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En mai dernier, la Fédération bruxelloise des organismes d'insertion socioprofessionnelle et d'économie sociale d'insertion (FeBISP) avait rassemblé, au Mont des Arts, plusieurs centaines de personnes liées aux secteurs qu'elle représente. © Febisp

L’économie sociale, « oubliée » par le gouvernement bruxellois ?

29 août 2014 Rafal Naczyk

À la veille des élections, neuf structures représentatives de l’économie sociale bruxelloise s’étaient rassemblées autour de onze revendications. Elles réclamaient, entre autres, une responsabilité politique claire, un renforcement des moyens, une simplification administrative, et surtout un signal pour faire de l’économie sociale un secteur à part entière, intégré à l’économie régionale par les clauses sociales et environnementales assignées aux marchés publics. Mais au lendemain des négociations, un détail, plutôt interpellant, suscite les interrogations.

En effet, à la lecture de la déclaration de politique gouvernementale bruxelloise, l’« économie sociale » n’apparaît… qu’une fois, en page 57. Presque en filigrane. Alors que la déclaration wallonne y consacre un chapitre entier. Le site d’Irisnet, pour sa part, n’indique aucun ministre en charge. Certes, les compétences ministérielles ne sont pas toujours listées exhaustivement, surtout en début de législature. Mais au sein des fédérations d’économie sociale, c’est l’incompréhension.

« Ce qui est paradoxal, c’est qu’il y a des références à des projets, des champs d’activité, mais sans aucune stratégie au niveau du secteur lui-même », observe Marie-Caroline Collard, directrice de la SAW-B, la fédération des entreprises sociales wallonnes et bruxelloises. « C’est d’autant plus paradoxal qu’une ordonnance a été votée en 2012, sans jamais avoir été appliquée », souligne la directrice de la SAW-B. Et d’insister : « Il y a un cadre législatif inachevé, une série d’avancées qui n’ont pas été consacrées… Alors qu’on s’attendait à ce que le nouveau gouvernement achève les politiques enclenchées ».

En effet, en défendant ce type d’économie, les précédents gouvernements comptaient remplir une triple mission : remettre à l’emploi des chômeurs bruxellois, mais également apporter des réponses au boom démographique et aux défis environnementaux de la Région. Les plus gros soutiens à l’économie sociale résultent d’ailleurs de ses efforts spontanés d’insertion et de mise au travail de demandeurs d’emploi faiblement qualifiés. Mais l’économie sociale ne veut surtout pas se laisser confiner à l’insertion, via les seules entreprises de travail adapté (ETA) ou les initiatives locales de développement de l’emploi (ILDE).

Or, la disparition du vocable « économie sociale » dans la nouvelle déclaration, fait à nouveau craindre cette tentation. S’agit-il d’un oubli maladroit ? Ou d’un changement d’approche et de priorités ?

« Certes, l’économie sociale n’apparaît qu’une fois dans la déclaration. Mais elle transparaît à plusieurs reprises au travers du secteur de la formation, et d’une série d’aides et de services aux personnes, tempère Didier Gosuin, le nouveau ministre de l’Économie et de l’Emploi. Avant de torpiller, un brin sardonique : Pour rappel, dans la précédente déclaration, le terme « durable » était accolé à tous les mots. Or, ce n’est pas pour ça que notre économie est devenue durable… Je ne crois donc pas qu’il faille rassurer le secteur à travers les mots ».

Dans sa déclaration, le gouvernement affirme sa volonté de dynamiser un secteur urbain, qui ne s’inscrit pas dans une logique marchande. « En cela, ce n’est pas discriminant », estime Didier Gosuin. « Mais s’il est dit à plusieurs reprises que le non-marchand fera l’objet de notre attention, il devra aussi accepter de passer aux critères de l’évaluation. Car les budgets sont limités, insiste Didier Gosuin. Le secteur devra donc prouver que tout ce qui est investi est efficace. Car un label – économie sociale – n’épargne pas le devoir d’efficacité ».

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