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OpenData
Pieter Colpaert, chercheur à l’Université de Gand et membre du comité directeur d’Open Knowledge Belgium

L’open data et ses promesses

Alter Échos n° 443 25 avril 2017 Laurence Dierickx

Le mouvement de l’open data (données ouvertes) est en marche depuis le début de la décennie et les pouvoirs publics s’y investissent en multipliant la création de portails, du nord au sud du pays. Leurs promesses ? Transparence politique et création d’emplois.

Le mouvement des données publiques ouvertes a été popularisé dès la fin des années 2000 aux États-Unis, sous l’impulsion de Barack Obama, qui défendait l’idée selon laquelle une plus grande transparence allait de pair avec une meilleure gouvernance. L’Union européenne n’avait pas attendu cet effet de mode pour encourager ses membres à diffuser leurs jeux de données : compte tenu des avancées en matière d’open data, elle a reprécisé, en 2013, une directive de 2003 concernant la réutilisation des informations du secteur public. Considérant que les documents produits par les organismes publics constituent une ressource « diversifiée et précieuse dont peut bénéficier l’économie de la connaissance », cette directive – connue sous le nom de « PSI », pour « public sector information » – fixe un cadre général en matière de données publiques ouvertes. Seules les données présentant un caractère sensible ou relevant de la vie privée ne sont pas concernées.

L’open data, mode d’emploi

Les données publiques ouvertes sont des données produites ou commandées par les services publics, lesquelles peuvent être librement réutilisées et redistribuées par chacun. Ce qui a pour corollaire, indique Pieter Colpaert, chercheur à l’Université de Gand et membre du comité directeur d’Open Knowledge Belgium(1), que des licences ouvertes soient attachées à ces données pour en garantir l’exploitation par des citoyens ou des entreprises. En Belgique, les portails publics d’open data se sont multipliés au cours de ces dernières années. La plate-forme fédérale, Data.gov.be, comptait 60 jeux de données à son lancement en 2011. Elle en propose aujourd’hui plus de 5.300, dont 75,4 % en néerlandais. Signe d’un dynamisme plus important au nord du pays ?

Que trouve-t-on sur ces portails open data ? Un peu de tout.

Pieter Colpaert ne le pense pas, estimant que le portail wallon fournit d’excellents jeux de données en matière de statistiques et de géolocalisation. Mais il admet que le portail fédéral agrège un nombre important de données produites à l’occasion d’initiatives locales en Flandre, telles que Apps for Ghent, un événement annuel visant à promouvoir les données publiques gantoises. « Toutes ces données ne présentent pas toujours une grande valeur ajoutée. Cela dit, je ne suis pas convaincu des promesses des portails open data : les données pourraient être simplement accessibles via les pages web des différents services publics. Si vous demandez aux développeurs où ils trouvent les jeux de données qu’ils utilisent dans leurs applications, ils vous répondront : ‘en ligne’ », nuance-t-il.

Que trouve-t-on sur ces portails open data ? Un peu de tout, serait-on tenté de répondre : des statistiques relatives au marché du travail à la localisation des toilettes publiques à Bruxelles-Ville, il n’y a pas un domaine qui ne soit pas susceptible de faire l’objet d’un traitement en données ouvertes (open data). Seulement, toutes les données publiques ne sont pas nécessairement publiées en accès libre : alors que les données des horaires en temps réel de la SNCB viennent tout juste d’être « libérées », celles de l’Institut royal météorologique (IRM) ne le sont toujours pas. La raison est simple, explique Pieter Colpaert : l’IRM tire des revenus de la vente de ses données.

