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Emploi
Experience@Work, se rendre utile plutôt que de compter les jours avant la (pré)pension.

Le co-sourcing ou comment changer de carrière après 50 ans

Alter Échos n° 460 27 février 2018 Aubry Touriel

L’augmentation de l’âge de la pension légale pousse les travailleurs à repenser leur fin de carrière. Experience@Work leur propose de se réinventer en mettant à profit leur expérience dans une organisation sociale.

Dans les grandes entreprises, certains collaborateurs en fin de carrière ne parviennent plus à conserver leur motivation. Sans perspective d’évolution professionnelle et accomplissant les mêmes tâches depuis des années, ils comptent les jours avant la (pré)pension.

Alors qu’ils entraînent généralement un coût salarial élevé pour leur entreprise, ces travailleurs pourraient mettre à profit leur expérience auprès d’un autre employeur. Le hic, c’est que toutes les organisations n’ont pas forcément les moyens financiers de faire appel à leurs services.

« La carrière ne se borne pas nécessairement aux limites de l’organisation. » Étude de l’Antwerp Manage

C’est à ce moment-là que le principe de co-sourcing entre en jeu. Il s’agit de mettre en réseau des employeurs qui constituent un pool de collaborateurs pouvant être « échangés ». Selon une étude menée par l’Antwerp Management School[1], cette pratique peut s’avérer bénéfique pour les travailleurs : « La carrière ne se borne pas nécessairement aux limites de l’organisation. Pour les collaborateurs qui, après des années passées dans la même organisation, sont confrontés à un nouveau défi, un tel pas vers l’extérieur peut précisément donner un regain d’énergie. »

Gagnant-gagnant

Et un exemple de co-sourcing existe en Belgique : Experience@Work. Cette organisation offre une plateforme où de grandes entreprises prêtent des travailleurs seniors à d’autres organisations sociales. « L’organisation sociale reçoit les candidatures via la plateforme et fait les sélections. Ça ne lui coûte rien si elle ne trouve pas de candidat adéquat. C’est en fait un canal de recrutement supplémentaire », explique Inge Janssens, directrice d’Experience@Work.

Au plan financier, c’est du gagnant-gagnant pour les deux parties. Si l’employé va travailler dans une organisation sociale, cette dernière reverse à son entreprise un salaire équivalent à une fonction junior, généralement deux tiers du salaire.

Le système est également flexible pour les organisations sociales : « Chaque organisation sociale qui a une offre peut nous contacter. La personne n’est pas payée par l’organisation sociale, mais par son employeur d’origine. Si l’expérience ne fonctionne pas, il n’y a pas de licenciement, le travailleur retourne chez son employeur mère. Il y a un mois de préavis et une indemnité de rupture d’un mois », assure Inge Janssens.

Devenir « mainstream »

Lors du lancement de la plateforme en octobre 2015, trois grandes entreprises faisaient partie du projet : Axa, KBC et Proximus. Depuis, une bonne dizaine d’organisations permettent à leurs employés de changer d’orientation dans leur carrière.

Du côté des organisations sociales, plusieurs centaines d’entre elles publient des offres d’emploi sur la plateforme. Parmi elles, des acteurs assez grands comme 11.11.11, Childfocus, Handicap international, les banques alimentaires, mais aussi des organisations plus petites.

« Pour l’instant, le ratio est d’un candidat pour deux offres d’emploi, mais, à l’avenir, j’espère pouvoir proposer un candidat pour une offre. » Inge Janssens, directrice d’Experience@Work

L’offre est nettement supérieure au nombre de candidats, constate Inge Janssens : « Pour l’instant, le ratio est de un candidat pour deux offres d’emploi, mais, à l’avenir, j’espère pouvoir proposer un candidat pour une offre. Il faut encore rassembler d’autres employeurs. »

Experience@Work est en contact avec le cabinet du ministre du Travail, Kris Peeters, qui soutient le projet. Aucun contact n’a cependant été pris au niveau régional pour l’instant.

Solution alternative à la prépension

Le co-sourcing constitue une solution plus avantageuse que la prépension, car il ne faut pas payer de frais de licenciements. « Sponsoriser un travailleur de 55 ans à la fin de sa carrière revient à 40 % moins cher que de verser une prépension. En plus, les gens restent actifs et ils ont un travail qui a du sens », indique la directrice d’Experience@Work.

Et l’étude de l’Antwerp Management School, qui se base sur la méthodologie du retour social sur investissement (SROI), confirme la plus-value sociale, économique et environnementale du projet : « En moyenne, par an, un investissement de 1 euro dans le projet Experience@Work crée une valeur sociale de 1,93 euro. »

Le co-sourcing n’est cependant pas la panacée, concède Inge Janssens : « On peut aussi travailler moins ou adapter le type de travail. » De plus, le projet a encore de la marge progression : sur 11 employeurs, 60 personnes participent actuellement au programme.

Pas si facile

Changer d’orientation en fin de carrière n’est pas toujours facile. Les travailleurs débarquent dans une nouvelle organisation dont la mentalité est souvent différente. Même si c’est souvent un soulagement, selon Inge Janssens : « Ils viennent d’une grande boîte, ils peuvent apporter leurs connaissances tout en apprenant de nouvelles choses dans un environnement qui leur tient à cœur. »

Franck Foulon, 62 ans, a franchi le pas. Après environ 20 ans de bons et loyaux services dans le département informatique de Proximus, il a accepté un nouveau défi : en juillet 2017, il se retrouve dans le secteur social et devient le directeur général d’Exchange, une asbl de coopération Nord-Sud qui soutient l’entrepreneuriat dans cinq pays d’Afrique subsaharienne.

« Si je franchis le pas dans une organisation sociale, je dois être sûr que je peux apporter une valeur ajoutée. Je ne veux pas qu’ils perdent du temps et de l’argent avec moi. » Franck Foulon, 62 ans

Il est allé à une session d’informations sur Experience@Work organisée au sein de Proximus et s’est inscrit à la newsletter. « Chaque vendredi, je reçois un courriel d’Experience@Work avec entre 10 et 15 offres d’emploi dans des organisations sociales, que ce soit pour un poste de direction, de fonction exécutive, de comptabilité, de logistique, de responsable… », raconte Frank Foulon.

Il a vu de nombreuses offres intéressantes, mais a attendu avant de postuler, car il se sentait bien dans son entreprise. « Si je franchis le pas dans une organisation sociale, je dois être sûr que je peux apporter une valeur ajoutée. Je ne veux pas qu’ils perdent du temps et de l’argent avec moi », témoigne-t-il.

Finalement, l’asbl Exchange, où il a déjà travaillé comme bénévole dans le cadre d’une mission au Sénégal, cherchait un directeur général pour développer une nouvelle stratégie afin de continuer à recevoir des subsides de la Flandre. Il a obtenu le poste et, sept mois après son entrée en fonction, mission accomplie : l’approche qu’il a développée satisfait aux critères et l’asbl va recevoir des subsides les trois prochaines années. Il n’est d’ailleurs pas près d’arrêter : « Je n’aurais jamais pensé que cela puisse arriver à la fin de ma carrière, c’était une chance unique. Tant que je peux apporter ma pierre à l’édifice, je reste. »

[1] « Exploitation flexible des talents : les possibilités et facteurs de réussite essentiels du co-sourcing comme solution pour des carrières prolongées et durables. » David Stuer et Pr Dr Ans De Vos.

En savoir plus

Alter Échos n°447, « Le cercle vertueux de la réduction collective du temps de travail », Céline Teret, 22 juin 2017.

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