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Logement et territoires

Compteurs intelligents : la Belgique avance avec prudence

  • 371-372
  • Par Amélie Mouton
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Des compteurs intelligents dans chaque foyer ? Pour la Belgique, c’est non. La technologie, trop coûteuse, n’est pas complètement au point et pose de multiples questions en matière de protection de la vie privée. Dans notre pays, on se dirige donc vers un déploiement segmenté auprès de certains consommateurs ciblés.

Un compteur intelligent dans chaque foyer européen : ce petit conte domestique fait rêver l’Union européenne qui, dans différentes réglementations relatives à sa politique énergétique, préconise un déploiement généralisé de cette technologie. Exit le vieux compteur planqué sous des couches de poussière dans votre cave. Place à un terminal électronique doté d’une capacité de communication bidirectionnelle (il reçoit et transmet des informations), qui offre des informations sur votre consommation en temps réel et permet d’effectuer certaines opérations à distance, comme le relevé des compteurs, ou l’ouverture et la fermeture d’accès.

Une utilisation plus rationnelle de l’énergie, une meilleure maîtrise des coûts, une facture plus proche de la consommation réelle, des offres taillées sur mesure selon le profil du consommateur ; l’Union décèle de multiples promesses dans cette technologie, qui selon elle, pourrait aider l’utilisateur final à « participer plus activement au marché de la fourniture du gaz et de l’électricité », tout en contribuant aux efforts pour réduire la consommation d’énergie. Le compteur intelligent est ainsi identifié comme un moyen d’atteindre les objectifs 3×20 prévus dans le paquet énergie-climat : à l’horizon 2020, une augmentation de 20 % de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables, et une diminution de 20 % des émissions de CO2.

Évaluation négative

Pour mettre en œuvre cette politique, l’Union européenne a explicitement indiqué, dans une directive de 2009 relative aux règles communes pour le marché intérieur de l’électricité, que 80 % des foyers européens devraient être équipés de systèmes de mesure intelligents d’ici 2020 (une directive similaire existe pour le gaz naturel, mais aucune échéance n’est fixée. La Belgique ne serait pas vraiment concernée pour le moment, car il serait extrêmement difficile d’installer de tels compteurs pour le gaz). Cette demande a cependant été conditionnée à la réalisation d’une analyse coût-bénéfice, qui devait montrer que les conditions étaient réunies pour un scénario full roll out, c’est-à-dire l’implantation généralisée des compteurs intelligents. Les États membres avaient jusqu’en septembre 2012 pour réaliser une évaluation.

En Belgique, les avantages tant vantés du compteur intelligent n’ont pas passé la rampe de l’analyse. « En Wallonie et à Bruxelles, les études, pilotées par les régulateurs régionaux, ont donné des résultats particulièrement négatifs », rapporte Christine Cobut, conseillère à la Creg, Commission fédérale de régulation de l’électricité et du gaz. « En Flandre, la première évaluation était positive, puis ils sont revenus en arrière et ont finalement décidé de ne pas se prononcer sur la faisabilité pour l’instant. » La Cwape, la Commission wallonne pour l’énergie, a estimé le coût d’un déploiement des compteurs intelligents chez les consommateurs wallons à 2,2 milliards d’euros. « Il serait principalement à charge des gestionnaires de réseau de distribution », analyse le régulateur, qui juge de plus très difficile d’estimer si l’introduction des compteurs intelligents conduirait réellement à une diminution durable de la consommation. Brugel, le régulateur bruxellois, est parvenu à des conclusions similaires : « La mise en œuvre généralisée de ces compteurs engendrera un coût pour le consommateur final disproportionné par rapport aux éventuels bénéfices attendus de la participation active des consommateurs au marché de la fourniture d’énergie. » Car si les gestionnaires de réseau de distribution sont en charge de l’équipement, rien ne dit que ce n’est pas le consommateur qui écopera de la facture finale. « Et ils risquent de devoir payer deux fois, estime Christine Cobut. Pour l’acquisition du compteur et pour son installation. »

Une technologie peu mature

À côté de la question du coût, d’autres paramètres ont accentué la frilosité vis-à-vis d’un déploiement général des compteurs intelligents. En premier lieu, la question de la vie privée. « Un compteur intelligent va transmettre les données de consommation minute par minute. On pourra donc voir quand vous êtes chez vous, quand vous allez dormir, etc. Or, pour l’instant, aucune législation n’existe pour protéger le consommateur », explique la conseillère de la Creg. Beaucoup de craintes existent également quant à un éventuel usage coercitif de cette technologie, les fournisseurs pouvant potentiellement contrôler à distance la puissance du compteur pour lutter contre les impayés. Elle pourrait donc fragiliser davantage le consommateur vulnérable et mettre en péril son droit à l’énergie. La Commission de la vie privée recommande ainsi d’établir un cadre très clair concernant « les usages contraignants de nature administrative et judiciaire » de cette technologie et de bien en préciser les finalités.

Certains observateurs mettent également en doute l’affirmation selon laquelle un recours à la technologie entraînerait automatiquement un changement des comportements chez le consommateur. « On part du principe que c’est efficace si un individu bien informé fait les meilleurs choix. Or l’humain ne fonctionne pas comme ça », soulignait déjà Grégoire Wallenborn, chercheur à l’Institut de gestion de l’environnement et d’aménagement du territoire (IGEAT) de l’ULB dans un précédent entretien accordé à Alter Échos.