Questions de transparence
et de communication

Les discours de transparence président au lancement de portails open data des services publics. Pour Olivier Tredan, maître de conférences à l’Université de Rennes 1, il s’agit de distinguer le discours politique de la transparence avérée d’un portail. À l’échelle de Rennes Métropole, dont le portail est considéré comme un pionnier et un modèle du genre, il constate d’abord une opportunité de communication pour les pouvoirs publics. « Les discours s’appuient sur trois types de ressorts : une forme de transparence, l’amélioration de la relation administration-administrés et le levier économique que peut représenter l’open data. Les appropriations de l’open data sont souvent minimes car personne n’a pensé, en amont, à vérifier la qualité des données qui ne sont pas complètes ou pas à jour. C’est aussi toute la question de la formation des services administratifs qui produisent les données mais aussi celle de la charge de travail supplémentaire que cela engendre, sans être compensée. À Rennes, très peu d’applications ont été développées et ont donné lieu à un modèle économique viable. »

Pour quelles retombées ?

L’open data, serait-ce d’abord une affaire de volonté politique ? Celle-ci est clairement affichée par le gouvernement Michel, qui a inscrit pour la première fois l’open data dans une déclaration gouvernementale. À Bruxelles, la secrétaire d’État en charge de l’informatique régionale et communale et de la transition numérique, Bianca Debaets, explique que la Région dispose désormais d’une réelle ambition open data(2). En témoigne le portail régional lancé l’an passé. Elle rappelle que, « selon Agoria, une véritable politique d’open data peut générer 180 millions d’euros et créer 1.500 nouveaux emplois dans l’économie bruxelloise, et ce par la réutilisation des données ».

En région bruxelloise, Data.be fait partie de cette grosse poignée de start-up dont le modèle économique s’appuie sur l’open data. « Nous faisons notamment du text-mining, c’est-à-dire que nous développons des moteurs de recherche pour trouver de l’information facilement comme dans Le Moniteur belge ou dans les questions parlementaires. Nous venons de lancer une nouvelle start-up, Lex.be, avec laquelle nous avons développé un moteur de recherche pour toute la législation belge. Comme elle a bénéficié d’un soutien public régional, elle est accessible gratuitement », explique Toon Vanagt, qui préside aussi l’Open Knowledge Belgium.

« La vie privée est une mauvaise excuse car il est toujours possible d’anonymiser un fichier informatique. », Toon Vanagt, Open Knowledge Belgium

Pour lui, « il reste encore des obstacles dans l’open data. Les décisions de justice ne sont pas encore en accès libre. La vie privée est une mauvaise excuse car il est toujours possible d’anonymiser un fichier informatique. Il faut aller encore plus loin dans l’open data mais je suis content de voir où nous en sommes aujourd’hui ». Il estime également que la valeur de l’open data n’est pas qu’économique (ses deux start-up emploient sept personnes) : « Quelle est la valeur de connaître les données sur la qualité de l’air si elle peut permettre de développer des politiques de réduction de la pollution ? La valeur de l’open data ne peut pas être calculée, à partir du moment où il y a des intérêts publics qui sont en jeu. »

À Liège, l’application NextRide(3) est un autre exemple d’histoire à succès liée à l’open data. Lancée en 2012, elle informe en temps réel sur les transports publics. « À l’époque, il n’y avait aucun open data et on récupérait les données avec un robot, ce qui peut être assimilé à du piratage. Aujourd’hui, ces données sont ouvertes : cela a incroyablement bien bougé », se réjouit Thomas Hermine. Il tire ses revenus de partenariat commerciaux et de la start-up NextMove, une agence digitale spécialisée dans la mobilité. « Sans l’open data, nous n’existerions pas ! »

 

 

En savoir plus

  1. Branche belge d’une organisation internationale promouvant « une connaissance accessible à tous », www.openknowledge.be.
  2. Lire en ligne l’interview de Bianca Debaets : « L’open data à Bruxelles, un potentiel de 1.500 emplois ».
  3. Lire « Nextride, le transport public en poche », Alter Échos n°435-436, 21 décembre 2016, Olivier Bailly.

« Les valeurs ajoutées de la data citoyenne », Alter Échos n° 443, Laurence Dierickx, 25 avril 2017

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