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Regard critique · Justice sociale

Allocations

Liège, capitale du RIS malgré elle

La Cité ardente abrite 10.347 bénéficiaires du revenu d’intégration sociale (RIS). Soit un nombre plus élevé que d’autres grandes villes belges comme Charleroi ou Bruxelles.

13-03-2018 Alter Échos n° 461
Liège, pouvoir d'attraction sur tous les publics. Photo : PeterCollins, CC BY-SA 2.0

La Cité ardente abrite 10.347 bénéficiaires du revenu d’intégration sociale (RIS). Soit un nombre plus élevé que d’autres grandes villes belges comme Charleroi ou Bruxelles.

Entre janvier 2012 et octobre 2017, le nombre de dossiers de RIS et d’aides équivalentes au RIS (notamment, pour les personnes réfugiées) a augmenté de 19 % à Liège. « Nous avons toutefois observé une diminution sur la même période de ces aides équivalentes : 2.675 en janvier 2012 contre 1.074 en octobre 2017, soit -150 %, relève Geoffrey François, secrétaire de cabinet de la présidente du CPAS de Liège. C’est donc du côté des bénéficiaires plus ‘classiques’ qu’il faut chercher la cause de cette augmentation importante. Si on relève que l’année lors de laquelle l’augmentation la plus spectaculaire a été l’année 2015 et que cette année était celle de la première vague de fin des allocations d’insertion, tout le monde aura compris ce qui se passe », poursuit Geoffrey François, en dénonçant la politique d’activation poussée du gouvernement fédéral. « Une mesure plus efficace sur le terrain flamand puisque celui-ci bénéficie d’un marché du travail plus favorable. Lorsqu’une telle stratégie est opérée sur un territoire qui présente de moindres potentialités d’emploi, comme la Wallonie, elle broie des individus. »

En deux ans, entre 2015 et 2017, le nombre de bénéficiaires liégeois du revenu d’intégration sociale est d’ailleurs passé de 54 pour 1.000 habitants à 68 pour 1.000. Et aujourd’hui, 5,25 % de la population liégeoise perçoit ce revenu.

Aggravation de la précarité

Au niveau du CPAS, on explique aussi cette situation par le paradoxe de la ville elle-même. « Autant Liège est très dynamique sur divers plans (économique, culturel, touristique, architectural…), autant la Cité ardente souffre d’une aggravation de la précarité de ses habitants les moins favorisés. Nombre d’entreprises ont peu à peu fermé leurs portes. Les fonctions nécessitant de moindres qualifications se font toujours plus rares au profit de celles qui en exigent d’importantes. L’écart se creuse. Et en tant que centre urbain, la ville concentre aussi des problématiques qui engendrent une forme de cristallisation dans l’aide sociale : des maladies comme la toxicomanie, des modes de vie comme le sans-abrisme ou un nombre élevé de logements de faible qualité. »

« D’autres communes plus petites, moins bien équipées, orientent souvent les personnes en détresse vers Liège. » Luc Vandormael, président de la Fédération des CPAS de Wallonie

En outre, les écoles supérieures et l’Université de Liège rassemblent de nombreux étudiants. Ceux-ci qui adressent une demande au CPAS sont en constante évolution. « Toutefois, Liège n’est pas fondamentalement différente des autres communes, elle vit certains phénomènes avec plus d’acuité en fonction de son caractère attractif », ajoute Geoffrey François.

Du côté de la Fédération des CPAS de Wallonie, on met en avant aussi cette attractivité de la Cité ardente. « Outre l’action du CPAS, le nombre de services d’accueil, d’accompagnement ou d’hébergement est tel que d’autres communes plus petites, moins bien équipées, orientent souvent les personnes en détresse vers Liège. Ce phénomène de ‘cuvette’ a souvent été pointé par les autorités liégeoises, de sorte qu’une action supralocale est nécessaire. Un dispositif comme le Relais social du pays de Liège tente de le prendre en compte », analyse Luc Vandormael, président de la Fédération.

« L’attraction de Liège-ville sur les communes environnantes est très forte, et potentiellement plus forte que dans d’autres grandes villes comme Charleroi ou Bruxelles-ville où elle est tempérée par l’attraction des communes voisines », constate le sociologue de l’ULg, Laurent Nisen. « Anderlecht ou Molenbeek ont un taux similaire à celui de Bruxelles-ville (NDLR : 52 bénéficiaires pour 1.000 habitants). À Charleroi, les communes environnantes ont des taux similaires également (46 bénéficiaires pour 1.000 habitants) », poursuit-il. Par contre, des communes comme Herstal, Seraing ou Saint-Nicolas ont des taux bien inférieurs à celui de Liège. « D’où cette concentration plus importante de la pauvreté », conclut l’expert.

En savoir plus

Lire Alter Échos n°421, « CPAS au bord de l’asphyxie », 14 avril 2016.

Pierre Jassogne

Pierre Jassogne

Journaliste (social, justice)

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