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Pas d’emploi pour les jeunes

Pour le Conseil national du travail, de moins en moins d’employeurs respectent les quotas de recrutement de jeunes. Seuls le non-marchand privé et certains employeurs publics tirent leur épingle du jeu.

La Convention Premier emploi n'atteint pas ses objectifs. Ce qui est assez énervant pour les jeunes...

Pour le Conseil national du travail, de moins en moins d’employeurs respectent les quotas de recrutement de jeunes. Seuls le non-marchand privé et certains employeurs publics tirent leur épingle du jeu.

Article publié dans Alter Échos n°428, 29 août 2016.

On entend partout qu’« avec la crise, ce sont les jeunes qui trinquent ». Un document du Conseil national du travail pourrait bien étayer cette affirmation. Il s’agit d’une évaluation des « Conventions premier emploi ». La loi dédiée à ce système prévoit que tous les employeurs ayant au moins 50 travailleurs en service doivent occuper un certain pourcentage de jeunes de moins de 26 ans. Pour le privé marchand, on parle de 3 %, exprimés en équivalents temps plein. Concernant le secteur public et le non-marchand, il s’agit de 1,5 %. L’évaluation du CNT, datée du 19 juillet 2016, compile des chiffres jusqu’en 2014. Et ils sont interpellants. À l’exception du non-marchand privé et du secteur public non fédéral comme les CPAS ou les communes, tous les employeurs sont dans le rouge. Le nombre d’entre eux respectant ces pourcentages a en effet fortement baissé ces dernières années.

En 2004, le quota de 1,5 % de « Premier emploi » était respecté par 87,8 % des SPF. En 2014, ils n’étaient plus que 49 %.

Pour le secteur privé marchand, on est passé de 90,9 % d’employeurs satisfaisant à l’obligation en 2004 à 78,5 % en 2014. Pour le secteur public régional, le chiffre sur l’ensemble du royaume est tombé de 91,9 % en 2004 à 87,1 % en 2014. La baisse peut paraître faible, mais c’est parce qu’elle est compensée par la Flandre. Dans cette région, on est en effet passé de 100 % de respect en 2004 à… 100 % en 2014. On ne peut pas en dire autant de la Région wallonne (de 87,1 % à 82,8 %) ou de Bruxelles (de 92,3 % à 84,6 %)… Cela dit, la palme d’or revient au service public fédéral. Ici, c’est carrément la Bérézina puisqu’en 2004, le quota de 1,5 % était respecté par 87,8 % des SPF. En 2014, ils n’étaient plus que 49 %. Une chute de 38,8 % !

Seul le non-marchand privé s’en tire : il est passé de 97,6 % en 2004 à 96,7 % en 2014. Pour le service public comme les CPAS ou les communes, on parle d’une chute faible de 93,5 % à 91,1 %.

« Tout le monde fait des économies »

Comment expliquer ce phénomène ? Du côté syndical, bien peu de personnes ont été en mesure de répondre à nos questions. Pour ce qui est des employeurs, cela n’a guère été mieux. À la FEB (Fédération des entreprises de Belgique), pas de commentaire. Le cabinet du ministre fédéral de la Fonction publique, Steven Vandeput (NV-A) s’est quant à lui fendu d’une réponse par écrit très diplomatique. « La pyramide des âges actuelle au sein de la fonction publique fédérale peut s’expliquer par l’évolution démographique et les diverses mesures relatives à la politique du personnel prises ces dernières années. » Dit de manière moins policée, les services publics fédéraux ont subi plusieurs séances de dégraissage et ce sont principalement les jeunes à qui on a montré la porte. Une théorie que soutient également Miranda Ulens, secrétaire fédérale FGTB et membre effective du CNT (Conseil national du Travail). Avant d’avancer d’autres hypothèses. « Il est clair qu’il y a aussi moins d’inspections qu’auparavant. Enfin, certains employeurs ne sont peut-être pas au courant de cette obligation », ajoute-t-elle.

« (…) dans le secteur à profit social, les employeurs ont une attention particulière pour les groupes plus fragilisés en termes d’emploi. », Laurent Vander Elst, conseiller juridique Unisoc

Ce point est également mis en avant par l’Unisoc, l’organisation patronale du secteur à profit social (non-marchand) en Belgique. Une structure qui ne fanfaronne pas malgré les bons résultats du secteur. « La suppression de la période d’essais a peut-être eu une influence dans le privé marchand, explique Laurent Vander Elst, conseiller juridique. Et une partie de notre secteur est soumise à un quota est de 1,5 %, ce qui est plus facile à respecter que 3 % même nous portons clairement une attention particulière aux groupes plus fragilisés.  » Le non-marchand et les pouvoirs publics ont pu bénéficier d’emplois « CPE » subventionnés par le fédéral, ce qui a pu les aider. 

« De jeunes Bruxellois mieux insérés ? », Alter Échos n°426, 13 juillet 2016, Julien Winkel.  

 

Aller plus loin

« De jeunes Bruxellois mieux insérés ? », Alter Échos n°426, 13 juillet 2016, Julien Winkel.  

 

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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