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L'alphabétisation sur la voie de l'émancipation

Ce mardi 8 septembre se déroulait la journée internationale de l’alphabétisation. À cette occasion, tous les acteurs du secteur de l’alpha ontété réunis à Bruxelles par le Fonds de la Poste, pour dresser un état des lieux de la problématique en Belgique.

11-09-2009 Alter Échos n° 280

Ce mardi 8 septembre se déroulait la journée internationale de l’alphabétisation. À cette occasion, tous les acteurs du secteur de l’alpha ontété réunis à Bruxelles par le Fonds de la Poste1, pour dresser un état des lieux de la problématique en Belgique. Doléances etcréativité étaient au rendez-vous.

Journée de l’alpha mais aussi jour d’effervescence pour la Fondation Roi Baudouin, qui gère et abrite le Fonds de la Poste et qui recevait, à l’occasion decette journée, la princesse Mathilde dans les locaux de la Haute école Université de Bruxelles. La visite princière a quelque peu éclipsé le message que lesassociations invitées voulaient faire passer dans l’ « espace d’échanges interactif » qui leur était consacré. C’est sans doute cequ’on appelle l’ « effet Mathilde »… Elles ont pu se rattraper lors des différents ateliers, mais les médias avaient déjà disparu.Qu’importe, les acteurs de l’alphabétisation, formateurs et apprenants étaient là et en nombre  : plus de 450 personnes ont fait leur « marché »et participé aux différents ateliers proposés tout au long de la journée.

Pour ouvrir les réjouissances, le Chief Executive Officer de la Poste, Johnny Thijs, a rappelé l’importance de la lutte pour l’alphabétisation pour laPoste. « En tant qu’entreprise publique, nous sommes convaincus que pouvoir lire et écrire sont des droits essentiels dans notre société. […] Chaqueannée, le Fonds de la Poste pour l’alphabétisation soutient des projets novateurs qui aident à combattre l’analphabétisme et contribuent ainsi àl’intégration des citoyens défavorisés au sein de chacune des communautés de notre pays. » Un discours qui n’a pas manqué de faire sourirecertains dans l’assemblée, l’actualité toute récente de la fermeture de la poste de Louvain-la-Neuve et de centaines d’autres à travers le pays venantcruellement se confronter à ce discours de circonstance (voir encadré).

Explosions de demandes

Reste qu’à défaut de soutien public suffisant, le Fonds de la Poste reste pour beaucoup d’associations, un adjuvant financier non négligeable. Pour preuve, cetteannée, le Fonds a reçu quelque 60  % de dossiers en plus qu’en 2008  ! Via l’apport de l’opération « Timbre de Noël »,l’an passé, le Fonds de la Poste a heureusement vu ses moyens s’accroître de 840 000 euros. En février 2009, un premier appel a été lancé en directiondes organisations qui développent une approche originale des personnes illettrées les plus difficiles à atteindre. Appel à projets à la suite duquel un montanttotal de 240 000 euros a été réparti entre 40 projets qui ont reçu leur prix ce 8 septembre. En juin dernier, un nouvel appel a été lancé, cette foiscentré sur la prévention, pour éviter que l’analphabétisme se transmette de génération en génération. « Les efforts del’école peuvent désormais être complétés par un projet de prévention qui part des familles, explique-t-on au Fonds de la Poste pourl’alphabétisation. Avec cet appel qui se clôture le 30 septembre, le Fonds veut mobiliser les parents et les aider à donner à leurs enfants, dès leur plusjeune âge, les capacités nécessaires pour effectuer avec succès leur parcours scolaire. 300 000 euros sont mis à la disposition de projets-pilotes destinésà soutenir les parents illettrés d’enfants de 0 à 6 ans. »

Un souci de prévention que l’on retrouve dans les revendications de Lire et Écrire (notamment) qui propose différentes mesures pour en finir avec l’échec scolaire : définir un véritable plan d’action pour l’école, allonger le tronc commun jusqu’à 14 ans, revoir la formation initiale des enseignants, augmenter lesclasses passerelles pour les primo-arrivants, intégrer une formation pédagogique à l’alphabétisation et au français langue étrangère (FLE) dansla formation des enseignants, etc.

Autre revendication partagée par nombre d’associations présentes  : l’alphabétisation, essentiellement financée par la formation professionnelle, netient pas compte actuellement d’autres projets d’émancipation. Ainsi, les associations revendiquent un accès à l’alphabétisation pour tous les publics,aussi bien pour ceux qui visent un travail, que pour ceux qui souhaitent suivre la scolarité de leur enfant. En d’autres termes, elles revendiquent une politique globale,intégrée, qui repose sur des moyens structurels ne mettant pas les projets d’alphabétisation eux-mêmes en situation précaire. « Actuellement, noussommes obligés de sélectionner les personnes suivant leur statut (demandeur d’emploi, etc.). L’offre de formation reste insuffisante par rapport à lademande »2, expliquait par ailleurs Anne-Hélène Lulling le 4 septembre, lors d’une journée organisée par Lire et Écrire àBruxelles. L’orientation de cette année du Fonds de la Poste pour l’alphabétisation viendra donc bien à point pour nombre d’associations du secteur del’alpha.

