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Coachs : tous des ex-« burn-outés » ?

Le phénomène est inquantifiable. En parcourant leurs CV, on a pourtant l’impression que beaucoup de coachs semblent un jour ou l’autre être passés par la case «burn-out». Alter Échos a rencontré l’un d’eux. Avec une question à l’esprit: s’agit-il d’un passage presque obligé?

Le phénomène est inquantifiable. En parcourant leurs CV, on a pourtant l’impression que beaucoup de coachs semblent un jour ou l’autre être passés par la case « burn-out ». Alter Échos a rencontré l’un d’eux. Avec une question à l’esprit : s’agit-il d’un passage presque obligé ?

Quand son médecin a lentement relevé le pouce, l’index et le majeur devant son visage, Gilles Monnier n’a pas tout de suite compris ce que cela signifiait. Puis le franc est tombé : trois mois d’arrêt de travail. Gilles Monnier est rentré chez lui, « a pris conscience de ce qui se passait », et s’est mis à pleurer. Son burn-out, il ne l’avait pas vu venir – ou si peu – malgré une année personnelle « de merde » et le sentiment diffus que quelque chose « ne clopait pas ».

Face à cette situation, ce comptable alors actif au sein d’une fiduciaire n’arrête pourtant pas de travailler. Chaque matin, il continue de se lever pour aller enquiller les chiffres dans de grands rapports. « Mon médecin m’a dit : t’aimes souffrir ? Vas-y, continue », lâche notre homme, aujourd’hui âgé de 45 ans. Après quelques mois, Gilles Monnier et ses employeurs finissent cependant par se séparer de commun accord. Commence alors pour lui une période de « reconnexion » avec « ses émotions, sa corporalité, ici et maintenant » qui l’amènera à ce qu’il est aujourd’hui : un coach, principalement axé sur le développement personnel.

« Addict » au développement personnel

Pour en arriver là, il lui aura pourtant fallu un peu de temps. Deux ans d’introspection, des débuts en sophrologie, et puis cinq années à bosser en vendant « des produits bio terroirs et de qualité ». Au volant de sa camionnette frigorifique, Gilles Monnier parcourt ainsi les routes de Wallonie, faisant le lien entre les producteurs et les consommateurs. Pas très reposant après un burn-out mais l’affaire lui donne l’occasion de bouger, de rencontrer des gens. « Je me suis rendu compte que ce qui était important, c’était le contact humain. Quand je faisais une livraison, je trouvais une bonne place de parking, histoire de pouvoir causer dix minutes avec le client », précise-t-il.

Quand sa petite entreprise commence à connaître la crise, le jeune quarantenaire – qui n’a pas lâché la sophrologie – s’inscrit donc à une formation chez Coaching Ways, une école de formation au coaching accréditée par l’International Coach Federation. Le moment semble propice : sans jamais avoir été voir de psy, Gilles Monnier « a fait le tour de la question seul » rayon introspection. « Je n’avais jamais fait ça auparavant, c’est culturel, cela vient de mon éducation, explique-t-il. T’es un homme, tu assures, tu avances, tu fais, la dépression on n’en parle pas. À titre d’exemple, je n’avais pas vraiment choisi mes études, ce sont mes parents qui me l’avaient suggéré. »

Cette fois-ci, Gilles Monnier décide de prendre le taureau par les cornes. Outre sa formation en coaching, il commence à se concocter sa petite méthode faite de sophrologie, de programmation neurolinguistique, de shiatsu, de reiki. Au point, aujourd’hui, d’être « complètement addict au développement personnel ». « Je suis toujours en recherche de nouveaux trucs, j’ai cette envie d’être toujours un peu plus conscient de moi-même », ajoute-t-il. Dans son travail en tant que coach, Gilles Monnier affirme adopter la même attitude. Son objectif est simple : « Accompagner les personnes dans leur phase de changement. » « Je cherche à comprendre le mode de fonctionnement de la personne. C’est comme un serrure : il faut la débloquer pour l’ouvrir », illustre-t-il. Son « expérience » du burn-out l’aide-t-elle dans ce contexte ? À l’écouter, il faut croire que oui. Car d’après lui, il est souvent confronté à des personnes ressemblant à ce qu’il était il y a quelques années. Mais attention : pour le nouveau coach, il faut être prêt lorsque l’on décide de se faire accompagner. « Si le moi d’il y a quelques années rencontrait ce que je suis devenu, il l’enverrait probablement se faire voir. Je n’étais pas prêt… Mon burn-out a en quelque sorte constitué une chance, il m’a poussé à me remettre en question », analyse-t-il. Gilles Monnier semble tellement convaincu de cette analyse qu’il songe d’ailleurs à lancer des groupes de coaching qui s’intituleraient « Réussir son burn-out ». « Il peut s’agit d’un nouveau départ, d’une seconde naissance », souffle-t-il.

« Putain, j’adore ce métier »

Avant cela, Gilles Monnier devra probablement continuer à se battre, pas contre le burn-out, mais plutôt pour se faire une place dans un secteur en pleine croissance où on se lance « difficilement ». Peut-on voir un lien entre le nombre de coachs présents sur le marché et l’augmentation du nombre de burn-out, comme si tous les travailleurs ayant connu un burn-out un jour ou l’autre se cherchaient une nouvelle voie ? Gilles Monnier n’en sait rien mais laisse échapper un sourire et se dit « amusé » par notre démarche. « C’est vrai qu’il y a tout de même beaucoup de monde qui passe par un burn-out. On est à une époque où il existe une telle négation de la personne… », finit-il par lâcher. Lui-même est-il susceptible de replonger ? « Ça pourrait, dit-il après réflexion. Je suis quelqu’un de passionné… J’ai d’ailleurs gardé de mon ancienne occupation professionnelle une phobie de l’administratif, je ne peux pas voir un papier en peinture. Mais maintenant je connais les signes avant-coureurs d’un burn-out : l’impression d’être face à un mur, de marcher dans l’eau, le manque d’air, le cerveau cramé… »

Alors qu’il nous raccompagne dans les couloirs du Beep, le Centre de bien-être et d’épanouissement personnel qu’il a ouvert dans une petite rue de Waterloo, Gilles Monnier s’aventure à poser quelques questions. « Pourquoi le journalisme ? Qu’est-ce que vous y trouvez ? » Après qu’on eut tenté de lui répondre, le coach se justifie. « Ce que je viens de faire, c’est le début d’un accompagnement en coaching. » Et quand on lui retourne la question pour savoir ce qu’il pense de sa nouvelle occupation professionnelle, la réponse fuse : « Putain, j’adore ce métier ! »

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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