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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Social et santé

Une consigne comme pied-à-terre

  • 360
  • Par Baudouin Massart
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Située en face des Arts et Métiers, la Consigne Article 23, ce centre d’accueil de jour bruxellois pour les sans-abri fait partie de l’Espace social Télé-Service. En offrant la possibilité à ces personnes d’y déposer leurs affaires, il leur permet – comme d’autres services similaires – d’avoir un point d’ancrage dans la ville. Il sert aussi de lieu d’accroche pour ceux qui souhaiteraient un accompagnement plus poussé

9 h 08 le matin au n° 28 du boulevard de l’Abattoir. Passé la porte de l’accueil à Télé-Service, il faut sonner sous le panneau « Consigne Article 23 »1. Des pas dans l’escalier, la porte s’ouvre. Dire que j’ai rendez-vous avec « Yves » suffit. Le jeune homme à mes côtés doit présenter une carte d’accès en guise de sésame. L’homme nous invite à le suivre. Un escalier file vers le sous-sol, d’où montent des bruits de douche, de conversation et l’odeur du café chaud. Il débouche sur une large pièce avec, sur la gauche, des canapés, où deux hommes dorment, ou somnolent. D’autres sont assis et sirotent un café en silence. A droite, une volée de marches et un groupe de cinq femmes, voilées ou pas, sont en pleine discussion. Juste au-dessus d’elles, une étagère propose des livres à la lecture. Plus loin, au fond, dans un couloir menant aux douches – une pour les hommes, une pour les femmes –, un homme se lave les pieds dans une bassine d’eau. Un large plan de travail en aluminium fait office de bar. Yves Bayingana, responsable du service, et deux de ses collègues féminines proposent du café aux nouveaux arrivants qui font la file. Il me salue, m’en offre une tasse et me fait patienter. Quelques formalités à régler.

Le café brûlant à la main, je prends place sur une chaise pour me fondre dans le groupe. D’autres éléments attirent le regard. Une affiche qui annonce qu’il est possible de laver son linge pour un euro. Des personnes qui vont et viennent entre l’espace douche et le couloir. L’homme assis dans le couloir qui réclame un savon pour se laver les pieds. Mais aussi, juste à côté du groupe de femmes, une volée de marches qui mène à une large pièce en enfilade, qui ne sautait pas aux yeux à l’arrivée. Deux alignements d’armoires numérotées y tapissent les murs de part et d’autre. Le mur du fond est fermé par une porte sur laquelle est reproduit l’article 23 de la Constitution. Dans le « salon », l’un des deux dormeurs s’éveille et entame une conversation avec son voisin. Ici, on parle arabe, français, espagnol… Yves sort du bar, monte la volée de marches, et me fait signe. La visite des lieux commence.

Un lieu où se poser

A côté des consignes se trouve le local de « bien-être ». Quelques fauteuils en osier, une table, un relax et une lampe halogène tiennent lieu de mobilier. « Avant, nous avions seulement quelqu’un pour l’écoute, explique Yves Bayingana. Mais cette personne est partie à la retraite. Maintenant, nous avons deux volontaires qui font des massages le mercredi. Du massage shiatsu et de la réflexologie plantaire. Au départ, les femmes étaient réticentes. Les hommes aussi, parce que ce sont des femmes qui massent. Mais une fois qu’ils ont testé, tout le monde était partant. Au fil du temps, les volontaires ont noué une relation de confiance avec les personnes. Les bénévoles ne sont pas obligées de nous dire ce que disent les personnes, sauf s’il s’agit d’une situation inquiétante. C’est un espace pour des échanges informels. Les entretiens d’accompagnement social se font à l’étage dans un cadre beaucoup plus formel. Il arrive aussi que les gens viennent s’y reposer, se mettre au calme. Cela permet de s’isoler. » Un véritable privilège pour quelqu’un qui n’a pas d’espace à lui et est constamment exposé au regard.

Retour dans l’espace « consigne », qui compte 28 armoires. Certaines sont plus compactes, car les gens ont tendance à accumuler. Il est possible de les louer pour six mois, à raison d’un euro par semaine. Ce qui permet un roulement par rapport à la liste d’attente de 15 places. Quand quelqu’un dépasse le délai ou s’il ne paye pas pendant six semaines, l’armoire est vidée et ses affaires placées dans la réserve pendant trois mois. Un fonctionnement au cas par cas cependant, car une situation n’est pas l’autre. Avoir une armoire constitue une sécurité psychologique pour les sans-abri, explique notre interlocuteur. C’est un lieu la personne dépose ses affaires, où elle se pose. « Il est très difficile de dire à quelqu’un : « Tu prends tes affaires. » C’est comme la mettre à la rue », explique Yves Bayingana. Ce qui n’est pas sans poser des problèmes en termes logistiques. La réserve est parfois fort remplie. Au point que dans l’association, on se demande parfois si les affaires sont si importantes pour les gens, parce qu’elles ne les récupèrent jamais. « Mais on les garde malgré tout. Parce que c’est utile pour les personnes de savoir que leurs affaires sont là. Tant que les autres peuvent bénéficier d’une armoire… On privilégie surtout les femmes. Il y en a une dizaine qui viennent ici. » L’une d’elles parle au téléphone en ce moment même dans une petite pièce, au même niveau que l’espace consigne et le local de bien-être et qui sert aux personnes à passer des coups de fil dans le cadre de leurs démarches administratives.

Au-delà de l’accroche

La Consigne ouvre à raison de quatre matinées par semaine et permet d’« accrocher » les personnes. Les après-midis et le jeudi sont réservés au travail de seconde ligne d’accompagnement social. Les usagers peuvent formuler leurs demandes. « On reçoit sur rendez-vous ou à l’improviste. Cela permet de faire des démarches administratives : CPAS, centre médical d’urgence, d’avoir une attestation pour le Samu social, de fixer un rendez-vous avec Médecins du monde, de prendre contact avec un avocat, de faire de la guidance budgétaire avec un assistant social », explique le responsable du lieu. « Et parfois, les personnes ont juste besoin d’une écoute. »

La guidance budgétaire permet parfois de favoriser la réinsertion des sans-abri dans un logement. « On ouvre des comptes à double signature, détaille Yves. Cela leur permet de finir le mois avec un peu d’argent de poche, on peut aussi constituer une garantie locative d’ici un à deux ans. On a une convention avec l’AIS (NDLR Agence immobilière sociale) Iris. Mais l’argent peut être aussi source de conflits, car nous avons parfois des gens qui ne respectent pas les limites et demandent des avances. » L’objectif de l’association reste de construire, avec les sans-abri, les possibilités d’en sortir… si c’est leur projet.

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