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Logement et territoires

Logements en conteneurs, un concept en vogue

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  • Par Gilda Benjamin
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Des cales de cargos aux toits des garages de Jambes, les porteurs du projet Passerelle ambitionnent de transformer des conteneurs en logements durables et modulables pour les sans-abri.

Pas assez de logements, locations hors de prix, demande accrue… Alors on fait quoi pour les sans-abri et les personnes en grande précarité ? Et bien, on recycle avec un projet innovant impliquant le secteur public, associatif et privé. L’idée est d’aménager des conteneurs maritimes en fin de vie, grâce au savoir-faire de la société Garmar à Jambes, pour en faire des logements à adapter sur des garages qu’elle possède rue Paul Janson. Le projet, développé par le CPAS de Namur et l’asbl Une main tendue, avec l’aide de l’agence immobilière sociale Gestion logement Namur, répond à une longue réflexion quant aux nouvelles solutions à apporter aux personnes les plus démunies.

« Notre souci est d’aider des personnes en grande difficulté, pas nécessairement à la rue, et les projets se multiplient en ce sens, se félicite Philippe Defeyt, président du CPAS de Namur. En captant l’air du temps et au vu de ce qui se fait ailleurs, nous nous sommes adaptés aux réalités locales. L’installation de ces modules au-dessus d’espaces perdus tels des toits de garages est une façon de pallier le gaspillage de ressources foncières. Le temps passant, nous avons déjà reçu deux autres propositions d’expérimentations, une entreprise proposant des modules avec ossature en bois, une autre réalisant des modules en paille. Notre initiative rencontre tellement de succès que nous nous devons, au comité de La Passerelle, de nous montrer aussi enthousiastes que prudents ! »

Pas de cages à lapins !

Prévus pour une ou deux personnes, ces logements se présenteront comme de réels appartements avec chambre, salle de bain, cuisine et salon pour une superficie totale de 30 à 45 m[i]2[/i]. Le tout est conçu dans une optique de durabilité : habitations basse énergie, récupération de matériaux, utilisation d’espaces perdus et situés dans un quartier pratique, proche des transports en commun, d’écoles et de services pour casser l’isolement des personnes en précarité.

Suscitant la curiosité, le projet a fait l’objet d’une question au Parlement wallon quant à son financement et ses enjeux sociaux. « Arrêtons de parler de conteneurs, je préfère l’expression module ! Que ce soit à partir de conteneurs maritimes ou d’autres structures, il n’est pas question de proposer des cages à lapins, mais des logements bien isolés, éclairés et agréables à vivre, rétorque Philippe Defeyt. Loin de nous l’idée de reproduire l’erreur des HLM français d’après-guerre. »

Une fois les questions techniques résolues quant à l’assemblage et l’installation des modules, deux logements types seront proposés dans un premier temps. L’objectif est d’en installer dix d’ici l’hiver 2015. Des particuliers commencent également à se manifester pour mettre à disposition des espaces perdus au-dessus de leurs garages.

Le coût total du projet est estimé à 500 000 euros, dont 450 000 euros pour la construction des dix logements proprement dits. La Région wallonne en subsidie 220 000. Une main tendue gardera un droit réel sur les modules construits pour une période d’au moins 15 ans, que les futurs habitants deviennent locataires ou même propriétaires. L’asbl organisera l’occupation des locaux, selon le principe Housing First (modèle d’aide aux sans-abri d’inspiration américaine qui met la priorité sur l’accès au logement pour ensuite pouvoir s’attaquer aux autres problématiques), et proposera un accompagnement social.

Les prémisses d’une telle initiative ont été pensées par Gérard Jacob, ancien président d’Une main tendue, disparu en 2011. « Ce n’est pas pour rien que le projet s’appelle La Passerelle Gérard Jacob, explique l’actuel président de l’asbl Jean-Claude Mantez. L’idée a germé en 2005, d’abord sous forme de camping social. Mais les modules ont été préférés à des caravanes. J’ai rejoint le projet dès 2006. Quand notre partenaire privé s’est manifesté, il a donné un coup d’accélérateur et tout s’est alors enclenché avec les autres partenaires. M’occupant de la partie technique – je travaille dans le domaine du bâtiment – je peux vous garantir qu’il s’agit de transformer des conteneurs en excellent état et non pas de vieux blocs miteux. Et comme les constructeurs se manifestent de plus en plus, on peut imaginer des structures multiples, voire déplaçables. »

Restaurant social le soir, distributeur de colis alimentaires et chauffoir, Une main tendue accueille une grande partie des sans-abri de Namur et ceux-ci, au courant du projet depuis plusieurs années, manifestent leur intérêt. « Je voudrais que les dix modules soient déjà achevés mais mon optimisme va plus loin : que ce projet pilote puisse être reproduit dans d’autres villes », s’enthousiasme Jean-Claude Mantez.

 

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