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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Emploi et formation

Des activistes anti-activation

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  • Par Julien Winkel
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Stage d’insertion, contrôle des personnes handicapées, des plus de 50 ans. Voilà près de deux ans que l’activation des chômeurs s’intensifie. De nouveaux collectifs se créent en réaction. Et certains anciens se sentent revivre.

« Nous sommes pour la destruction progressive de l’emploi comme espace d’exploitation. » Les propos de Thierry Müller, membre du collectif liégeois Ripostes-CTE (chômeurs travailleurs engagés), ont le mérite d’être clairs. Ils se situent aussi et surtout dans la frange le plus « hardcore » de ce que l’on peut entendre aujourd’hui sur le front de la lutte contre le processus d’activation des demandeurs d’emploi. Car si de nombreux groupes « anti chasse aux chômeurs » connaissent une activité croissante de Bruxelles dans le Sud du pays, tous ne se ressemblent pas. Des entités issues de syndicats aux indépendants plus « radicaux », des anciens aux petits jeunes, le panel est large. Quoique. En grattant un peu, on découvre que tout ce petit monde se connaît. Voire plus.

 Retour aux sources

C’est en 1996 que naît une des structures historiques du secteur : le Collectif solidarité contre l’exclusion. La question du chômage « n’est pas ce qui a justifié la création de notre asbl, explique Arnaud Lismond, président du collectif. Ce n’est qu’à partir de 2004 et du début de l’activation que nous nous sommes vraiment investis dans ce domaine ». À cette époque, l’asbl se donne d’ailleurs tellement qu’elle est à l’initiative de la plate-forme « Stop chasse aux chômeurs » – regroupant syndicats, organisations et associations –, dont on entendra beaucoup parler les années suivantes. Avant que sa voix ne s’éteigne progressivement. Pour Arnaud Lismond, elle serait d’ailleurs aujourd’hui « en sommeil ». « Nous avons connu un certain épuisement des forces, reconnaît-il. »

Néanmoins, le président du Collectif solidarité contre l’exclusion n’exclut pas de ranimer la bête. Les élections de mai 2014, couplées à la poursuite des mesures d’activation, constituent un momentum dont le collectif entend profiter. Mais il n’y a pas que cela. Depuis quelque temps, un frémissement est perceptible dans le secteur. En janvier 2012, Liège a vu la création de Ripostes-CTE, déjà évoqué plus haut. Et à Bruxelles, un nouvel intervenant – le collectif Choc (chômeurs occupés) – fait parler de lui depuis l’été 2013. Dès lors, pourquoi ne pas ramener « Stop chasse aux chômeurs » à la vie ?

Un problème : l’activation

Une chose est sûre : le Collectif solidarité contre l’exclusion s’est remis en marche. Et ici, les choses se compliquent un peu : l’asbl est en effet active dans le tout nouveau Réseau bruxellois des collectifs de chômeurs (voir encadré). Un réseau dont le porte-parole est Luca Ciccia, qui s’exprime à ce sujet en tant que membre du conseil d’administration du Collectif solidarité contre l’exclusion. Néanmoins, Luca Ciccia est par ailleurs directeur de la mission locale de Saint-Gilles. Une mission locale qui héberge le collectif indépendant Choc, lui aussi membre du Réseau bruxellois des collectifs de chômeurs…

Que veulent ces structures ? Du côté de Choc, on met un premier point en avant : le collectif s’inscrit dans une démarche d’éducation permanente. Il s’agit de regrouper la vingtaine de chômeurs de Choc, de les informer, de les rendre acteurs. Issus du public de la mission locale de Saint-Gilles, mais aussi d’autres horizons, ils se réunissent tous les mois. « Ces personnes sont seules, atomisées. Il s’agit de les regrouper, de donner la parole à ces invisibles. Et ce sont eux qui décident », explique Guillaume Goor, animateur de Choc et par ailleurs chargé de mission à la mission locale de Saint-Gilles. Plus encore, des actions sont également organisées. Le 17 juillet dernier, Choc avait ainsi mis sur pied « une vente de chômeurs au rabais » en pleine rue Neuve, à Bruxelles. But de l’opération : dénoncer la fréquence avec laquelle les chômeurs sont pris pour cible.

