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#Covid-19. CARTE BLANCHE
Flickr cc, Jeff Eaton

Pour une politique de dépistage actif des personnes sans-abri au Covid-19

20 mars 2020 Alter Échos

« Tester les personnes sans-abri au Covid-19 au plus vite », c’est l’appel lancé aujourd’hui par Infirmiers de rue ASBL. En effet, les personnes sans-abri sont aujourd’hui pratiquement les seules à rester dans les rues de nos villes. 

Que faire de la population des personnes sans-abri en ces temps de confinement ? L’une des solutions proposées par certaines autorités est de rassembler ces personnes dans l’une ou l’autre structure où des consignes de prévention raisonnables seraient appliquées.

Nous savons par expérience que de grands groupes de personnes vivant dans la précarité, lorsqu’ils sont abrités dans des structures, sont difficiles à prémunir contre les épidémies de toute sorte (gale, tuberculose). Et nous savons aussi que, en ce qui concerne le coronavirus, dans 50 % des cas, les personnes infectées ne présentent pas de symptômes mais sont néanmmoins contagieuses.

C’est pourquoi la détection et le confinement basés uniquement sur des symptômes spécifiques, ce qui est prévu dans ce cas-ci, sont une solution, non seulement insuffisante, mais même dangereuse, s’agissant d’une population fragile, à haut risque de développer des complications.

« Une séparation basée sur un dépistage, beaucoup plus sensible, est à même de confiner efficacement ceux qui doivent l’étre, et de permettre un accueil sécurisé pour les autres », affirme le Dr Pierre Ryckmans, coordinateur médical d’Infirmiers de rue.

Un non-sens du point de vue de la santé publique

Actuellement, la politique de rassembler ces personnes dans des lieux uniques est contraire à l’esprit des directives gouvernementales récentes, elle est aussi un non-sens du point de vue de la santé publique. Car en mélangeant ainsi des personnes qui pour le moment vivent en petits groupes ou seules en rue, on leur fait courir en fait un risque infectieux beaucoup plus élevé.

Et comme il s’agit d’une population plus fragile, qui souvent cumule déjà différents problèmes de santé, on risque aussi d’entraîner un plus grand nombre d’hospitalisations, voire de décès.

En dépistant cette population avant de la regrouper, il serait possible d’accueillir tout le monde de manière plus sûre. Les cas positifs pourraient alors être confinés dans un endroit spécifique, les cas non infectés auraient accès à un hébergement collectif classique.
Les personnes sans-abri se verraient offrir un parcours spécifique qui tiendrait enfin compte de leur profil à risque, au vu de leur santé et leurs conditions de vie.

A propos de l'auteur(e)

Pierre Jassogne

Pierre est devenu journaliste en 2010 après des études en lettres lors desquelles il se passionne pour les rapports entre littérature et presse. Enfant, il voulait déjà devenir journaliste et se revoit très bien ennuyer parents et voisins en faisant des interviews avec un enregistreur Fisher Price à cassette avec micro incorporé pour un journal parlé imaginaire. Bref, il avait ce métier dans le sang, mais à la naïveté de ses premiers pas, sa conception du journalisme a rapidement évolué : au début, il était dans le flux de l’info, de l’événement, du scoop à tout prix, mais a très vite décroché pour tenter d’autres voies à l’instar de sa collaboration avec Alter Échos commencée en 2012. Selon Pierre, le journalisme doit être dans les marges du réel, en refusant l’évidence, en allant au-delà de ses propres convictions aussi, en se frottant aux contrastes du monde, mais en y puisant chaque fois une certaine expérience des hommes, des choses, à travers des visages ou des sensations. Idem pour le social : au-delà des politiques menées, des subsides octroyés, des noms de ministres, il en va davantage du témoignage d’un engagement, d’une conviction portée par des citoyens, souvent anonymes, pour rendre ce monde un peu plus juste, un peu plus vrai. « Comme journaliste, on tente de rendre audibles ces preuves de résistances humaines face au discours inquiétant de la financiarisation à outrance, du populisme politique ou de la numérisation sans visage ». « Se reposer ou être libre », disait le philosophe grec Thucydide, quatre siècles avant notre ère. Face à la montée de l’insignifiance, il en va de même pour le journalisme, même si la tâche est grande, difficile, mais néanmoins stimulante et passionnante.

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