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Culture et développement territorial : le dossier en attendant les politiques

Le Crisp publie récemment une étude sur le développement territorial transversal qui place la culture au centre de ce processus. Réalité ou méthodeCoué ?

29-04-2012 Alter Échos n° 336

Le Crisp publie récemment une étude sur le développement territorial transversal1 qui place la culture au centre de ce processus. Réalité ouméthode Coué  ?

« La culture joue un rôle capital dans le développement local. » C’est la thèse développée dans ce dossier alliant basesthéoriques et exemples diversifiés. L’étude n’est pas neutre puisqu’elle paraît au moment où la Fédération Wallonie-Bruxelles aentrepris des Assises du développement territorial culturel dont on a l’impression qu’elles ne débouchent pas sur grand-chose.

Les deux premières parties résument les piliers du développement territorial et leur contexte tout en reprenant scrupuleusement les différentes étapeshistoriques de la prise en compte de la culture dans le développement territorial. « On y décrit aussi les acteurs qui sont nombreux », souligne Marcus Wunderle,l’un des auteurs.

Développement territorial ou City Marketing  ?

Mais si l’importance de la culture est bien décrite comme source de cadre de vie, source de revenus liés au tourisme, facette du sentiment identitaire, ainsi que levier decréativité pour la production de biens et services nouveaux, le lien n’est pas aussi explicite dans les exemples présentés où les notions de City Marketingsont souvent mises en avant. Les auteurs mettent ainsi en avant les efforts de la ville de Spa dont la politique culturelle est axée sur des événements attirants de nombreuxtouristes (les Francofolies et le festival de théâtre) qui complètent une offre permanente basée sur les thermes et le casino, à laquelle s’ajoute bienévidemment le Grand Prix de Formule 1.

Pour Marcus Wunderle, l’aspect scientifique est bien évidemment limité. « On a des idées mais pas de mesures précises des retombées au contrairede Lille 2004 où l’impact a été mesuré de manière précise. Chez nous, cela n’existe pas », regrette le chercheur du Crisp.

Du Guggenheim de Bilbao à Mons 2015

Les exemples internationaux sont assez bien choisis. Ainsi, le Guggenheim de Bilbao a indéniablement eu un impact touristique énorme avec ses 950 000 visiteurs en 2010. Ilserait à l’origine de la création ou du maintien de 3 850 emplois principalement dans le secteur de l’horeca. Mais l’ouvrage fait état d’interactionsinsuffisantes entre le musée et la population, notamment pour des raisons de localisation mais aussi suite au peu de préoccupations qu’en faisait la Fondation.

L’étude décrit aussi succinctement le travail réalisé en Finlande autour de l’Université Aalto résultant de la fusion en 2010 de troisuniversités d’Helsinki. Objectif  ? Développer la recherche en intégrant disciplines artistiques et innovation scientifique. Le lien entre culture et éducationest renforcé par l’implantation d’un nouveau campus où sont implantées un grand nombre d’entreprises formant ainsi un cluster de niveau internationalprincipalement grâce aux activités de Nokia dans les techniques de l’information et de la communication.

L’exemple de Lille est très différent, quoiqu’assez emblématique. Désignée ville européenne de la Culture en 2004, Lille a réussi,d’une part, à créer un engouement populaire autour de sa candidature et, d’autre part, à laisser des traces comme la biennale à thème Lille 3000 ouencore les Maisons Folies qui ont émergé dans les quartiers comme à Wazemmes, Moulins et aussi à Mons qui a été associée comme villetransfrontalière.

Mons nous permet de faire le lien avec la Belgique. Bien sûr, Mons 2015 n’est encore qu’à l’état de projet. L’équipe s’inspire largement del’expérience de Lille. Mais il s’agit d’un projet en construction dont il est difficile de tirer des enseignements à ce stade et encore moins d’en étudier lesretombées.

Reste évidemment Bruxelles. Les conclusions des Assises du développement culturel régional se font attendre. L’étude met en exergue les évaluationsd’un consultant français Ineum Consulting présentées au Forum d’Avignon Culture, économie et médias en novembre 2009. « La progression desecteur des loisirs et du tourisme était proportionnellement plus faible à Bruxelles que dans d’autres secteurs. On peut y voir l’absence d’une stratégied’image coordonnée », soutient Anne Vincent. Un manque de coordination qu’on débat depuis plusieurs années notamment au sein du Réseau des Arts. Enattendant les propositions des pouvoirs publics…

1. Anne Vincent et Marcus Wunderle, « Le développement territorial transversal », Dossier du Crisp n° 77, décembre 2011, 124 p., 7,50 euros.

Jacques Remacle

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