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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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La mode du gratuit, entre engagement citoyen et système D

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  • Par Vinciane Malcotte
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Donneries, marchés gratuits, troc, compostage, potagers de quartier, Repair Café, gratiferias, dégustations de bon sens et autres initiatives citoyennes en faveur de la réduction des déchets et du recyclage fleurissent en Belgique.

Dopées par la crise financière de 2008, les foires du gratuit s’inscrivent dans la réalité de la consommation collaborative. Bien qu’elles permettent de réaliser des économies, c’est surtout la prise de conscience des enjeux environnementaux qui semble guider ces mouvements. On y retrouve une majorité de jeunes « alternatifs », parfois qualifiés de « bobos », impliqués dans la sauvegarde écologique de la planète. Ne plus jeter, faire don de ce qu’on n’utilise pas ou conscientiser la population à propos du gaspillage est devenu un phénomène en vogue. Si ces initiatives touchent une part non négligeable de la population, certaines personnes en restent exclues.

Une piste d’explication pourrait provenir de la manière dont les organisateurs communiquent. Ces projets trouvent souvent écho sur Internet ou par le bouche-à-oreille. C’est une information qui reste « entre soi ». Le Repair Café d’Ans a bien essayé d’améliorer sa communication en impliquant les CPAS et en distribuant des flyers dans les cités, mais cela n’a rien changé : le public reste peu diversifié.

Ces initiatives ambitionnent de créer du lien social. Il s’agit d’échanger, de passer un moment ensemble, de se découvrir. Mais ces événements, qu’on le veuille ou non, brassent des codes culturels, vestimentaires et rhétoriques, qui peuvent se révéler excluants. « Dans ce genre d’endroit, la sociabilité est forte et elle est perçue comme étrangère pour ceux qui n’en partagent pas les codes », observe Abraham Franssen, sociologue à l’Institut Saint-Louis de Bruxelles.

Rejet du gratuit ?

« Il y a un grand écart entre les milieux alternatifs et les milieux marginaux. La diminution des déchets et le recyclage sont, dans une logique alter, valorisés et donc valorisants. Tandis que pour d’autres, ce sera le contraire. Moins on est assuré de sa place dans l’espace social, plus il est important de s’approprier des codes dominants légitimes. En revanche, un étudiant intello se permettra plus facilement de s’habiller avec de vieilles fripes et de ne pas prendre soin de son apparence. Les codes culturels sont toujours dans le relationnel. C’est toujours par rapport aux autres que cela se joue. C’est comment on apparaît dans l’espace public », précise Abraham Franssen.

Ces initiatives impliquent de rendre publiques des pratiques associées à l’espace privé. Pour les publics moins nantis, dévoiler ainsi sa précarité reste délicat. Les bourses aux vêtements organisées par la Ligue des familles, les magasins de seconde main des CPAS, les soupes populaires ou les restaurants sociaux et autres circuits spécifiques qui ne se mêlent pas aux circuits des « alternatifs » remportent davantage de succès. « Les endroits comme ceux-là, où l’on est susceptible de trouver du neuf, sont fort valorisés par ceux pour qui le neuf est difficile d’accès », commente Abraham Franssen.

Mixité et participation

Certaines initiatives, comme les restaurants sociaux ou les potagers collectifs, parviennent toutefois à rencontrer une mixité sociale, grâce à leur dimension participative. « Quand on construit quelque chose avec les personnes, cela peut faire sens et créer du lien social. En revanche, il est plus difficile de faire venir des gens qui n’ont pas été associés au projet dès le début », commente Abraham Franssen.

Les potagers collectifs et les composts de quartier, particulièrement développés à Bruxelles, vont dans ce sens, en impliquant les acteurs. Quel que soit le quartier, le bon fonctionnement de ces projets dépend aussi beaucoup du dynamisme de celui qui le porte. « La personne en charge doit beaucoup s’occuper du projet : il faut surveiller, prendre les présences et vérifier ce qu’il s’y dépose, car si le compost tourne mal, les gens se démotivent », explique Benoît Salsac de l’asbl Worms. « Parmi les communes conscientisées, on retrouve tant les communes dites riches comme Waterloo, que les communes plus populaires comme Lincent, dans la province de Liège. Les gens sont tout aussi motivés. Si l’écoconseiller est proactif, l’initiative fonctionne nettement mieux », ajoute Vincent le Gobbe de l’asbl Jean Pain. Certains initiateurs de projet ont décidé d’agir au cas par cas, afin d’inclure un maximum de monde. « Un collègue à Charleroi a recruté un animateur d’origine turque car il devait agir dans une zone où vivaient beaucoup de personnes en provenance de Turquie. Ceci a permis d’être plus proche des gens. Les documents ont été traduits et ils ont pu travailler autrement pour sensibiliser le public », continue Vincent le Gobbe.

Les dégustations de bon sens brassent également une population plus diversifiée même si leurs actions se déroulent près de la place Flagey, face au café Belga, réputé pour attirer les bobos. Si cette initiative arrive à mêler les populations, c’est surtout parce que les organisateurs participants sont impliqués dans d’autres actions sociales, comme l’assistance aux réfugiés afghans. Ce qui permet au bouche-à-oreille de fonctionner plus largement.



1. Worms asbl :
– adresse : rue Van Elewyck, 35 à 1050 Ixelles
– tél. : 02 611 37 53
– site : http://www.wormsasbl.org
2. Comité Jean Pain :
– adresse : Holle Eikstraat, 34 à 1840 Londerzeel
– tél. : 010 81 16 10
– site : http://www.comitejeanpain.be

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