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Edito
(c) Hans De Ruiter

Crise nucléaire sur le social

Alter Échos n° 467 18 octobre 2018 Cédric Vallet

La crise énergétique que traverse la Belgique frappera les ménages de plein fouet. Et en particulier les plus pauvres. On l’a lu et relu, l’arrêt de six réacteurs nucléaires sur sept – pour cause de maintenance, de fuites dans les circuits de refroidissement et d’état dégradé du béton – met le pays sous tension.

Dès le mois de novembre, des coupures d’électricité pourraient être programmées. Cette crise révèle une nouvelle fois les carences graves de la politique énergétique belge, où les gouvernements successifs n’ont jamais vraiment pris au sérieux la loi de sortie du nucléaire votée en 2003, sans pour autant assurer avec rigueur le fonctionnement sécurisé des réacteurs.

Une grande partie de cette énergie manquante devra être importée. Et cela coûtera cher. Les premières estimations font état d’une hausse probable de 270 à 400 euros des factures d’électricité sur une année. Une somme gigantesque qui devrait grever en premier lieu le budget des ménages qui, généralement, signent des contrats à prix variables, contrairement aux entreprises leur préférant des contrats à prix fixes.

Cette hausse ne fera qu’ajouter un peu d’iode à une facture déjà bien salée. L’Institut européen de statistiques, Eurostat, le rappelle chaque année, la Belgique est déjà championne d’Europe du coût de l’électricité. Les raisons de ce titre peu prestigieux sont multiples – à la fois historiques et politiques. Pointons notamment le choix du gouvernement Michel de faire passer le taux de TVA sur l’électricité de 6 à 21%.

Payer sa facture est déjà une gageure. L’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique a montré, dans son édition annuelle des «chiffres-clefs» que 7,31% des consommateurs d’électricité ont été comptabilisés en défaut de paiement en 2017 contre 3,37 en 2007. L’augmentation du coût de l’énergie, prévue ces prochains mois, ne fera qu’aggraver cet état de fait. La dépendance de la Belgique à ses sept centrales nucléaires – bien mal en point – a donc des conséquences sociales directes.

Bien sûr, il existe des «tarifs sociaux». Les bénéficiaires du CPAS, les habitants de logements sociaux, les personnes âgées touchant une garantie de revenus peuvent se prévaloir du statut de «client protégé». Ils sont 435.000 à bénéficier aujourd’hui d’un tel statut.

Sauf que le «tarif social» n’est pas la panacée. Celui-ci est calqué sur les prix les plus bas du marché. Lorsque le coût de l’électricité augmente, le tarif social aussi. Celui-ci a déjà grimpé de 2% au mois d’août. Une «augmentation importante» est prévue ces prochains mois, nous dit-on à la Creg, le régulateur fédéral. Des augmentations qui rogneront directement le budget des ménages.

Les plus pauvres feront les frais des errances de gestion d’Engie-Electrabel ou de Marie-Christine Marghem. Cette dernière n’a pas écarté l’idée de baisser à nouveau la TVA sur l’électricité. Mais son gouvernement a très vite rejeté l’idée. Charles Michel a annoncé qu’Electrabel épongerait les factures. L’entreprise ne sera pas forcément coopérante. Bref, personne ne donne une ligne directrice à notre futur énergétique. Comme titrait le journaliste Christophe De Caevel de Trends-Tendance, «Le nucléaire ou le chaos? Aujourd’hui, nous avons les deux».

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A propos de l'auteur

Cédric Vallet

Cédric nous vient tout droit du Sud… de la France, de Montpellier précisément. D’ailleurs, s’il ne devait pas travailler, il passerait son temps à jouer à la pétanque. Avec son collègue Julien Winkel, il forme le « pôle excellence » de la rédaction d’Alter Échos. Ce qui explique que son héros, c’est ledit Julien Winkel, dans ses grands jours. