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Le cinéma social décortiqué par la revue Mouvements

« Aujourd’hui, que signifie s’intéresser cinématographiquement au social ? D’un côté, le cinéma fabrique une vision du social ;au-delà des genres, la réalité sociale qu’il donne à voir répond à des standards formels, thématiques, idéologiques. De l’autre, lesocial imprègne le cinéma ; celui-ci peut en porter la trace comme pour attester des lieux où la société se détériore. C’est à cecroisement et à la mise en tension de ces deux axes que se situe notre démarche, là où l’expérience fait effraction pour laisser se déployer denouvelles possibilités, là où le social prend une forme filmique. » C’est ainsi qu’est résumée en quelques mots la démarche de la revuefrançaise Mouvements, qui s’intéresse dans son dernier numéro au cinéma social à travers un dossier intitulé « Quand la sociétéfait son cinéma ». Animée par une équipe pluraliste, par les profils tant socioprofessionnels que politiques, la revue Mouvements1 alimente depuis novembre 1998 ledébat social culturel et politique dans une perspective résolument ancrée à gauche. Elle traite de questions aussi diverses que la flexibilité du travail,l’école, les transformations à l’Est, l’expertise, la famille, l’alternative au social-libéralisme, le hip-hop, l’humanitaire, etc.

28-07-2005 Alter Échos n° 148

« Aujourd’hui, que signifie s’intéresser cinématographiquement au social ? D’un côté, le cinéma fabrique une vision du social ;au-delà des genres, la réalité sociale qu’il donne à voir répond à des standards formels, thématiques, idéologiques. De l’autre, lesocial imprègne le cinéma ; celui-ci peut en porter la trace comme pour attester des lieux où la société se détériore. C’est à cecroisement et à la mise en tension de ces deux axes que se situe notre démarche, là où l’expérience fait effraction pour laisser se déployer denouvelles possibilités, là où le social prend une forme filmique. » C’est ainsi qu’est résumée en quelques mots la démarche de la revuefrançaise Mouvements, qui s’intéresse dans son dernier numéro au cinéma social à travers un dossier intitulé « Quand la sociétéfait son cinéma ». Animée par une équipe pluraliste, par les profils tant socioprofessionnels que politiques, la revue Mouvements1 alimente depuis novembre 1998 ledébat social culturel et politique dans une perspective résolument ancrée à gauche. Elle traite de questions aussi diverses que la flexibilité du travail,l’école, les transformations à l’Est, l’expertise, la famille, l’alternative au social-libéralisme, le hip-hop, l’humanitaire, etc.

De plus en plus de films « sociaux »

Ken Loach, Mike Leigh, Michael Moore, Chantal Ackerman, Claire Denis, Nani Moretti, Raymond Depardon, les frères Dardenne, Bertrand Tavernier pour citer les plus connus mais aussi Suleiman,Benguigui, Patrick Jean, Malik Chibane, la liste est encore longue de ces réalisateurs (trices) qui participent d’un certain renouvellement du cinéma social et renouent avec unsuccès non plus seulement d’estime mais aussi public. Mais si on parle d’un renouveau du cinéma social, le genre est quant à lui mal défini. S’agit-il defilmer l’état du social dans une société, de mettre l’accent sur des conflits sociaux ? Un film social tire-t-il sa qualité de la vision qu’il transmetdu social ? Ou bien de son intrigue pour une fiction, de son sujet pour un documentaire ? Le film social ne serait-il pas celui qui a précisément pour vocation de distraire du social ?Autant de questions abordées dans les différents chapitres2 du dossier de la revue Mouvements avec, notamment, deux chapitres très intéressants, l’un consacréau cinéma dit « de banlieue » et l’autre intitulé « Montrer la non-visibilité sociale au cinéma » qui repose sur l’interview de NicolasKlotz, réalisateur et Elisabeth Perceval, scénariste.

La fiction interdite aux « pauvres » ?

En décidant de filmer le monde de la rue, de tourner une fiction, Elisabeth Perceval et Nicolas Klotz ont rompu radicalement avec l’abstraction des statistiques et le formatage desactualités télévisées pour lesquelles « le pauvre » n’est jamais une réalité. Réalisé en 1999, leur film Paria racontel’histoire de deux jeunes gens, Victor et Momo, qui, à la suite d’une altercation, se retrouvent embarqués dans le bus de ramassage des sans-abri de la RATP et amenésau Chapsa de Nanterre où ils vont passer la nuit de l’an 2000. Commence alors tout au long de leur initiation à la rue leur propre descente aux enfers. Mêlant adroitementcomédiens non professionnels et gens de la rue aux acteurs professionnels, ce film pose également la question de la pertinence, pour un cinéma directement en prise avec laréalité, de la division entre fiction et documentaire mais aussi rend compte de la difficulté à produire un film mêlant les deux genres comme en témoigneNicolas Klotz. « Dès qu’il s’agit de filmer les pauvres, on parle de documentaire. Comme si la fiction leur était interdite. Je crois qu’il y a dans lecinéma contemporain un enjeu politique très important. Qui filmer ? Comment filmer ? Quand on décide de filmer des personnes qui n’ont pas accès au cinéma– donc des corps, des gestes, des visages, des modes de parole de parole qui en sont totalement exclus – c’est une prise de position à la fois cinématographique etpolitique. La fiction dérange l’ordre des interdits et des exclusions dont sont victimes les pauvres, que ce soit celle des centres-villes ou des cinémas. Ils sont exclus de tousles lieux de la visibilité sociale. »

1. Mouvements, Sociétés-Politique-Culture, n° 27/28, mai-juin-juillet-août 2003, Éd. La Découverte, rédaction : rue Béranger, 4 à75003 Paris, tél. : 0033 (0)1 44 61 93 30, fax 0033 (0)144 61 93 35, courriel : mouvemen@club-internet.fr,
site : http://www.mouvements.asso.fr

2. Divisé en trois thèmes, le dossier comprend 16 chapitres. 1er thème : le social existe, qu’en dit le cinéma ? Titres de chapitres : L’attente ducinéma social ; Montrer la non-visibilité du social ; À propos des clichés sur la banlieue ; Filmer la société palestinienne. Deuxième thème :le cinéma fabrique du social, avec pour chapitres : « D’Amerika rapports de classe » à « Rosetta » ; La querelle des images ; « La solidarité,ça n’est pas si facile » ; Michaël Moore, cinéaste social ; Où le documentaire s’oppose moins à la fiction qu’à latélévision ; « Palestiniens, Israéliens : que peut le cinéma ? » ; Le cinéma, un métier, avec pour chapitres : Télévisionsfrançaises et cinéma social : le rendez-vous manqué ; Court, vite et fort ! ; Commerce et art cinématographiques, complémentarité ou cannibalisme ? ; Lesdeux peuples du cinéma : usages populaires du cinéma et images du public populaire ; le cinéma, l’art contre le travail ; Deleuze et la critique.

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