? Trois géographes de l’Université libre de Bruxelles, Gilles Van Hamme, Taïs Grippa et Mathieu Van Criekingen, se sont penchés sur cette question en publiant «Mouvements migratoires et dynamiques des quartiers» pour Brussels Studies. Une étude qui se focalise sur les inégalités socio-économiques.

Pour parvenir à présenter un tableau assez fin de la situation bruxelloise, les trois universitaires ont créé un «indice synthétique de difficulté socio-économique» composé de 23 indicateurs couvrant quatre dimensions: les revenus, l’origine sociale, la précarité sur le marché du travail et la dépendance des ménages aux transferts sociaux.

Le premier constat est sans surprise: les quartiers du fameux «croissant pauvre» de Bruxelles (du bas de Saint-Gilles à Saint-Josse, en passant par l’ouest) «concentrent tous les problèmes», comme le résume Gilles Van Hamme.

«Un double mouvement»

Ce que l’on sait moins, c’est que des mouvements rapides de populations sont à l’œuvre dans ces quartiers pauvres de Bruxelles. «À court terme, une grande partie des évolutions sont liées aux migrations», explique Gilles Van Hamme.

Ces évolutions sont de deux ordres. Tout d’abord, les quartiers les plus pauvres de Bruxelles sont des quartiers de transit. On apprend qu’en cinq ans, 30% de la population les a quittés. «Mais attention, rappelle le géographe, cette affirmation est à nuancer, une partie non négligeable de la population continue de résider sur place.»

Les places que ces habitants laissent vacantes dans leurs quartiers du croissant pauvre sont presque toutes occupées par des migrants de la «nouvelle immigration», en provenance de pays pauvres.

Ceux qui partent le font majoritairement pour des quartiers adjacents, à l’ouest ou au nord de Bruxelles. «Ces départs pour les quartiers proches produisent une diffusion de la pauvreté vers l’ouest», explique Gilles Van Hamme arguant que les indicateurs de difficultés socio-économiques y sont en baisse.

Les places que ces habitants laissent vacantes dans leurs quartiers du croissant pauvre sont presque toutes occupées par des migrants de la «nouvelle immigration», en provenance de pays pauvres. Ils s’y installent souvent pour des raisons budgétaires ou pour rejoindre des proches. C’est le deuxième mouvement que dévoilent les chercheurs. «Ceux qui partent sont remplacés par des gens aussi pauvres, voire plus pauvres qu’eux», détaille le professeur de l’ULB. Ces nouvelles populations densifient un peu plus les zones les plus denses de la Région-capitale. Une densité encore accrue dans certaines zones de Bruxelles, aux alentours du canal, où des politiques actives en matière de mixité sociale incitent des habitants plutôt issus des classes moyennes à s’installer. «Sauf que, concrètement, la mixité reste théorique. Les gens vivent souvent côte à côte sans se mélanger», affirme Gilles Van Hamme.

Pour une politique volontariste

C’est cette réalité, faite d’accueil de nouveaux migrants, d’injonction à la mixité sociale, de densification de quartiers déjà denses, qui fait dire au professeur de l’ULB que, «de fait, on demande tout à ces quartiers qui subissent une forte pression démographique». Les chercheurs rappellent dans leur étude que Bruxelles a gagné près de 200.000 habitants en quinze ans. «Une pression démographique qui a épargné les quartiers du sud-est de la ville», constate Gilles Van Hamme.

C’est fort de ce énième constat inégalitaire au sujet de Bruxelles que les auteurs plaident pour une «réponse volontariste en termes de politiques de logement».

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