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Vu de Flandre
Régine (tout à gauche sur la photo) : «[…] Nous touchons entre 50 et 70 personnes. C’est-à-dire tous les primo-arrivants qui sont arrivés à La Panne.»

Tegenstroom: l’intégration par le vélo

Alter Échos n° 444 17 mai 2017 Aubry Touriel

À La Panne, les bénévoles de Tegenstroom ont choisi de faire du vélo un symbole d’intégration. Ils organisent des activités pour mettre en contact la population locale et les primo-arrivants. En selle et direction la mer du Nord…

Il est 18 heures, une petite dizaine de cyclistes sont rassemblés sur la place du marché de La Panne, à la côte belge. Le groupe est constitué de personnes venant des quatre coins du monde accompagnées de leurs parrains/marraines flamands. La télévision régionale est présente pour le lancement de la saison de cyclisme organisé par Tegenstroom («À contre-courant»). Régine Van Houtte, initiatrice du projet, s’entretient avec le journaliste: «Tegenstroom est une association de fait créée fin 2015, au moment où c’était le point culminant de la crise des réfugiés…»

L’organisation Tegenstroom a choisi de prendre le vélo comme symbole d’intégration.

Au départ, l’idée était d’organiser un repas de charité avec toutes les associations de La Panne. Objectif: réunir de l’argent pour soutenir des projets dans les camps de réfugiés en Syrie. Au final, les personnes qui se sont réunies autour du projet ont pensé que c’était mieux de travailler d’abord avec les personnes arrivées en Belgique. «Et c’était un coup dans le mille: nous atteignons de nombreuses personnes. Ils sont ici et on les aide», explique Régine.

L’organisation Tegenstroom a choisi de prendre le vélo comme symbole d’intégration. Les bénévoles récupèrent des vélos auprès de la population locale et les offrent aux primo-arrivants pour qu’ils apprennent ensemble à rouler à vélo et qu’ils partagent des moments.

Les activités sportives ne se limitent pas seulement au vélo. Deux fois par mois, ils peuvent aller à la piscine et jouer au football. À l’occasion, un parcours d’escalade est organisé. En fonction des activités, ils sont plus ou moins nombreux: «Parfois, 40 personnes participent à nos activités, d’autres fois, 1 ou 10 personnes. Dans l’ensemble, nous touchons entre 50 et 70 personnes. C’est-à-dire tous les primo-arrivants qui sont arrivés à La Panne», estime Régine.

Le vélo, plus qu’un simple sport

18 h 30. Les participants partent de La Panne à vélo pour se rendre à Adinkerke, le village à côté, direction l’atelier vélo. À leur arrivée, une dizaine d’autres primo-arrivants les attendent. Le patron du magasin et sa femme les invitent ensuite à entrer dans l’atelier. Tout le groupe écoute avec attention les explications pour savoir comment changer une chambre à air ou régler ses freins. Selon Régine ce projet-vélo est un concept «complet»: «Ce n’est pas seulement rouler à vélo, mais c’est également l’entretien, prendre soin de ses affaires, ne pas rouler sans phare. Le mois prochain, un représentant de la police routière va venir expliquer les règles pour rouler à vélo.»

«En avril, nous avons organisé une soirée syrienne, ils ont parlé de leur pays. Ils vont également nous apprendre aussi à parler arabe», Régine

Une bonne moitié des participants présents ont déjà reçu un vélo d’occasion grâce à Tegenstroom. Les autres qui n’en ont pas encore doivent faire preuve d’un peu de patience. La semaine prochaine, Tegenstroom va acquérir 43 vélos grâce au soutien financier de la Fondation Roi Baudouin à hauteur de 7.000 euros. Ils pourront alors se mettre en selle.

L’organisation promeut aussi les échanges entre population locale et nouveaux arrivants par d’autres manières. Au mois de mars, le mois de la propreté, ils ont participé à l’opération «Clean up the beach». «Nous essayons de nous intégrer à des projets proposés par la commune», indique Régine.

Des soirées à thèmes sont également organisées. Un Soudanais avait par exemple cuisiné pour le groupe. «Nous en apprenons plus sur leur culture et leur cuisine. Ils apprennent à se connaître. En avril, nous avons organisé une soirée syrienne, ils ont parlé de leur pays. Ils vont également nous apprendre aussi à parler arabe», témoigne Régine.

La langue n’est pas une barrière infranchissable

Entrer en contact avec eux n’est pas simple, mais les membres de Tegenstroom ont pu compter sur la coopération du CPAS. Si des personnes se rendent au CPAS pour une demande d’aide, le CPAS leur propose de les mettre en contact avec Tegenstroom. S’ils donnent leur accord, des membres de l’association vont leur rendre visite. Et puis c’est du bouche-à-oreille… Trois ou quatre fois par an, des après-midi sucrées sont organisées, c’est l’occasion de partager un morceau de tarte avec du café et d’expliquer le principe de Tegenstroom.

En raison de la barrière de la langue, la communication se déroule parfois avec difficulté, mais toujours dans la bonne humeur, assure Régine: «Ils n’exigent rien. Nous expliquons parfois quelque chose et nous pensons probablement qu’ils ne vont rien comprendre, mais nous faisons de notre mieux pour faire passer le message.» La communication sur les activités se fait via un groupe fermé sur Facebook, par e-mail et par le bouche-à-oreille.

«Je suis d’abord resté à Charleroi. En un an, j’ai augmenté d’un niveau en français alors qu’en Flandre, j’ai progressé de quatre niveaux pour la même période.», Fooad, Syrien

Pour améliorer leur niveau de néerlandais, les primo-arrivants suivent des cours de néerlandais coordonnés par la Maison du néerlandais. Le gouvernement flamand met d’ailleurs un point d’honneur à ne pas avoir de file d’attente. Ces cours seraient plus intenses qu’en Belgique francophone d’après Fooad, Syrien qui habite en Belgique depuis trois ans: «Je suis d’abord resté à Charleroi. En un an, j’ai augmenté d’un niveau en français alors qu’en Flandre, j’ai progressé de quatre niveaux pour la même période.»

Après une bonne heure de formation et l’entretien de quelques vélos, c’est l’occasion de discuter autour d’une soupe et d’amuse-gueules offerts par Tegenstroom. Tofla, Congolais de 47 ans, a fui son pays, car le gouvernement le soupçonnait de transporter des rebelles. Il est arrivé en Belgique en juin 2013. Depuis, il a réussi de multiples formations pour avoir le permis de chauffeur de camion (il a conduit des camions pendant plus de 20 ans au Congo). «Je travaille depuis un mois comme chauffeur de camion de nuit. Mon ambition est d’amener mes enfants ici. Pour cela, il faut des fiches de paie pendant un an d’affilée.»

Alors que sa langue maternelle est le français, il a décidé de s’établir en Flandre. Régine s’en réjouit: «Il fait de son mieux pour parler en néerlandais, alors qu’il y a de très nombreux francophones belges à La Panne qui ne peuvent pas parler néerlandais et qui vivent pourtant ici depuis de nombreuses années. Pour lui, ça fonctionne.»

Avant de partir, Régine confie un de ses désirs: «Pour le moment, nous louons un garage pour stocker les vélos, mais nous n’avons pas de local. L’objectif serait d’en avoir un afin d’y créer un espace de rencontre où les nouveaux arrivants pourraient venir nous pour poser toutes les questions pratiques qu’ils ont en tête.» Après cette soirée, tous les participants enfourchent le vélo, remis à neuf, pour retourner chez eux.

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