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Carte blanche

Humeurs noires d’un responsable de CPAS

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  • Par Alter Échos 
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Ces dernières années, les professionnels au service d’autrui sont de plus en plus confrontés à la violence. Une carte blanche signée Pierre De Proost, 1er Conseiller du CPAS de Molenbeek. L’auteur s’exprime à titre personnel.

Ces dernières années, les professionnels au service d’autrui sont de plus en plus confrontés à la violence du citoyen, de l’élève, de l’ayant droit… Véhicules de pompiers caillassés, enseignants molestés, travailleurs sociaux agressés… Or nous vivons dans une société occidentale de plus en plus policée. Il est objectivement bien moins dangereux de se promener nuitamment à pied dans Paris aujourd’hui que du temps du Roi Soleil. Les crimes de sang connaissent une baisse régulière.

Pourtant les penseurs des Lumières qui entrevoyaient une société réellement apaisée n’ont pas vu juste à cet égard. Je vais m’autoriser un certain nombrilisme et disserter sur les CPAS urbains. Les violences physiques caractérisées sur les agents y sont relativement récentes. Et ce, contrairement aux violences verbales. Face à cette situation « nouvelle », la réaction des autorités a été, le plus souvent, de sécuriser le personnel avec, notamment, l’appel à des firmes privées de « gardiennage ». Bien entendu, lesdites autorités peuvent avoir le sentiment de ne pas pouvoir agir sur les causes du phénomène.

En ce domaine, exhiber ainsi sa peur n’est-il pas contre-productif ? Autre exemple, les assistants sociaux de certains CPAS, toujours par peur, n’effectuent plus de visites à domicile. Certains me répondront tant mieux, vu les pratiques médiévales (compter le nombre de brosses à dents, ouvrir le frigo…) dont d’autres CPAS persistent à se rendre coupables. Oui, mais il s’agit quand même d’un recul du droit car les Centres qui s’abstiennent désormais de « constatations de résidence » vont donc se baser sur les registres de population pour déterminer leur compétence, ce qui est totalement illégal1.

Cette montée de la violence dans les CPAS signifie-t-elle qu’ils échouent désormais à « maintenir le couvercle sur la marmite » ? En effet loin d’une fonction d’émancipation sociale mise en avant par de doux rêveurs, la raison d’être de l’assistance publique tient en la sauvegarde de la paix sociale, c’est-à-dire prévenir les révoltes (pudiquement rebaptisées émeutes) des plus démunis. Accessoirement, il s’agit aussi de les faire participer du bout des lèvres aux miettes du festin de la consommation de biens d’autant plus convoités qu’ils sont peu utiles.

Nombre d’auteurs (Rousseau, Saint-Just, Marx…) ont glosé sur la violence comme conséquence naturelle de la misère2. Cependant, la multiplication d’actes individuels de violence ne signifie pas l’échec du « CPAS-éteignoir ». Loin de ce que développait Marcuse, la révolution ne viendra pas des « outsiders ». L’absence de conscience de classe, la compétition entre pairs pour s’assurer un minimum minimorum… privent de toute charge politique les violences commises contre les agents de l’Administration. Une salle d’attente de CPAS est bien le lieu où le terme « solidarité » ne trouve pas droit de cité.

À l’inverse, la violence institutionnelle exercée par les CPAS sur les ayants droit est de nature clairement politique. Demander à un individu de survivre avec 801 euros mensuels, culpabiliser la personne de sa situation de chômage alors que les possibilités d’emploi pour des faiblement qualifiés sont quasi inexistantes, mettre trois mois pour répondre à une demande… autant de violences réelles générées par des choix politiques ou, pire, des pratiques administratives.

À l’heure où le SPP Intégration sociale s’auto-encense pour ses dix ans d’existence, il me semblait opportun de rappeler que la question du revenu d’intégration n’est pas consensuelle… et que le plus violent n’est peut-être pas celui qu’on croit.     

Pierre De Proost, 1er Conseiller du CPAS de Molenbeek. L’auteur s’exprime à titre personnel.

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