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Justice
© Flickrcc Groume

Prison : vers une transition réussie ?

3 avril 2017 Pierre Jassogne

Dans son dernier rapport, la CAAP (Concertation des associations actives en prison) s’est intéressée à la sortie de prison, et plus particulièrement aux dispositifs existants en matière de réinsertion.

La sortie de prison fait trop rarement l’objet d’une préparation approfondie et concertée, reproche la CAAP. Pourtant, les problématiques sont nombreuses : retissage des liens familiaux, recherche d’un logement, recouvrement des droits sociaux, détermination d’un projet socioprofessionnel, respect des conditions de libération, etc. Pour la CAAP, de nombreuses synergies sont possibles et permettraient d’améliorer le retour des personnes sortant de prison en mettant en place des projets d’insertion individualisés, collant aux besoins, aptitudes et aspirations des personnes. Ces projets lutteraient même, à entendre l’association, plus efficacement contre la récidive.

La CAAP appelle les autorités à préparer la sortie de prison dès l’entrée en prison. « Ceci afin d’éviter les écueils d’une préparation précipitée et de donner du sens au temps passé en prison », explique Séverine Climaz, auteure du rapport. « Cet objectif est à mettre en parallèle avec la mise en place du plan de détention (NDLR : prévu dans la loi de principe) qui ne pourra être appliqué sans une amélioration structurelle du système carcéral. » Autre aspect relevé : la plus grande implication de l’entourage dans la préparation à la réinsertion. « Les proches des personnes sortant de prison constituent des acteurs centraux prenant en charge les fonctions d’accueil et de soutien. Ils doivent être mieux pris en compte dans les programmes et dispositifs de réinsertion », rappelle Séverine Climaz.

À l’instar de son précédent rapport, datant de 2015, analysant l’offre de services faite aux détenus en Wallonie et à Bruxelles, la CAAP en appelle une nouvelle fois à améliorer les conditions de travail des services actifs en prison, comme à la sortie, notamment en renforçant leur financement et leurs effectifs. « En plus de palier leur saturation, l’amélioration de ces conditions de travail concourrait au développement des services dédiés à la réinsertion », continue Séverine Climaz. La CAAP souhaite favoriser l’accès aux personnes sortant de prisons à ces dispositifs : « Pour ce faire, il est nécessaire d’offrir des garanties aux différents secteurs concernés. Par exemple, en matière de logement, il s’agirait de prévoir un accompagnement suffisant et adéquat pour maintenir ces personnes dans les lieux où elles sont hébergées », poursuit l’auteure du rapport.

Dans ses recommandations, la CAAP aborde aussi l’hypothèse des Maisons de transition, comme le fait également la déclaration de politique communautaire 2014-2019 du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le ministre Rachid Madrane a d’ailleurs rappelé lors de la présentation du rapport tout son intérêt pour la mise en place de ces maisons.

Pour la CAAP, la maison de transition devrait s’appuyer sur un cadre juridique suffisamment souple pour permettre une flexibilité organisationnelle aux différentes initiatives, en favorisant, par exemple, un modèle semi-ouvert, tourné vers l’extérieur pour privilégier une logique de proximité avec le tissu associatif et l’appui sur les ressources locales. « Il faudra rester attentif à ce que la personne puisse à la fois conserver les liens avec ses proches et s’inscrire dans un tissu permettant l’élaboration d’un projet d’insertion », explique Mélanie Bertrand, auteure du rapport. « La maison de transition ne devrait pas devenir un instrument utilisé à l’excès par l’appareil judiciaire, comme certaines mesures alternatives telle la surveillance électronique », précise-t-elle par contre. « Il ne faudrait pas non plus que la maison de transition se mue en une mini-prison organisée principalement sur les principes de sécurité et de surveillance. » Raison pour laquelle le rapport de la CAAP rappelle que le séjour en maison de transition ne se justifierait pas pour tous les détenus.

En savoir plus

« À Montréal, des maisons pour réussir la transition », Alter Échos n°423, mai 2016, Sophie Mangado.

« Un modèle québécois pour penser la sortie de prison », Alter Échos n°423, mai 2016, Sophie Mangado.

« Sortir de prison, pas si facile », Alter Échos n°413, décembre 215, Marinette Mormont.

A propos de l'auteur(e)

Pierre Jassogne

Pierre est devenu journaliste en 2010 après des études en lettres lors desquelles il se passionne pour les rapports entre littérature et presse. Enfant, il voulait déjà devenir journaliste et se revoit très bien ennuyer parents et voisins en faisant des interviews avec un enregistreur Fisher Price à cassette avec micro incorporé pour un journal parlé imaginaire. Bref, il avait ce métier dans le sang, mais à la naïveté de ses premiers pas dans ce métier, sa conception du journalisme a rapidement évolué : au début, il était dans le flux de l’info, de l’événement, du scoop à tout prix, mais a très vite décroché pour tenter d’autres voies à l’instar de sa collaboration avec Alter Échos commencée en 2012. Selon Pierre, le journalisme doit être dans les marges du réel, en refusant l’évidence, en allant au-delà de ses propres convictions aussi, en se frottant aux contrastes du monde, mais en y puisant chaque fois une certaine expérience des hommes, des choses, à travers des visages ou des sensations. Idem pour le social : au-delà des politiques menées, des subsides octroyés, des noms de ministres, il en va davantage du témoignage d’un engagement, d’une conviction portée par des citoyens, souvent anonymes, pour rendre ce monde un peu plus juste, un peu plus vrai. « Comme journaliste, on tente de rendre audibles ces preuves de résistances humaines face au discours inquiétant de la financiarisation à outrance, du populisme politique ou de la numérisation sans visage ». « Se reposer ou être libre », disait le philosophe grec Thucydide, quatre siècles avant notre ère. Face à la montée de l’insignifiance, il en va de même pour le journalisme, même si la tâche est grande, difficile, mais néanmoins stimulante et passionnante.

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