Lire, écrire… chanter

Mais si les doléances ont été nombreuses, la créativité, l’inventivité, étaient aussi au rendez-vous. Ainsi en va-t-il du projet « Lireet écrire en chansons » développé par Lire et Écrire Centre-Mons-Borinage en collaboration avec le Théâtre royal de la Monnaie. Le chant y est aucœur des apprentissages tant oraux qu’écrits. Au final, un très beau CD reprenant cinq chansons écrites et chantées par le groupe d’apprenants.Même démarche d’apprentissage par le chant pour l’association flamande De Dagen dont la directrice artistique, Silvie Moors, a pu donner un aperçu lors de laplénière, faisant entonner par toute la salle, la berceuse en néerlandais tiré d’un répertoire qui sert d’accroche aux apprenants.

Autre démarche originale, celle du quotidien Het Belang van Limburg3, qui chaque week-end, ouvre ses colonnes à un groupe de personnes analphabètesapprentis journalistes. Baptisée Duizendpoot, cette page hebdomadaire a fait l’objet de réunions de rédaction, de rencontres multiples entre journalistes etapprenants dans la rédaction, mais aussi dans la classe du groupe. Rédigée dans un langage simple sur des sujets quotidiens, celle-ci doit être compréhensible par letout-venant. U
n véritable exercice de style et de clarification, profitable dans les deux sens, si l’on en croit la cheville ouvrière du projet, le journaliste Marcel Grauls.

À côté du Belang Van Limburg, il existe en Flandre une autre expérience tentée par un hebdomadaire baptisé Wablieft 4. Fort de 10000 abonnés, l’hebdo publie des reportages à l’écriture simple et directe sur des sujets d’actualité : le ramadan, le référendum àvenir à Anvers, l’accès aux PMS, etc. Une collection de livres basée sur le même principe sortira en novembre, elle compte déjà six titres, tousaccompagnés d’un dossier pédagogique.

Enfin, une expérience presque similaire, mais plus ancienne et à plus grande échelle, existe au Royaume-Uni avec la collection Quick Reads5, dontl’objectif est d’amener non seulement tout le monde à la lecture mais, surtout, à y prendre plaisir. Le truc  ? Des livres de 128 pages maximum écrits pardes auteurs à succès dans un langage simplifié et à un prix défiant toute concurrence  : 1,99 livre sterling ! On peut se les procurer à la foisdans les librairies mais aussi dans les grandes surfaces ou les bibliothèques. L’expérience, mise en place en 2006, a permis d’écouler déjà plusd’1,2 million d’ouvrages, avec pas moins de 15 000 organisations partenaires impliquées. Voilà qui pourrait donner des idées à quelques maisonsd’éditions belges…

Comme une lettre à la Poste… à condition de la trouver

L’interprétation à géométrie variable que la poste a de son rôle de service public a été pointée par l’association Lire etécrire qui distribuait à la sortie de la salle des tracts avec ce texte  : « Le Fonds de la Poste pour l’alphabétisation soutient les actionsd’alphabétisation pour que toute personne puisse trouver près de chez soi, une formation d’alphabétisation de qualité. La Poste, dans le même temps,supprime des relais importants pour l’alphabétisation. Le facteur, dont la tournée a été réorganisée, la caissière du magasin point Poste qui »vend » les services postaux, peuvent-ils encore prendre le temps d’aider les personnes à remplir les formulaires indispensables, les informer, les guider  ? La Poste, symbole de lacommunication écrite, soutient l’alphabétisation. Lire et Écrire soutient un service public qui fasse en sorte que chacun puisse trouver, près de chez soi, unservice postal de qualité, qui soit un vrai relais pour l’Alpha. » Courageux pour un mouvement qui bénéficie aussi du soutien du Fonds de la Poste. Mais c’estbien connu  : le devoir d’ingratitude est une vertu en matière de mécénat.

1. Fonds de la poste pour l’alphabétisation, appel à projets consultable sur :
www.kbs-frb.be/call.aspx?id=249752&LangType=2060

2. Extrait du compte-rendu rédigé par Stéphanie Devlésaver, pour le CBCS asbl et publié sur www.cbcs.be/new/default.asp?contentID=942
3. Het Belang van Limburg
– site  : www.hbvl.be
4. Wablieft :
– adresse : Kardinaal Mercierplein 1 à 2800 Mechelen
– tél. : 015 44 65 00
– site  : www.wablieft.be
5. www.quickreads.co.uk

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