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À l’écoute de la relation d’aide

« S’il n’y avait qu’un problème ! Mais non, ils s’accumulent, se recouvrent et s’agglutinent. Un véritable nœud de vipères. Sur quel bout tirer pour démêler ce bazar ? » D’un côté, des usagers, dont les vulnérabilités croissent, se diversifient, se complexifient. Et face à eux, des travailleurs sociaux, de plus en plus soumis à des logiques gestionnaires et managériales. L’ouvrage ‘À la croisée des regards. Usagers et travailleurs sociaux’, de Hugues-Olivier Hubert et Justine Vleminckx (L’Harmattan, octobre 2019), est parti à l’écoute des uns et des autres, afin d’interroger les formes que prend aujourd’hui la relation d’aide sociale. Il met en lumière les zones de renoncement des uns et des autres, leurs espaces d’interrogation, ou encore ceux où l’on bricole pour mieux coller au réel. Le travail social, protéiforme, fait coexister plusieurs registres – le cure (apporter des réponses concrètes), le care (le prendre soin) voire le palliatif – et avance, tel un funambule sur son fil. Car, alors que le travailleur reçoit une injonction d’efficacité, l’usager se doit d’être autonome. Or il serait absurde de prétendre que la lutte contre la pauvreté ne dépend que d’eux, tant les accidents de la vie et les choix individuels se greffent sur des enjeux qui les dépassent. Dans ce contexte, parmi les défis à venir : réduire les aspects asymétriques de la relation d’aide et régénérer, chez les bénéficiaires comme chez les travailleurs, une posture critique et militante. (Par M.M.)

À la croisée des regards. Usagers et travailleurs sociaux, H.-O. Hubert, J. Vleminckx, Fédération des services sociaux, Academia-L’Harmattan, octobre 2019, 256 p.

Observer les possibles

Voilà un petit ouvrage qui nous change des omniprésentes théories de l’effondrement. Avec Résister au désastre, Isabelle Stengers, philosophe belge atypique et indocile qui comme elle l’écrit « résiste à ce qui se présente comme normal »  pose cette question : « Que peut-on fabriquer aujourd’hui qui puisse éventuellement être ressource pour celles et ceux qui viennent ? » Partant du constat que ce qui nous attend n’est pas une « fin du monde brutale » mais que « ça va se déglinguer pendant des siècles », elle nous invite à observer « des possibles qui poussent un peu partout ». Inspirée notamment par Starhawk, sorcière activiste contemporaine, elle souligne la nécessité de lier lutte et guérison : « Nous sommes situés par la nécessité de guérir ensemble, les uns avec les autres, des milieux qui nous ont abîmés ». Dans ce dialogue avec l’ethnologue Marin Schaffner, Isabelle Stengers tisse ses fils entre féminisme et écologie, monde académique et mouvements sociaux, luttes écologiques et luttes sociales ou encore sciences humaines et sciences de la nature. Et crée au fil de la discussion des connexions nouvelles chez le lecteur. « L’un des grands enjeux de notre temps c’est que le savoir soit transformateur, qu’il éveille l’imagination, qu’il rende le monde encore plus intéressant, qu’il désintoxique de la tristesse des ‘on sait’  et des ‘ce n’est que’. » On en fait l’expérience durant une petite centaine de pages. Avec une postface d’Émilie Hache, philosophe et spécialiste de l’écoféminisme, aux propositions aussi inspirantes que celles de sa mère de pensée.

(Par M.L)

Résister au désastre, Isabelle Stengers, Wildproject, novembre 2019, 86 p.

 

Marinette Mormont

Marinette Mormont

Coordinatrice web, contact freelances, journaliste (social, santé, logement).

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