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Culture
L’appétit des Indigestes est une troupe de théâtre qui réunit et mélange des personnes ayant pour la majorité eu une expérience avec la psychiatrie et la folie. ©Fabienne Pennewaert

La « folie » interrogée sur scène par des usagers et des professionnels de la santé mentale

2 mars 2017 Manon Legrand

Avec la pièce de théâtre Eux, L’Appétit des Indigestes, troupe de théâtre composée de comédiens, soignants et usagers ayant pour la majorité eu des expériences diverses avec la psychiatrie, interroge notre rapport à la folie et à la normalité.

Tout commence par un burn-out. Celui d’Elodie, infirmière dans un hôpital psychiatrique dont l’enthousiasme s’amenuise à mesure des confrontations au cadre strict imposé par l’institution psychiatrique. Deux groupes de personnages se partagent la scène : patients d’un côté, soignants de l’autre, reconnaissables à leur tablier blanc. Particularité du casting : les 25 comédiens ont vécu des situations similaires à celles qui se jouent sur scène. L’Appétit des Indigestes est une troupe de théâtre qui réunit et mélange des personnes ayant toute eu une expérience avec la psychiatrie et la folie. Des fous diagnostiqués, des soignants qui ne se sont jamais posé la question de leur folie, des artistes, des exclus… « La seule condition pour participer à ces ateliers est d’avoir l’envie de créer un spectacle autour des questions de folie et de normalité », explique Sophie Muselle, psychologue et metteuse en scène qui anime, depuis 2013, les ateliers de théâtre à l’origine de cette création, assistée par Pierre Renaux comédien qui a connu un parcours en psychiatrie.

La pièce Eux, deuxième de la compagnie, est née d’une écriture collective élaborée au cours d’ateliers menés depuis février 2015 au Pianocktail, « bistrot culturel » bruxellois né à l’initiative du Club Antonin Artaud et du Collectif « à vif ». Bien que composée de personnes porteuses d’une certaine fragilité, la compagnie, en interrogeant la vision de la normalité et de la folie dans notre société, désire s’inscrire dans une démarche plus politique que thérapeutique. Aussi, comme le souligne Sophie Muselle, « la grande différence entre ces ateliers et certains ateliers d’art thérapie est qu’il n’y a pas de posture de soignant et soigné. Chacun est expert. Les patients ont une expertise de ce que c’est de vivre avec la folie. Tout le monde est là pour apporter quelque chose à tout le monde. » Les scènes qui se succèdent sont autant de tableaux sur l’univers dur, froid, mais aussi drôle et tendre de l’hôpital psychiatrique : une soignante qui se fait taper sur les doigts par ses collègues parce qu’elle tutoie les patients. « Tu dois garder la distance thérapeutique », lui rétorque-t-on ; des patients qui se révoltent contre « l’usage des médicaments pour faire taire la contestation… »

« C’est libérateur de pouvoir exprimer cette parole, de dire ce qu’on pense de la situation de la psychiatrie aujourd’hui, de l’attitude des soignants… », considère Steve, comédien. Pour Brahim, « dire sur scène qu’on est tous fous, ça soulage ! ».

Si la pièce relate des expériences dures dans les rapports soignants-soignés, « l’idée n’est pas de faire de l’anti-institutionnel, de dénoncer ou de faire un récit à charge contre l’hôpital psychiatrique », précise Sophie Muselle, metteuse en scène, « mais bien de raconter des histoires de tous et toutes, selon leur point de vue, de déposer sur scène du vécu ». D’ailleurs, pour éviter tout manichéisme, le groupe a tenu à insérer une scène qui prend aussi la défense de l’institution, durant laquelle les soignants précisent à la jeune infirmière « que les patients ont aussi besoin de règles, et que, s’ils n’étaient pas accueillis à l’hôpital, ils n’auraient probablement nulle part où aller ». Eux invite en tout cas à dépasser les étiquettes – voire les diagnostics – quand on porte le regard sur ceux qui pourraient aussi être nous…

 

Eux sera joué à Tournai le 27 avril. Eux et le précédent spectacle de la compagnie L’homme d’onze heures moins le quart seront présentés respectivement les 6 et 10 juin à 20h au Théâtre de la Vie

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A propos de l'auteur(e)

Manon Legrand

L’héroïne de Manon est Rosa Parks. Pour cette diplômée d’histoire, évidemment, il s’agit d’une figure incontournable dans l’histoire des afro américains, le symbole féminin de la lutte contre la ségrégation et de la multiplicité des combats encore à venir. Lorsqu’elle était petite, elle hésitait entre deux carrières : postière ou journaliste. Cruel dilemme résolu depuis lors : engagée, hyperactive, Manon écrit des articles pour différentes revues mais alimente aussi particulièrement le site web d’Alter Échos, notamment avec ses fameuses interviews du vendredi. À ses yeux, qu’elle a fort bleus, mais c’est un détail, l’émulsion social-info, c’est tendre le micro à celles et ceux qu’on voit pas, bousculer les idées reçues, rencontrer, apprendre, dénoncer les injustices, parler des invisibles, des belles personnes et des vulnérables. manon [dot] legrand [at] alter [dot] be

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