D’un point de vue plus global, c’est l’activation des chômeurs que ces groupes dénoncent. « Refus de la politique d’activation dans son principe et dans ses extensions récentes (NDLR dégressivité des allocations, réforme du stage d’insertion, etc.) : pas d’emploi, pas de sanction… Refus de la contractualisation de l’allocation de chômage », mentionne ainsi le Réseau bruxellois des collectifs de chômeurs sur son site internet. « Nous avons aussi un objectif politique. Il faut pousser pour qu’il y ait des politiques courageux au niveau de Bruxelles qui puissent défendre la situation locale plutôt que d’être loyaux vis-à-vis des mesures d’activation prises par le fédéral », explique Luca Ciccia en faisant référence à la situation particulièrement difficile du chômage à Bruxelles.

Dans la ligne de mire du Réseau : l’accord de coopération entre le Fédéral, les Régions et les Communautés relatif à l’accompagnement et au suivi actif des chômeurs (lire AE n° 367). Ou la réforme de ce qui s’appelle aujourd’hui le stage d’insertion (lire AE n° 366). Avec un espoir réel de pouvoir influencer le cours des événements. « Concernant le stage d’insertion notamment, il y a moyen de faire bouger les lignes. Plus nous allons pousser, plus il y a des chances d’obtenir des gardes-fous », continue le porte-parole du Réseau.

 Un peu plus à gauche svp

Si ces positions se veulent assez pragmatiques, d’autres collectifs sont plus radicaux. À Liège, Ripostes-CTE a été fondé par « des personnes qui avaient découvert qu’elles allaient être concernées par les nouvelles mesures d’activation et que la riposte n’existait pas au niveau de la ville », selon Thierry Müller. Composé d’une quinzaine de personnes chômeuses, mais aussi au travail, Ripostes-CTE organise des séances d’information ou d’autoformation. Elle met également en place des actions. Objectifs : défendre notamment des revendications comme l’arrêt du contrôle des chômeurs, la suppression du stage d’insertion ou de la dégressivité des allocations.

Mais la structure va plus loin. « Notre combat n’est pas pour l’emploi, que nous voyons comme un rapport d’exploitation et de subordination », explique Thierry Müller. Face à cela, Ripostes-CTE milite à plus long terme en faveur d’un salaire à vie inconditionnel et de l’interdiction de la propriété lucrative. Une vision utopiste ? « On peut voir ça comme de l’utopie, mais nous défendons des points concrets à partir de cela. Cela dit, il est clair que nous nous situons dans une optique un peu différente des autres collectifs à ce niveau », admet Thierry Müller. Ce que tend à confirmer également Arnaud Lismond. « Il existe à l’heure actuelle une volonté, du côté du politique, de destruction du système du chômage. Nous devons nous opposer à ces mesures négatives. Mais nous n’avons jamais remis en cause le fait que les chômeurs doivent être disponibles sur le marché de l’emploi », explique-t-il en évoquant l’optique choisie par Ripostes-CTE.

Notons que ces divergences n’empêchent pas les différents collectifs de se connaître et de participer, parfois, aux actions des uns et des autres. C’est qu’en dehors de leurs particularités, ils partagent tous à minima certaines revendications.

Trop, c’est trop ?

Face à cette multitude d’initiatives, n’existe-t-il pas un risque de confusion ? Un seul collectif centralisé ne serait-il pas plus cohérent ? « C’était un peu l’objectif de « Stop chasse aux chômeurs » », explique Arnaud Lismond. Luca Ciccia estime quant à lui « que l’on est parfois plus fort en coalisant des groupes indépendants. À trop centraliser, certaines structures ont peur de perdre leur indépendance ». Assembler des groupes différents n’est donc pas facile. Les maintenir ensemble non plus. L’épuisement progressif de « Stop chasse aux chômeurs » est là pour le démontrer. Concernant le Réseau bruxellois des collectifs de chômeurs, le constat de Luca Ciccia est d’ailleurs clair. « On va tenir ensemble parce qu’il y a l’objectif des élections et du premier janvier 2015, date à laquelle les premières sanctions pour certaines mesures (NDLR notamment pour les stages d’insertion) vont tomber. Mais pour après, il faudra voir… »

 

 

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