Autre problème : la technologie elle-même. Plusieurs composants techniques et informatiques des systèmes de comptage intelligent ne sont pas encore au point. « Pour l’instant, il existe différents types de compteurs, via réseau GSM, ADSL ou électrique. La Belgique attend des normes plus précises et un produit plus mature qui puissent lui assurer des perspectives à long terme avant de se lancer », précise Christine Cobut. Pour les gestionnaires de distribution wallons, il est d’autant plus pertinent d’attendre, car la Wallonie, vu sa taille modeste, n’entend pas développer un modèle propriétaire de compteur. Contrairement à la France par exemple, où le principal gestionnaire du réseau de distribution électrique, ERDF, a développé le compteur Linky. Un mandat européen devrait mieux définir ces standards techniques dans les mois à venir.

Vers un déploiement segmenté

Dans le rapport qu’elle a remis à la Commission européenne en 2012, la Belgique a donc indiqué que les conditions de mise en œuvre n’étaient pas réunies pour un déploiement massif de cette technologie dans notre pays. « On se dirige plutôt vers une approche segmentée, donc vers l’implantation de compteurs chez certains clients identifiés, explique Christine Cobut. C’est plus intéressant et cela coûtera moins cher. » L’analyse coût/bénéfice de la Cwape avait déjà conclu à l’intérêt d’une approche ciblée, basée sur une démarche volontariste. Elle coûtait également nettement moins cher : 947 millions d’euros au lieu de 2,2 milliards. Les consommateurs visés sont les gros clients relevés mensuellement, les prosumers (les consommateurs qui sont aussi producteurs d’électricité via des panneaux solaires par exemple), les clients avec compteurs à budget, les réseaux « privés » (bâtiments publics, copropriétés, etc.), les clients des zones où il est plus difficile de relever les compteurs.

Les gestionnaires de réseau de distribution belges testent actuellement la technologie à travers des projets pilotes pour évaluer les impacts techniques, organisationnels et financiers de son implantation en conditions réelles. Pour eux, un délai de plusieurs années est encore nécessaire pour arriver à une maturité suffisante qui permettrait de prendre des décisions sur un déploiement complet des compteurs intelligents. En attendant, il s’agit d’acquérir progressivement un savoir-faire afin d’être prêt à évoluer rapidement si la réglementation devenait plus contraignante ou que la décision de ne pas embrasser pleinement cette technologie ne devenait préjudiciable aux intérêts des régions et des consommateurs.

Au niveau européen, les positions entre les pays sont contrastées. La France a par exemple annoncé sa volonté d’équiper 35 millions de foyers de compteurs Linky à l’horizon 2020, tandis que la Lituanie et la République tchèque ont, à l’instar de la Belgique, remis un avis négatif. Dans la plupart des États membres, le compteur intelligent en est encore au stade de l’expérimentation. Le parc européen compterait à l’heure actuelle 40 millions de compteurs intelligents. Seules la Suède, l’Italie et la Finlande ont déjà adopté cette technologie à une large échelle. En Suède, c’est un habitat dispersé et des tournées trop chères qui ont motivé leur installation dans 99 % des foyers. L’Italie, elle, l’a fait pour lutter contre la fraude.

Priorité au réseau intelligent

Les sources d’énergie renouvelable (éoliennes, panneaux solaires, centrales hydrauliques) représentaient environ 8 % de la production d’électricité belge en 2012, soit une hausse de 23 % par rapport à l’année précédente. Ce développement rapide est appelé à se poursuivre dans les prochaines années. Leur intégration dans le réseau de distribution ne va pas sans poser certains défis, car ce dernier est peu adapté à des petites unités de production dispersées sur le territoire. Pour qu’il n’y ait pas de black-out, il faut toujours un équilibre entre l’offre et la demande. Or, avec les panneaux solaires, il peut par exemple y avoir surproduction d’électricité les jours très ensoleillés, ce qui peut créer une surtension. Cette situation pousse donc notre pays, comme d’autres, à évoluer vers un réseau électrique plus intelligent (smart grid), capable de gérer avec plus d’efficacité ces nouvelles sources de production. Comme le souligne le groupe de réflexion sur les réseaux électriques durables et intelligents (REDI) mis en place en Région wallonne, tout l’enjeu consiste à « encourager l’éclosion progressive, voulue par l’Europe et la Wallonie, de petites productions locales souvent intermittentes, tout en préservant la sécurité du réseau et le nécessaire équilibre entre production et consommation ». Mais aussi ajoute-t-il, « sans imposer des aménagements coûteux, décidés au coup par coup ». Réseau intelligent ne veut pas nécessairement dire compteur intelligent, même si ce dernier peut en être un des composants. Le groupe REDI estime ainsi que la région peut évoluer vers un réseau intelligent en se passant de cette technologie onéreuse et pas encore complètement aboutie. Les outils existants pourraient déjà permettre une gestion plus dynamique de l’équilibre production-consommation, une limitation de la consommation finale et une réduction des gaspillages.[/do]

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