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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Eurovillage: le village «purgatoire» des demandeurs d’asile

Eurovillage
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Eurovillage, c’est le nom d’un village de loisirs dans les Ardennes, réaffecté en 2011 en centre d’accueil pour demandeurs d’asile en attente de recevoir une autorisation à rester sur le territoire belge ou l’ordre de le quitter. Le réalisateur belge François Pirot a posé de longues semaines sa caméra dans ce lieu isolé pour saisir au plus près ces destins suspendus.

Alter Échos: Vous avez passé près de dix semaines de tournage dans ce centre d’accueil. Quel était votre sentiment à l’issue de celui-ci?

François Pirot: J’étais content d’en sortir, pour être honnête! J’y ai passé beaucoup de temps, je dormais sur place. Peu à peu, j’étais pris dans cette torpeur qui ne donne plus envie de faire des choses, j’étais moi-même en train de me dire: «Ah quoi bon?» L’ennui et la passivité sont contagieux. Le lieu m’oppressait. Cet endroit possède vraiment une dimension carcérale, les gens tournent en rond, littéralement. Les journées sont assez vides. Le lieu est également chargé des histoires douloureuses du passé, de la solitude, des difficultés du présent et du stress de l’avenir. 

A.É.: Était-ce difficile de se faire accepter, avec une caméra, par les demandeurs d’asile?

F.P.: C’était un long processus. Il y a d’abord eu les repérages, de nombreuses discussions et recherches pour connaître la procédure, savoir où les gens en sont. J’ai passé huit semaines de tournage l’année dernière, ainsi que deux semaines en 2013, et quelques autres moments aussi. Je voulais faire un portrait de groupe – environ 200 personnes y séjournaient quand je tournais – et pas d’individus. Il m’a fallu du temps pour appréhender le groupe. Au début, j’envisageais même de faire un tournage sur un an pour montrer toutes les saisons. Puis je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas besoin de voir physiquement le temps qui passe. 

«Je filme un journaliste qui veut du sensationnalisme. C’est son travail, je ne pense pas qu’il soit malintentionné. Mais cela montre que les gens sont d’une certaine manière ‘utilisés’.»

A.É.: Dans une scène du film, vous filmez un journaliste en quête de témoignages forts. L’idée était de dénoncer le caractère intrusif de certains journalistes?

F.P.: Oui, je filme un journaliste qui veut du sensationnalisme. C’est son travail, je ne pense pas qu’il soit malintentionné. Mais cela montre que les gens sont d’une certaine manière «utilisés». C’est aussi une mise en abîme de mon propre questionnement. Je voulais montrer ce que l’intrusion d’une caméra pouvait représenter dans leur intimité. Si on force le trait, ça peut faire un peu «zoo». L’intention de mon film n’était pas si évidente pour les personnes du centre. Ils pensaient notamment que je faisais ce film pour le pognon. Cela était d’autant plus difficile que je n’offrais pas une tribune à leur parole. Or, ils veulent témoigner pour qu’on sente qu’ils ne sont pas là pour rien, qu’il faut qu’ils restent ici. 

A.É.: Vous ne faites en effet pas d’interview. C’est la banalité du quotidien que vous filmez, du point de vue du lieu.

F.P.: Le lieu est en fait un personnage central. C’est comme si le lieu regardait les personnes. En fait, quand les gens que je rencontrais me parlaient de leur histoire, je constatais que leur discours était un peu formaté, comme devant le CGRA (Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides). Leur parole n’était pas libérée. C’est là que je me suis rendu compte que leur parole ne m’intéressait pas en soi. Quand on parle de guerre, je trouve ça terrible mais il n’est pas toujours simple de s’identifier. Les récits sensationnels créent parfois une distanciation sans le vouloir. J’ai voulu donner une dimension plus complexe aux récits de vie qu’on lit dans la presse. L’attente, le dénuement, l’incertitude, l’ennui me semblent plus simples à imaginer, à ressentir. Mon intention était de rendre compte de cet état, de mettre le spectateur dans cet état ou l’en rapprocher en tout cas. Je voulais néanmoins que certaines choses signifiantes apparaissent, comme l’argent de poche limité ou le fait de devoir prendre le train à 5 heures du matin pour aller au CGRA, mais je ne voulais pas charger le documentaire de toutes ces règles qui existent dans le centre. Il fallait que ça reste du cinéma.

