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Moi, Roland, 58 ans en 2030

Alter Échos n° 378 17 mars 2014 Martine Vandemeulebroucke
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© flickrCC/MalikBraun

Obsolète notre système de pensions ? Quelle cure de jouvence lui imposer? La Fondation pour les générations futures (FGF) a demandé à un panel de 24 citoyens d’imaginer le monde des aînés et des actifs de demain. Le tout est synthétisé dans un « témoignage » dans lequel « Roland » raconte 2030 et une autre solidarité intergénérationnelle.

Les revenus

Au départ, ce constat : la pression sur une sécurité sociale basée sur la solidarité entre actifs et non actifs est devenue intenable et ne permet plus de faire face aux coûts de soins de santé, à la transformation de la cellule familiale avec son explosion des divorces et des familles monoparentales. Le panel citoyen part cependant du principe que toute personne âgée doit pouvoir disposer d’un revenu décent. Il imagine alors un système à plusieurs piliers basé sur une conception nouvelle entre vie professionnelle et retraite. Le premier, c’est le revenu de base inconditionnel auquel toute personne a droit dès 18 ans. Le travail n’est plus le seul à donner une place dans la société. Ce revenu de base permettrait de compenser en partie la pause-carrière, le congé de parentalité. Il sera complété, lors de la retraite, par les autres « piliers » comme le complément versé par les pouvoirs publics et prélevé sur le revenu de base pendant les moments où on a eu un emploi. Le troisième pilier est une pension complémentaire, devenue obligatoire et qu’on constitue en fonction de ses revenus de travail. Le quatrième, le plus innovant, est un « revenu-service », un complément que l’on obtient à la pension grâce aux services que l’on a rendus à la collectivité. En fait, c’est une autre relation au travail que le panel citoyen imagine. Où l’on peut tout au long de sa vie combiner travail rémunéré, loisirs et services à la collectivité. Mais aussi se préparer activement à la fin de l’activité professionnelle.

« Mon fils Diego, 23 ans, est sorti de l’université et grâce à ce revenu de base inconditionnel il n’est plus paralysé par la peur d’échouer… Soumia, ma compagne, a profité de cette allocation de base, pour changer d’air pendant un an et réaliser son envie de développer des projets en faveur de la société. »

Les soins de santé

Ils ont désormais une dimension locale pour les rendre accessibles à tous. Dans chaque commune, un coordinateur pour la santé est chargé de fournir information, conseil et assistance en particulier aux personnes âgées. Les assurances-santé et hospitalisation sont généralisées mais chacun est responsabilisé quant aux conséquences de ses choix de vie sur les coûts de santé en partant du principe que l’état de santé d’une personne âgée dépend aussi de ces choix antérieurs. L’aménagement des carrières et surtout des fins de carrière sont revus pour lutter au mieux contre le stress et les malades qui y sont liées.

« Soumia et moi passons régulièrement des check-up où on est tenus informés de notre état de santé. Cela peut sembler contraignant, mais cette mobilisation générale a provoqué des changements évidents. Quand j’ai commencé à travailler, il y a 35 ans, la direction de mon entreprise ne s’occupait pas du tout de gestion du stress des collaborateurs. Aujourd’hui, le bien-être au travail fait l’objet d’une formation spécifique du management. »

Le logement

Le fil rouge, c’est la mixité. « Roland » ne vivra pas dans des ghettos pour troisième âge. L’habitat sera modulable et destiné à favoriser le « vivre ensemble » entre générations. Des agences communales de concertation du logement doivent dresser un état des lieux des besoins des personnes vieillissantes et les orienter vers la formule de logement la plus adaptée à leur situation individuelle. Ces agences gèrent aussi la disponibilité des logements pour tous les demandeurs. En 2030, on luttera contre l’isolement social des aînés par des actions visant à améliorer leur mobilité (taxi social, transport collectif) et à réduire la fracture numérique pour qu’ils puissent maîtriser les nouveaux réseaux sociaux.

« Aujourd’hui, c’est devenu naturel de changer de logement en fonction de sa situation familiale et de son état de santé. Soumia et moi pensons déjà à transformer notre maison en logement kangourou avec un appartement pour nous. Au niveau des quartiers, il y a désormais un système de ‘visiteurs’ qui viennent régulièrement discuter avec les personnes âgées pour rompre leur isolement. Pour nous qui vivons loin de maman, c’est rassurant. »

La cohésion sociale

Les échanges de services, l’apprentissage tout au long de sa vie, la mixité sur les lieux d’habitat et de travail sont autant d’outils pour rapprocher les gens et les générations. Le panel citoyen reconnaît cependant qu’on agit là sur les comportements et les attitudes et que c’est un processus sur lequel il faudra « travailler sans cesse ».

« Jusqu’il y a cinq ans, ma mère, Jeanne, est allée faire la lecture aux enfants de la garderie de l’école. Elle n’aurait jamais imaginé aller dans une de ces maisons de retraite comme on en voyait souvent il y a encore une trentaine d’années. »

Réactions

Soulager le système de solidarité collective pour y intégrer d’autres solidarités interpersonnelles, c’est la clé de lecture principale de ce scénario citoyen, décode la Fondation pour les générations futures. Avec des questions éthiques qui surgissent notamment quand le panel évoque la responsabilité individuelle en matière de soins de santé et de prévention. Le système ne doit pas récompenser ou punir les gens qui n’auraient qu’à « assumer » les choix de vie qu’ils ont faits, précise la Fondation qui se dit « frappée par le rôle de l’individu et de ses motivations comme moteur de changement ». Les propositions des 24 citoyens sont davantage ancrées dans une sorte « d’individualisme altruiste » que dans l’idéologie. Pour eux, le système actuel de solidarité doit évoluer mais sans totalement disparaître. Il doit être « plus individualisé, mieux correspondre aux valeurs actuelles de liberté, de besoin de participation et de demande de service sur-mesure. » Un défi important pour le service public s’il ne veut pas être pris de vitesse par le privé, conclut la Fondation.

La méthode

Les 24 citoyens n’ont pas été tirés au sort. Ils ont été recrutés par des personnes de référence dans toute la Belgique avec pour objectif d’avoir bien sûr une bonne représentation en matière de langue, de classes d’âge, mais aussi les profils les plus diversifiés pour obtenir différents cas de figure quant au nombre d’enfants (ou de parents) à charge, de dispersion géographique et sociologique, d’affinités politiques. Ils ont été confrontés aux réflexions préalables de plusieurs experts (associations de seniors, CPAS, conseillers de mutuelles…) qui ont cerné les enjeux clés de cette solidarité intergénérationnelle.

 

 

 

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