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Le moratoire sur les primes énergie sera-t-il social?

Alter Échos n° 393 25 novembre 2014 Pierre Jassogne

En janvier, les 60 primes wallonnes au logement et à l’énergie seront suspendues pendant trois mois, le temps de simplifier le système actuel. Ce moratoire sera-t-il aussi l’occasion d’introduire une dimension plus sociale à ces aides financières, qui bénéficient, dans 85% des cas, aux revenus moyens et supérieurs?

Dès janvier 2015, les primes au logement et à l’énergie seront suspendues pendant trois mois, le temps de mettre en place un nouveau dispositif pour diminuer les 60 primes actuelles. Pour le reste, l’aide se concentrerait sur quatre primes. Celles-ci aideraient à financer l’audit énergétique, le système de chauffage performant, l’isolation des toits et des murs, le remplacement des châssis à simple vitrage. Une limite de revenus sera aussi prévue pour éviter des effets d’aubaine. «On vise essentiellement les revenus moyens, les jeunes, les retraités qui ont parfois du mal à conserver leur logement», affirme le ministre wallon de l’Énergie, Paul Furlan (PS).

Du côté d’Inter-Environnement Wallonie, on reconnaît la nécessité de réformer le système. Mais on reste inquiet face à ce moratoire qui réduit une enveloppe budgétaire, sans proposer vraiment une réforme structurelle. «C’est une mauvaise nouvelle pour le secteur de la construction, mais aussi pour la réduction de la consommation énergétique des ménages wallons», regrette Jean-Denis Ghysens. Et de rappeler que la performance énergétique du bâti belge reste médiocre. Selon une étude McKinsey, le logement belge a une consommation énergétique en moyenne 72% supérieure à la moyenne européenne. En Belgique, le chauffage est le premier poste de consommation d’énergie des ménages puisque 76% de la consommation sert à chauffer le logement. Et la Fédération de prôner une concentration des aides publiques, en rendant obligatoires les audits énergétiques avant d’accorder des primes pour l’isolation ou le remplacement de systèmes de chauffage et en ne conservant que les primes consacrées à l’amélioration de l’isolation du logement.

15% de ménages modestes

Par ailleurs, ces primes ratent les publics les plus fragilisés. «L’évolution des montants en fonction des revenus reste trop faible pour inciter les ménages à revenus précaires à réaliser des travaux de rénovation énergétique», rappelle Jean-Denis Ghysens. On constate effectivement que les aides publiques octroyées bénéficient principalement aux ménages à revenus moyens et supérieurs. Ainsi, 85% des primes profitent à ces catégories de revenus contre 15% pour les ménages à revenus modestes et précaires, ceux-ci étant pourtant les premiers concernés par la nécessité de rénover leur logement. «Vu la faiblesse des revenus modestes, il est indispensable de renforcer la progressivité des primes dans le but de rétablir plus de justice sociale et d’offrir une aide plus importante aux ménages ayant des revenus faibles et donc souvent des logements de moindre qualité énergétique.»

Heureusement il y a l’écopack, un mécanisme qui préfinance les travaux, via un prêt à taux zéro. Le ministre Furlan a déjà annoncé une réforme autour de ce système qui passera de 75 à 100 millions d’ici à 2019. «Ce mécanisme répond à une critique souvent faite sur le caractère peu social des primes énergie. En effet, pour pouvoir financer des travaux d’isolation, il faut ou pouvoir avancer le prix des travaux grâce à son épargne, ou contracter un emprunt auprès d’une institution financière. Cette capacité de financement n’est cependant pas accessible à l’ensemble des ménages», nuance-t-on chez Inter-Environnement Wallonie.

Du côté du Rwade, le réseau wallon d’accès durable à l’énergie, on espère que ce moratoire pourra combler ce déséquilibre dans l’accès aux primes entre les ménages favorisés et ceux qui ne le sont pas. «Encore faut-il aller chercher ce public précarisé. C’est trop rarement le cas et ce n’est pas en revoyant les primes qu’on le sensibilisera davantage. Selon nous, il faudrait mettre en place des logiques de rénovation collective dans les quartiers», souligne Aurélie Ciuti. Ainsi qu’inciter réellement les propriétaires à rénover le parc locatif. «Cela représente 30% des logements en Wallonie alors qu’il n’y a que 5% des primes qui participent à la rénovation énergétique de ces logements.»

 

 

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Alter Échos n°387-388 du 1.09.2014 : Wallonie. Une politique énergétique un peu éteinte

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