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Stratégie européenne contre la pauvreté : copie à revoir

À la veille de l’Objectif 2010 d’éradication de la pauvreté, un seul constat : l’Europe doit revoir sa copie.

27-10-2009 Alter Échos n° 283

Les 15 et 16 octobre s’est déroulée à Stockholm la huitième rencontre européenne sur la pauvreté et l’exclusion sociale1. Àla veille de l’Objectif 2010 d’éradication de la pauvreté, un seul constat : l’Europe doit revoir sa copie.

« L’Union européenne a besoin d’un engagement politique fort pour éviter la propagation de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Nous devons faire tout notre possiblepour lutter contre l’exclusion à long terme du marché du travail. Nous avons également besoin d’une coopération entre les pouvoirs publics et la sociétécivile ». C’est sur ces mots que Maria Larsson, ministre de la Santé publique de Suède, dont le pays exerce actuellement la présidence tournante de l’UE, a ouvert la8e table-ronde européenne sur la pauvreté et l’exclusion sociale. Une table-ronde qui se déroule chaque automne à la veille du 17 octobre, Journéeinternationale pour l’éradication de la pauvreté. Elle réunit des décideurs politiques nationaux et européens, des représentants d’ONG etd’organisations syndicales et des personnes en situation de pauvreté.

La 8e table-ronde devait marquer une occasion historique, puisque la dernière avant 2010, la date fixée par la stratégie de Lisbonne pour éradiquer lapauvreté et de surcroît, année européenne de lutte contre la pauvreté. Mais en fait de célébration, il faudrait plutôt parler de flop, du moinssur les constats.

Selon les statistiques, près de 100 millions de personnes dans l’UE sont exclues du marché du travail, et 79 millions de personnes sont exposées au risque de pauvreté,soit 16 % de la population européenne, un chiffre pratiquement inchangé depuis 2000. Parmi elles, 19 millions sont des enfants, un chiffre en augmentation, de même que pour lespersonnes âgées (19 % sont en-dessous du seuil de pauvreté) et d’autres groupes vulnérables comme les migrants et les minorités ethniques. Des chiffres quirisquent encore d’augmenter avec la crise économique. Mais si 2010 ne verra pas la fin de la pauvreté, elle pourrait constituer un tournant. C’est du moins ce que lecommissaire européen en charge des Affaires sociales, Vladimir Spidla, espère. L’UE est, en effet, en train de développer une nouvelle stratégie à 10 ans.

Absence de volonté politique

À côté des discours pontifiants dont seules les grands-messes européennes ont le secret, les représentants d’ONG étaient venus, eux, exprimer leurras-le-bol face à l’attentisme européen en matière de politiques sociales. Ils ont ainsi dénoncé l’absence de volonté politique d’adopter desmesures concrètes.

C’est qu’il n’existe pas de législation commune au niveau européen dans le domaine de la politique sociale et donc pas de contraintes. À la place, uneméthode ouverte de coordination (MOC social) a été progressivement appliquée en matière d’inclusion sociale, de retraites, de santé et de soins de longuedurée, mais il s’agit avant tout d’impulsions nationales. « L’éradication de la pauvreté nécessite tout particulièrementl’établissement d’une cible spécifique, insiste le Belge Ludo Horemans, président du Réseau européen des associations de lutte contre la pauvreté(EAPN)2. Compte tenu du peu d’avancement depuis 2000, EAPN souligne l’importance politique de définir cette cible à atteindre en 2020. L’UE doit aussirépondre aux engagements du Parlement européen, notamment à la Résolution du 9 octobre 2008 sur la promotion de l’inclusion sociale et de la lutte contre lapauvreté, qui demande aux États membres de réduire la pauvreté infantile de moitié en 2012 et la Déclaration écrite 111/2007, qui demande ladisparition du sans-abrisme en 2015. Il faut signer des accords nationaux et une feuille de route individualisée avec les États membres afin de définir des cibles nationalesassorties d’un suivi annuel et transparent réalisé par le biais d’un système de carnets de bord. »

Antonia Carparelli, chef de l’Unité inclusion sociale à la Commission européenne, n’a pas manqué, de son côté, de rappeler le manqued’harmonisation des politiques sociales entre États membres et, en particulier, avec les nouveaux entrants. Certains ne disposent, par exemple, toujours pas d’un système derevenu minimum.

Le chemin reste long et dans trois mois déjà, l’UE lancera l’initiative « 2010 : Année européenne contre la pauvreté et l’exclusionsociale ». Une année qui devrait relancer la dynamique, c’est du moins ce que promettaient à Stockholm les décideurs européens présents.

1. A voir sur le site http://ec.europa.eu

2. EAPN (Réseau européen des associations de lutte contre la pauvreté) :
– site : www.eapn.org

catherinem

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