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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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(Aide à la) jeunesse

L’expérience de l’exil au travers du regroupement familial

Dans l’ombre du regroupement familial, les traumatismes de l’exil à l’âge ado
Dans l’ombre du regroupement familial, les traumatismes de l’exil à l’âge ado
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La situation des jeunes impliqués dans un regroupement familial est peu documentée. Pour pallier ce vide, le CEMO (Centre d’éducation en milieu ouvert) a demandé à l’anthropologue Xavier Briké de se pencher sur cette question. À quelques jours de la sortie de son ouvrage consacré à cette problématique, il nous partage ses constats issus de nombreuses rencontres avec ces jeunes désemparés et peu entendus.

Alter Échos: cette recherche s’est construite à partir des interrogations du CEMO issues de sa pratique de terrain. Quelles étaient les questions qui ressortaient le plus?

Xavier Briké:  Le CEMO s’est petit à petit rendu compte que les jeunes qu’ils rencontraient, notamment à travers leur projet KAP (appartement de transit pour accompagner les jeunes vers l’autonomie, NDLR) étaient en conflit avec leur famille. Certains d’entre eux se retrouvaient à la rue, sans possibilité d’obtenir un revenu d’intégration. Cette situation de rupture semblait intrinsèquement liée à la procédure de regroupement familial obligeant les jeunes à résider cinq ans avec leurs parents, sous peine de sortir des conditions de recevabilité et risquant dès lors d’être expulsés. L’association a souhaité se donner les moyens de mieux les comprendre et de faciliter dès lors le travail avec leur famille, d’autant que leurs silences demeurent un frein à la médiation.

J’ai rencontré les jeunes en dehors des institutions, dans des lieux qu’ils choisissaient: parc, gare ou encore café, ou parfois chez eux

A.É.: Comment expliquer ces silences?

X.B.: Premièrement, il y a la question de la procédure qui peut faire blocage à certains propos. Les personnes ont souvent dû vivre des interrogatoires dans un climat de suspicion et d’appréhension. À qui faire confiance lorsque le climat ou la défiance règnent en maîtres? Deuxièmement, il y a aussi des réalités culturelles, des tabous et des freins à l’expression des sentiments et des difficultés rencontrées: on n’exprime pas aisément son parcours, ses souffrances aux travailleurs sociaux. D’autre part, les intervenants sociaux disent avoir de moins en moins de temps. Ils se concentrent alors sur les aspects pragmatiques: école des devoirs, aides dans la procédure, recherches d’activités pour les enfants, etc. Cela réduit incontestablement les moments d’échanges et de discussion entre les travailleurs sociaux et la famille. Les travailleurs psychosociaux sont pris au piège de la temporalité. Ils n’ont plus la place et le temps pour établir une relation dans laquelle peuvent s’exprimer les souffrances et les vécus. On voit des jeunes accompagnés par des AMO depuis cinq ou six ans. Les travailleurs sociaux connaissent tout leur parcours administratif mais en savent parfois très peu du parcours personnel du jeune. Ils sont pourtant très douloureux, à la source de traumatismes profonds. Ne pas pouvoir les évoquer freine tout espoir de résilience tant pour les jeunes que pour les parents. C’est très interpellant de voir que de nombreuses institutions passent à côté de ce qui aiderait les personnes à dépasser leurs traumatismes. Pire, de constater que les diagnostics posés que ce soit dans des écoles ou des institutions sont en décalage, ne font pas le lien entre le comportement du jeune et son parcours d’exil.

A.É.: Vous avez opté pour une «recherche ethnographique». Pour quelles raisons? 

X.B.: L’ethnographie privilégie une approche de proximité qui permet de s’ouvrir aux représentations et aux imaginaires des personnes auxquelles s’intéresse l’enquête de terrain. La méthode permet une transformation des regards que peuvent avoir les professionnels, et plus généralement les experts mais aussi le chercheur qui s’inscrit dans une démarche réflexive. Les dimensions culturelles doivent être appréhendées, condition sine qua non à la compréhension des enjeux et des motivations des familles en exil. Pour ce faire, j’ai rencontré les jeunes en dehors des institutions, dans des lieux qu’ils choisissaient: parc, gare ou encore café, ou parfois chez eux, afin de dissocier la recherche et l’échange de toute ambiguïté professionnelle et d’ouvrir un espace de dialogue et de confiance. Des récits de vie se sont construits à partir de plusieurs rencontres. 

«Il revient régulièrement que le projet de regroupement familial n’est pas celui des jeunes mais celui des parents, qui, séparés de leurs enfants pendant plusieurs années, projettent sur eux une série d’espoirs.»

A.É.: Quelles sont les difficultés fréquemment rencontrées par les jeunes en regroupement familial, qui conjuguent, vous l’écrivez, l’adolescence et l’expérience de l’exil?

X.B.: Les difficultés des adolescents sont de trois ordres. Elles sont liées d’une part aux questions propres à l’adolescence: la question des limites, de la relation aux parents. Deuxièmement, ils sont confrontés au travail de l’exil et du déracinement. Ils vivent la condition d’exilé à travers leur propre expérience mais aussi à travers celle de leurs parents qui opèrent moins de transmission ou se replient entre pairs d’appartenances culturelles proches. Ces jeunes sont alors pris en étau entre leur culture d’origine et la socialisation en œuvre à l’école, dans les échanges amicaux,etc. Ce métissage se construit souvent dans la difficulté, et pas toujours avec l’accord des parents. Enfin, les jeunes sont aussi confrontés à des institutions qui portent un regard sur leur devenir, avec toujours cette question de l’intégration qui traverse malgré eux, pas toujours consciemment, les travailleurs sociaux et les institutions scolaires.

A.É.: Votre recherche évoque aussi la crainte ressentie par de nombreux jeunes de ne pas être à la hauteur de l’ambition parentale…

X.B.: Il revient régulièrement que le projet de regroupement familial n’est pas le leur mais celui des parents, qui, séparés de leurs enfants pendant plusieurs années, projettent sur eux une série d’espoirs. Si nous devions retenir un concept clé dans cette recherche, nous pourrions le nommer le « mythe de la famille retrouvée », car le degré de déception est comparable à celui de l’eldorado. Les parents se mobilisent pour des projets dans lesquels les jeunes ne se retrouvent pas toujours. La situation tourne parfois au cauchemar et tous les espoirs projetés ne sont pas ce qu’ils avaient imaginé. Les parents ont construit, à la force de l’espoir, un projet dans lequel les jeunes ne s’épanouissent et ne se reconnaissent pas, d’où le clash relationnel.

A.É.: Quelles seraient les pistes pour résorber cette fracture?

X.B.: Il faudrait travailler sur les procédures qui se raidissent de plus en plus. Le regroupement familial reste l’une des seules portes d’entrée pour migrer. Ce n’est pas parce que des familles se séparent ici qu’elles ne peuvent pas poursuivre la procédure. D’autre part, les procédures sont tellement complexes qu’elles nécessitent presque de devoir inventer un parcours. Les dossiers prennent énormément de temps aux travailleurs, au détriment l’accompagnement psychosocial des personnes en souffrance. Cette temporalité, cette lenteur, fragilise aussi les familles en termes de santé mentale, elle les place dans des situations de vulnérabilité, notamment les femmes contraintes de rester avec leur conjoint même quand elles subissent des violences. La temporalité et les exigences propres aux procédures de regroupement familial constituent de fait la source principale des souffrances familiales, mais les politiques à l’œuvre dans ce domaine semblent aujourd’hui faire la sourde oreille en s’obstinant à réitérer des options éminemment contre-productives.

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