Partager par e-mail Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur LinkedIn Partager sur Google+ Impression
Environnement
Les agriculteurs n'aiment pas parler de leurs difficultés et pourtant, les accidents de travail ne sont pas rares.©Agence Alter

Une béquille pour les fermiers

Alter Échos n° 407-408 27 août 2015 Nathalie Cobbaut

Accidents, maladies, mais aussi naissances ou mariages: les services de remplacement agricoles sont là pour soutenir les agriculteurs momentanément indisponibles. Cette aide joue un rôle économique et social important. Témoignage et économie globale du dispositif.

Quand on arrive dans la ferme de Michel (nom d’emprunt), éleveur de 600 bovins blanc-bleu dans la région de Fauvillers, on est frappé par le caractère ordonné des lieux. Les murs immaculés des étables reflètent le soleil haut dans le ciel, les tracteurs et autres engins agricoles rutilants sont garés dans la cour. Des veaux déjà robustes et leurs mères paissent dans les pâtures. À 55 ans, on peut dire que Michel a bien mené sa barque. Pourtant, ces derniers temps, les tuiles se sont accumulées: son épouse suit un traitement contre un cancer et ne peut plus l’aider. Michel, lui, devra subir bientôt une opération des genoux. Enfin, son fils a décidé de se spécialiser dans l’engraissage des bêtes. Seul, c’est difficile: «Quand il faut déplacer des bêtes d’une prairie à l’autre, les rentrer à l’étable, il faut être deux pour les guider. Le nettoyage des cages à veaux, des silos, le raclage des box, mais aussi la moisson des 50 hectares de terres pour le fourrage des bêtes, la tonte des vaches… tout cela prend énormément de temps.»

Un service de remplacement

Les agriculteurs n’aiment pas parler de leurs difficultés et, pourtant, les accidents de travail ne sont pas rares: en cause, les animaux, les chutes, les machines et les tracteurs. En moyenne, on compterait quelque 700 accidents de travail par an dans le secteur. Les fermiers et leurs proches n’échappent pas non plus à la maladie. Certains événements joyeux, comme des vacances, une naissance ou un mariage, devraient également pouvoir les distraire de leur exploitation. Mais quand il faut traire les vaches deux fois par jour ou rentrer les foins, il n’est pas question de se défiler.

Heureusement, les services de remplacement agricole existent depuis près de 40 ans pour suppléer au manque de bras dans les fermes. La Fédération des services de remplacement agricoles de Wallonie, dont l’existence a été reconnue dans le nouveau Code wallon de l’agriculture, regroupe 14 services régionaux qui emploient plus de 80 agents de remplacement. Des ouvriers agricoles, salariés, généralement issus du sérail, qui viennent en soutien aux agriculteurs. Deux cents euros par an, c’est le montant de la cotisation pour cette assurance «tous risques». En fonction des causes de remplacement (maladie, accident, calamité naturelle, événement familial; loisirs et formation; surcroît de travail), trois tarifs horaires sont ensuite demandés aux exploitants pour les prestations effectives des ouvriers.

Des ouvriers polyvalents

Quand Michel s’est rendu compte qu’il ne s’en sortait plus tout seul, il a appelé Christine, du Sereal, le service de remplacement de la province de Luxembourg. Il cotisait depuis des années mais n’avait jamais fait appel au service. Christine est là pour gérer les demandes: «Je suis joignable 24 h sur 24 et je dois jongler avec les emplois du temps des 16 agents de remplacement du service. En fonction du degré d’urgence, je dispatche les hommes. Parfois c’est sportif.»

Le jour où nous passons à la ferme de Michel, c’est Jérôme, 29 ans, qui est en renfort: «Je suis agriculteur, fils d’agriculteur, un peu comme Obélix tombé dans la marmite. La ferme familiale sur laquelle je travaille avec mon père est trop petite pour faire vivre deux familles. Donc, je suis agent de remplacement à mi-temps. Nous sommes trois ouvriers à venir alternativement donner un coup de main chez Michel, histoire d’être plusieurs à connaître la ferme. Ce matin, j’ai fait boire les veaux et réparé une clôture.» Une aide que Michel apprécie en cette période plus difficile et qui lui permet aussi de confronter sa manière de travailler avec celles de ces ouvriers «volants».

Aller plus loin

Lire aussi: «Le burn-out est dans le pré», Alter Échos, n°407-408, par Nathalie Cobbaut.

Découvrez notre dossier: «Qui osera être agriculteur demain?»

Pssssttt, cher.chère visiteur.euse du site d’Alter Échos !!!

Sache que ta présence sur notre site nous réjouit. Sache aussi que nous sommes heureux que vous soyez si nombreux.ses à nous suivre sur le web. Nous avons choisi de mettre en accès libre une grande partie de nos articles … pour le partage & pour répondre à notre mission d’éducation permanente. Mais produire une information de fond & de qualité implique un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous à nos revues !

A propos de l'auteur

Nathalie Cobbaut

Nathalie ne manque pas d’héros/héroïnes. Pêle-mêle : Truman Capote, Renaud quand il savait encore chanter, Isadora Duncan, Jessica Lang dans les bras de King Kong, Wes Anderson et Émile Zola. Originaire de Bruxelles, Nathalie alias « the brain » commence par des études de droit - selon les standards de l’époque, « il faut faire des études sérieuses -, » avant de s’attaquer au journalisme. Elle aimerait habiter son rêve : « écrire des histoires de gens ». En attendant son heure, elle fait du journalisme parce que la curiosité est une magnifique qualité qui permet d’informer, analyser, critiquer et d’accéder à la complexité. nathalie [dot] cobbaut [at] alter [dot] be

A la Une