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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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(Aide à la) jeunesse

A Rance, quelques liens d’avance

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  • Par Cédric Vallet
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La plate-forme École-Liens réunit les acteurs du social et de l’enseignement de la botte du Hainaut. Des projets, des formations et une méthode de travail inspirants.

C’est à Rance, dans la botte du Hainaut, que se situe le centre névralgique de la plate-forme « École-Liens ». Véronique Couture, directrice du service d’aide en milieu ouvert « Oxyjeunes »1, porte activement ce projet qu’elle a imaginé aux côtés de Marc Puissant, membre du Conseil d’arrondissement de l’Aide à la jeunesse de Charleroi.

L’idée est simple. Tellement simple qu’elle en devient le leitmotiv de l’associatif : « Faire se rencontrer l’école et le social ». Ces deux mondes différents, qui ne se connaissent pas, se tournent autour, se reniflent et parfois s’ignorent. « Le monde de l’école est davantage dans le besoin de solutions que dans la réflexion, affirme Véronique Couture. Celui du social est peut-être plus dans l’essai et l’erreur, dans la réflexion. Cela crée des différences d’identité professionnelle. »

Des différences et, parfois, une méfiance qui s’installe. N’entend-on pas que l’école est réfractaire au travail collectif ? « Mais l’école est en train de changer, elle est en train de s’ouvrir », affirme Simon Puissant de l’AMO Oxyjeune. Marc Puissant abonde en son sens : « Concrètement, vu l’état des enfants, les pétages de plomb des parents, les enseignants se rendent compte qu’il est devenu impossible de traiter ces réalités-là seuls. » Et Benoît Constant, préfet d’éducation au collège Saint-Joseph de Chimay, de témoigner : « Grâce à la plate-forme, je sais vers qui aller en cas de difficultés, quand m’adresser à l’AMO par exemple, jusqu’où on peut aller. »

C’est donc cette fameuse rencontre entre le social et l’école qui se met en place. Mais derrière la formule passe-partout, dans la région de Chimay, il y a une sauce qui prend. Des liens se nouent, de plus en plus solides.

La plate-forme compte de nombreux participants et voit même naître en son sein des projets très concrets. Création d’un outil pédagogique (DVD, fascicule) sur les réseaux sociaux, formation commune sur l’orientation scolaire ou activités lors de la semaine blanche [NDLR semaine « d’errance » entre la fin des examens et le début des vacances] en sont quelques exemples. « Générer des projets se fait avec une facilité déconcertante, estime Véronique Couture. Nous récoltons les fruits de tous ces liens que nous avons créés depuis plus de quatre ans. »

Des rencontres depuis 10 ans

Petit retour en arrière avec Marc Puissant : « Le CAAJ, dès 2003, proposait des journées thématiques, des ateliers » aux travailleurs du social et de l’enseignement. Des rencontres fructueuses, mais insuffisantes. « Il fallait structurer les contacts locaux et régionaux pour que les acteurs se connaissent vraiment », explique-t-il, « pour combler l’absence de fil conducteur dans la prise en charge des jeunes ». Trois plates-formes naissent en 2007, à Châtelet, Chimay et Morlanwez (cette dernière n’existant plus), avec le soutien financier ponctuel du CAAJ qui permet notamment que la démarche soit accompagnée par une universitaire. « Pendant deux ans, nous avons travaillé sur les représentations des uns sur les autres, sur ce qu’on fait vraiment », ajoute Marc Puissant.

Une impulsion est donc donnée dès 2007 par le CAAJ, pour deux ans, via les financements de « prévention générale ». C’est ensuite la Fondation Chimay-Wartoise qui a pris le relais, en soutenant financièrement l’initiative, lui permettant de perdurer.

Les deux premières années de la plate-forme « École-Liens » sont l’occasion pour les professionnels de comprendre « qui fait quoi et comment, dans quelles situations ». « Le groupe s’est constitué, beaucoup de participants restaient, c’est là que nous avons compris qu’il y avait un besoin », explique Véronique Couture.

Présence des enseignants : peut mieux faire

Aujourd’hui, l’AMO coordonne cette plate-forme, pilotée par un « groupe porteur ». Pour Marc Puissant, la place centrale qu’occupe Oxyjeune dans ce projet colle comme un gant à l’identité particulière de ces services en milieu ouvert : « L’AMO est un peu entre l’école et les services sociaux. Elle rencontre des jeunes et rentre plus facilement que d’autres dans les écoles pour mener des projets. C’est une position intéressante dans le système, car elle mène des projets individuels et collectifs, elle peut entendre ce qui se passe, la réalité des uns et des autres. »

Gérer un tel groupe n’est pas des plus reposant. Car les participants sont nombreux et viennent d’univers très variés. CPAS, écoles, AMO, institutions de l’Aide à la jeunesse, Office de la naissance et de l’enfance (ONE), centres de jeune… Trente à cinquante personnes participent aux trois grandes réunions thématiques organisées chaque année. Des rencontres abordant des thèmes comme le secret professionnel ou les relations écoles-familles et éclairées par des intervenants extérieurs. Au fil des ans, le groupe va de plus en plus loin. École-Liens se met en mouvement, à travers des sous-groupes de travail qui planchent sur des projets concrets.

Du lien interpersonnel, des projets. Mais encore quelques points faibles. Le manque de participation régulière des enseignants est souligné par Véronique Couture. « Nous touchons toutes les écoles de la botte du Hainaut. Les enseignants sont très intéressés et participent à certaines activités ponctuelles, comme sur les réseaux sociaux. Ils viennent, mais ne s’investissent pas dans des projets. On ne leur donne ni les moyens ni le temps de s’impliquer davantage. » On voit donc défiler lors des activités de la plate-forme quelques directeurs, des médiateurs scolaires, des intervenants de centres psychomédicaux sociaux. L’école est là, présente. Elle relaie les informations. Mais chez École-Liens, on espère qu’un jour les enseignants pourront s’impliquer davantage. Ou, à tout le moins, que l’école ait dans son équipe une personne chargée du lien avec le monde extérieur. Une fonction qui, de l’avis des membres du « groupe porteur » de la plate-forme, manque cruellement : « Il faudrait un poste pour faciliter ce lien avec les structures locales », clame Véronique Couture.

Malgré ce léger bémol, tous les participants sont persuadés du bien-fondé de l’initiative. « C’est un espace d’échange et de travail, où la relation de confiance permet d’aborder tous les sujets, qui viennent souvent d’observations du terrain », détaille Benoît Constant.

C’est donc un succès, qui, selon Marc Puissant, « correspond aux besoins propres de cette région décentralisée à l’identité forte et rurale ». Car à ses yeux, la réussite de tels projets ne peut être impulsée par le haut. « Ce sont les acteurs qui doivent construire des cultures communes », assène-t-il. Au-delà de la tuyauterie institutionnelle, ce sont surtout les bienfaits d’École-Liens que Marc Puissant souligne : « Cela met de l’huile dans les rouages, l’information circule bien et, en bout de course, c’est le jeune lui-même qui en bénéficie. »

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