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Migrants
Crédit :©CIRé

Familles migrantes à la rue : une situation toujours bloquée

29 mars 2019 Pauline Perniaux

Ce mercredi 27 mars, quelques représentants du monde politique et associatif s’étaient donnés rendez-vous pour débattre d’une problématique qui ne date pas d’hier : les familles migrantes qui vivent dans nos rues.

« Je ne comprends pas comment il est possible qu’en 2019 il y ait encore des familles qui vivent dans les rues de la capitale de l’Europe ! » scande, micro à la main, un des participants du débat politique concernant les familles à la rue, qui avait lieu ce mercredi 27 mars. Cette problématique des familles migrantes en errance n’est pas nouvelle. Il y a deux ans, le Ciré, le Délégué général aux droits de l’enfant et Bruxelles Laïque ont décidé de remettre en lumière la situation de ces familles en organisant une première rencontre. Les familles dites en errance sont des familles qui vivent à la rue et déambulent d’un hébergement d’urgence à un squat, en passant par un centre d’accueil, mais pour quelques nuits seulement. La plupart d’entre elles sont issues des minorités de l’Europe de l’Est et ont quitté leurs pays pour fuir l’extrême pauvreté. Après trois mois de séjour dans un autre pays de l’Union, ces familles citoyennes de l’union européenne, peuvent se retrouver en situation irrégulière. Elles devront alors prouver qu’elles peuvent travailler et avoir des ressources financières suffisantes. Cependant si ces familles représentent une « charge déraisonnable » pour le système d’assistance sociale, les autorités belges peuvent mettre fin à leur séjour. Elles perdent alors leur droit de séjour mais conservent néanmoins leur liberté de circulation au sein de l’union européenne.

En mai 2017, acteurs de terrain et instances compétentes ont donc décidé de se rassembler pour tenter de faire émerger des solutions. De cette rencontre naît ensuite une publication qui parait en décembre 2018. À quelques mois des élections, un constat très clair frappe les trois associations : en deux ans la situation ne s’est pas améliorée. Ces familles sont toujours ballottées d’une structure d’accueil à une autre et le nombre d’entre elles vivant dans nos rues n’a toujours pas diminué. Ce débat qui se tenait cette semaine dans les locaux du Délégué général aux droits de l’enfant, était donc l’occasion de confronter à cette réalité les responsables politiques qui vont bientôt se présenter aux élections en mai prochain.

«  Ce qu’il faut c’est un grand plan logement  »

Sur papier, à peu près toutes les couleurs politiques sont présentes. Seule petite nuance, Joëlle Milquet est remplacée pour le cdH par Christophe De Beukelaer, Echevin à la Commune de Woluwe-Saint-Pierre. En tant que présidente du débat, Christine Mahy, secrétaire générale du réseau wallon de lutte contre la pauvreté s’est adressée aux politiques présents avec un message sans équivoque : « J’aimerais demander aux représentants politiques qui décident d’aller aux élections, une prise en considération sérieuse de la situation gravissime des conditions d’existence de ces familles qui vivent dans les rues. Aujourd’hui ce qui est en train de se passer, c’est qu’on institutionnalise la rue comme un lieu de vie. » Selon la présidente, il y a une nécessité que les hommes et femmes se présentant aux élections réfléchissent à la façon d’agir durant leur mandat de cinq ans pour améliorer la situation. À cela, Caroline Désir (PS) et David Leisterh (MR) ont répondu en exposant ce qui avait été fait au niveau de leur commune (Ixelles et Watermael-Boitsfort) pour accueillir des familles et en expliquant que reloger toutes les familles est très compliqué et représente un travail énorme. « Tout se résume très souvent à la problématique du logement et je plaide pour qu’on ait davantage d’offre dans le logement public mais des bâtiments disponibles il n’y en a pas beaucoup », conclut David Leisterh.

Si Christine Mahy s’accorde sur les dires de Monsieur Leisterh concernant la crise du logement, elle ne semble néanmoins pas convaincue par les explications des deux politiques.  Oui, des initiatives sont prises localement mais ici on parle seulement de cinq ou six familles relogées. » Selon Christine Mahy, il faut bien entendu continuer ces bonnes pratiques,« mais ce qu’il faut surtout c’est un grand plan logement en Région bruxelloise et wallonne ». Pour la secrétaire générale du réseau wallon de lutte contre la pauvreté, un budget plus conséquent doit être débloqué pour cette problématique.

Un budget à réorienter

Et pourtant, du budget il y en a depuis toutes ces années, « c’est bien cela qui m’effraie, s’indigne Bernard De Vos, délégué général aux droits de l’enfant de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il y a eu des budgets mais pour des solutions sur le court terme et donc la situation de ces familles n’a presque pas évolué en dix ans ». Sur ce point Zoé Genot (Ecolo) rejoint Monsieur De Vos et surenchérit. « Ces dernières années, les nouveaux textes ont surtout mis l’accent sur l’accueil d’urgence et on ne protège pas budgétairement un secteur qui mènerait vers la sortie définitive de la rue. »

Ce qui émerge après deux heures de débat, c’est qu’il n’y a pas de solution miracle. Là-dessus, pas de doutes, tout le monde est d’accord. Les associations estiment cependant qu’il faut une harmonisation entre les différentes communes bruxelloises mais également au niveau régional et fédéral. Mais ce sur quoi elles convergent surtout c’est que seul le temps long peut vraiment être utile. « Il faut remplacer les solutions de temps court en solution de temps long pour tendre vers la sortie de la rue de ces familles et cesser de les transférer de structures d’accueil en structures d’accueil » déclare Bernard De Vos, en guise de conclusion.

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