A.É. : D’autant plus que le lieu en soi, un centre de loisirs réaffecté, et son nom «Eurovillage» ont une dimension symbolique, presque surréaliste. 

F.P.: Ce lieu apparaît comme une métaphore de ce que sont en train de vivre ses résidents, comme un purgatoire où l’on attend une autorisation qui ne tombera peut-être jamais. Cela évoque En attendant Godot. C’est presque surréaliste en effet. Il y a un décalage absurde entre ce lieu, au cœur des Ardennes, et les gens qui y vivent. Cela a donné des scènes parfois drolatiques comme ce moine tibétain se baladant dans le mini-golf.  

«Les récits sensationnels créent parfois une distanciation sans le vouloir. (…) L’attente, le dénuement, l’incertitude, l’ennui me semblent plus simples à imaginer, à ressentir.»

A.É.: Le lieu symbolise aussi l’isolement. 

F.P.: On met les demandeurs d’asile ensemble, loin de tout. Ils sont «accueillis» en Belgique, mais, «à l’écart», le lieu est «ouvert» mais facilement «contrôlable». En outre, cet isolement permet de mater la révolte, de contenir la colère. 

A.É.: Vous montrez dans votre documentaire la place difficile des travailleurs sociaux, entre la loi et l’humain, les directives et les histoires de vie.

F.P.: Je voulais dévoiler cette zone grise du travail social. Heureusement qu’elle existe! Les travailleurs doivent appliquer les directives auprès de personnes dont ils deviennent assez proches. Quand ils doivent annoncer une réponse négative, c’est difficile. Ce ne sont pas des fonctionnaires d’État, mais des assistants sociaux (ce centre est régi par la Croix-Rouge, ndlr). Ils ne veulent pas jouer les flics. 

A.É.: Avez-vous entendu circuler des fantasmes à l’égard des habitants temporaires d’Eurovillage dans le village d’Herbeumont?

F.P.: Oui, certaines personnes parlent de «souk» pour désigner le centre. D’autres disent que c’est délabré. Mais il y a aussi des gens tolérants et ouverts évidemment. J’espérais que les détracteurs viennent voir le film quand je l’ai projeté à Herbeumont. Ils ne sont pas venus. Visiblement, ils ne veulent pas changer leur point de vue.

«Ils sont ‘accueillis’ en Belgique, mais ‘à l’écart’, le lieu est ‘ouvert’ mais facilement ‘contrôlable’.»

A.É.: Pour qui avez-vous fait ce film? Avec quelle ambition?

F.P.: Je l’ai fait pour moi au début. Je voulais découvrir cette réalité, parler du monde qui m’entoure. Je l’ai fait pour les demandeurs d’asile aussi, avec l’intention de leur donner un visage et d’éviter les amalgames. Je voulais montrer la violence du système mais aussi les révéler autrement que dans leurs problèmes, mettre en valeur nos points communs, révéler des sentiments qui sont en fait les mêmes que les nôtres. Ce film pourra, j’espère, permettre aux gens de les regarder avec plus de bienveillance. 

A.É.: Voudriez-vous encore travailler sur la question des réfugiés à l’avenir? 

F.P.: J’aimerais travailler sur l’«après». Je suis encore en contact avec un Syrien qui a quitté le centre en 2013. Il n’a pas d’équivalence de diplôme. Il a voulu faire une formation, ouvrir un commerce,… Il galère. Le statut de réfugié ne fait pas tout. C’est pas un cadeau, en fait. Il faut tout recommencer. Et souvent, les réfugiés ou les demandeurs d’asile déploient une immense énergie pour se remettre à vivre et sont loin de venir comme on l’entend parfois «profiter de la sécurité sociale». J’ai en tête cet autre Syrien toujours vêtu d’un costume. Il me disait: «Je veux garder cette peau-là.» C’était sa manière à lui de préserver sa dignité, son statut social perdu à la suite de l’exil. 

 

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