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Jeunesse (Aide à la)

Crise économique: quand les jeunes s’en mêlent

4 juin 2015 quentin noirfalisse

Comment remettre en question le modèle économique dominant? Et comment représenter ce qui nous indigne en période d’austérité? Une centaine de jeunes ont lancé une vaste campagne d’affichage à Liège pour prendre parti sur des mécanismes économiques qu’ils jugent de plus en plus inégalitaires.

Il fallait traîner ce 13 mai dernier à une terrasse d’Outremeuse. Pas seulement à cause du soleil qui s’était hasardé là-bas, mais surtout pour ce moment où une fanfare est passée avec une bardée d’adolescents au regard déterminé, portant haut et fort une marée d’affiches pas tout à fait politiquement correctes.

Dessus, on pouvait lire des phrases coups de poing, trempées dans des univers graphiques riches. «Le monde du travail est un puits sans fond», «Je ne veux pas gagner ma vie, je l’ai», «Devenez scandaleusement pauvre» (avec la bobine de Charles Michel comme illustration), «Maman, pourquoi le monsieur il dort dans la rue?» La troupe a continué vers la cour intérieure de l’asbl L’Aquilone, pour lancer le vernissage de son exposition d’affiches, événement phare de l’initiative «Les jeunes prennent parti».

Durant plusieurs mois, douze institutions (dont plusieurs maisons des jeunes, une institution de protection de la jeunesse ou le Service civil international) et une centaine de Belges naviguant entre 7 et 30 ans se sont lancés pour la deuxième année consécutive dans l’opération «Les jeunes prennent parti», sous la coordination du C-paje. En 2014, les participants avaient logiquement remué leurs cerveaux autour des élections. «Cette année, on a bien dû constater que le secteur de l’aide à la jeunesse était touché de près par l’austérité, donc on a décidé de se pencher sur la crise économique», explique Cécile Laruelle, responsable communication au C-paje. «Alors qu’on subit les coupes budgétaires, les jeunes assistent à ce qu’il se passe et voient bien qu’on traverse une période difficile. L’objectif était de les faire se positionner sur ce sujet, car ils n’ont que peu de visibilité dans leur expression.»

Avant d’entrer dans la réalisation artistique, les animateurs des différentes associations ont travaillé sur une réflexion économique. Ils ont essayé plusieurs supports, comme le jeu Ethica, de Financité, qui invite à se mettre dans la peau d’un banquier et à faire des choix responsables ou le Kikafékoi de la dette, du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, qui ausculte les origines de l’augmentation des dettes souveraines. «Ça a été une aventure au long cours, un travail en profondeur. Avant de nous plonger dans la réalisation concrète de l’affiche, on s’est assis et on a débattu, détaille Benjamin Spani, animateur à la Marguerite, une maison de quartier qui accueille de nombreux enfants de primoarrivants. J’ai demandé aux jeunes s’ils savaient ce qu’étaient le capitalisme et l’anticapitalisme. Beaucoup m’ont répondu non. Je leur ai montré un Dessous des cartes sur la répartition des richesses puis nous avons débattu sur le commerce et la mondialisation, en partant du dessin d’un village préhistorique isolé et qui produisait tout ce dont il a besoin avant de voir l’arrivée de plusieurs villages, et, enfin, du monde entier.»

Pour conserver la motivation des adolescents de 12 à 16 ans qu’il encadrait pour le projet, Benjamin a décidé de la jouer souple. «On pouvait travailler une heure et demie ou quatre heures sur le projet, et faire des pauses et aller faire un foot dehors. Le processus a très bien marché. Un des enfants, en décrochage scolaire, a vu son affiche sélectionnée pour représenter l’ensemble du projet. Ça l’a complètement regonflé pour travailler sur ses devoirs et tenté de rattraper son année.»

Les affiches, elles, vont encore circuler à l’occasion d’événements proposés par les partenaires du projet. L’année prochaine, le C-paje a décidé de ne plus utiliser l’affiche mais conçoit actuellement un nouveau projet, toujours pour porter la parole des jeunes et qui questionnera les fondements de la démocratie.

 

 

 

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