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Regard critique · Justice sociale

Environnement/territoire

Code-Rouge: désobéir pour engager le débat

En décembre dernier, le mouvement de désobéissance civile Code-Rouge a pris pour cible le secteur de l’aviation. Des centaines d’activistes ont immobilisé l’entrepôt d’Alibaba situé à l’aéroport de Bierset à Liège, et se sont introduits dans l’aéroport d’Anvers-Deurne. Leurs revendications principales sont l’arrêt des subventions pour le secteur de l’aviation, l’interdiction des jets privés ainsi que la réduction drastique du nombre de vols. Pour eux, l’urgence climatique justifie ce type d’action.

Leo Wagemans 30-01-2024 Alter Échos n° 515

Atteindre la cible

Le cortège de militants avance rapidement à travers les champs qui bordent l’aéroport de Bierset. Ils se préparent à atteindre leur cible, tout en chantant «We are unstoppable, another world is possible» (NDLR: Nous sommes inarrêtables, un autre monde est possible). Après avoir franchi les barrières du site, les activistes s’affairent, tous avec un rôle déterminé à l’avance. Certains se bloquent aux grillages avec des tubes métalliques, d’autres s’installent au sommet de tripodes en bois.

 

Plus de temps sur le terrain

Sur les deux jours d’action, Code-Rouge a mobilisé plus de 1.200 activistes. Si la coalition veut rassembler le plus de monde possible, elle a tout de même du mal à mobiliser les plus précaires. Une solution serait de passer plus de temps sur le terrain, selon Louis Droussin, porte-parole. «Je trouve que, pour l’instant, trop de gens séparent la question sociale de la question écologique. On ne se rend pas compte qu’il faut un changement radical du système, notamment au niveau socio-économique.»

Perturber la chaîne

Après plusieurs heures sur le site, des militants décident de s’introduire dans l’entrepôt d’Alibaba. Leur but est de perturber la chaîne logistique, en déplaçant des colis ou en griffonnant des étiquettes. Le temps pour certains de vérifier si la rampe servant à acheminer les cartons glisse correctement. Selon Maxime*, l’objectif est clair: «On est là pour se faire arrêter. À Anvers, plus de 600 activistes se sont fait embarquer. S’il n’y avait pas eu d’actions violentes dans l’histoire, on n’aurait pas connu autant d’avancées sociales.» Après plus de quatre heures de négociations avec des responsables de Code-Rouge, les forces de l’ordre se décideront à intervenir. Pas de gaz lacrymo ou de spray au poivre, mais des policiers qui traînent les activistes sur le sol, ces derniers se laissant aller afin de gagner le plus de temps possible. L’intervention fera quelques blessés, dont un bras cassé.

Le doyen des activistes

Rocco*, 78 ans, est le doyen des activistes présents devant l’entrepôt d’Alibaba. Même s’il s’est cassé la clavicule une semaine avant, il ne se voyait pas louper l’action. «J’ai fait mes examens en juillet 68, alors que j’étais en train de bloquer l’ULB avec d’autres étudiants. Un de mes petits-enfants m’a dit récemment: ‘Oh papy, tu arrives encore avec tes trucs écologiques.’ J’aimerais bien que mon engagement fasse partie des choses qui restent après moi, que je le transmette à mes enfants.»

* Prénom modifié.

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