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Regard critique · Justice sociale

Social

La pauvreté en chiffres

La pauvreté́ est un phénomène aux multiples dimensions, complexe à définir et à chiffrer. Voici un petit florilège d’indicateurs pour appréhender l’ampleur de l’enjeu. À consommer avec modération et critique.

© Sophie Le Grelle

Risque de pauvreté et exclusion sociale

Des indicateurs pour évaluer la pauvreté, il en existe des centaines. Le plus connu d’entre eux se nomme «le risque de pauvreté et d’exclusion sociale». Développé au niveau européen, il enveloppe trois types de situations. Tout d’abord, le risque de pauvreté monétaire. Celui-ci est défini comme la part des personnes ayant un revenu disponible équivalent (après transferts sociaux) inférieur au seuil de pauvreté fixé à 60 % du revenu médian. Ce seuil varie en fonction du type de ménage. Il est de 1.287 euros net par mois pour une personne isolée et de 1.930 euros net par mois pour un ménage avec deux adultes. En 2021, 13,1 % de la population belge était considérée comme à risque de pauvreté monétaire.

Le taux «de privation matérielle et sociale sévère» mesure quant à lui la part de la population incapable de couvrir les dépenses liées à au moins trois des neuf biens/services considérés comme nécessaires pour avoir un niveau de vie acceptable. Exemples? Le fait de pouvoir payer son loyer, de pouvoir faire face à des dépenses imprévues ou encore de partir en vacances. L’année dernière, 6,3 % des Belges souffraient de privation matérielle et sociale sévère.

Enfin, on dénombre les «personnes vivant dans des ménages à très faible niveau d’intensité de travail». 11,9 % de la population belge se trouve dans cette situation. Cet indicateur correspond à la part des personnes vivant dans un ménage dont les membres en âge de travailler ont travaillé à moins de 20 % de leur potentiel au cours des 12 mois précédents. Ainsi, en prenant les trois indicateurs ensemble, en 2021, 19,3 % de la population était à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Ce risque est bien plus important à Bruxelles ou en Wallonie qu’en Flandre.

Mais il existe d’autres indicateurs pour mesurer la pauvreté. On peut penser par exemple au nombre de personnes dans l’incapacité d’épargner, qui arrivent tout juste à joindre les deux bouts et qui auront donc du mal à faire face à une dépense exceptionnelle. En Belgique, elles sont 4,5 millions dans ce cas précis…

Pauvreté infantile et transmission intergénérationnelle

La pauvreté est également une question d’enfants et de transmission familiale. En Belgique, 20,4 % des 0-17 ans sont à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Et, au vu des statistiques, il est probable que ces enfants resteront pauvres une fois adultes. C’est ce que révèle une enquête de StatBel. Parmi un panel d’adultes questionnés ayant vécu à l’âge de 14 ans dans un ménage avec de grosses difficultés financières, 30,4 % répondent vivre aujourd’hui sous le seuil de pauvreté monétaire. À l’inverse, lorsque l’on a vécu dans un ménage en très bonne santé financière, le taux de pauvreté ne s’élève plus qu’à 7,7 % en 2019. La nationalité des parents se révèle également être un facteur discriminant. Parmi ceux dont le père ou la mère étaient de nationalité non européenne, respectivement 40,6 % et 39,2 % sont en risque de pauvreté alors que le taux tourne autour de 7 % lorsque le parent est belge.

Précarité énergétique, hydrique, alimentaire et report de soins

Autres aspects importants de la pauvreté, la difficulté à se loger, à se chauffer, à se laver, à se nourrir, mais aussi à se soigner. Les chiffres sur ces enjeux parlent d’eux-mêmes. En Belgique, plus d’un ménage sur cinq était en précarité énergétique en 2020, selon la Fondation Roi Baudouin: soit parce que sa facture d’énergie était trop élevée par rapport à ses revenus, soit parce qu’elle était au contraire anormalement basse (sous-consommation subie). Un chiffre qui pourrait bien exploser avec la hausse actuelle des prix de l’énergie… Concernant la précarité hydrique, 15 % des ménages en souffrent, et 9,7 % des ménages en Belgique combinent les deux situations. Pour se nourrir, selon la Fédération belge des banques alimentaires, ce sont 177.238 bénéficiaires qui ont fait appel, en moyenne, par mois, à l’aide alimentaire en 2021. On peut enfin ajouter un indicateur démontrant les effets sanitaires de la pauvreté : selon Solidaris, en 2021, 45 % des Belges francophones qui en avaient besoin déclarent avoir renoncé à au moins un soin pour des raisons financières. Ces quelques chiffres, bien qu’incomplets, permettent d’avoir un aperçu de l’ampleur des enjeux.

 

 

 

 

 

 

Robin Lemoine

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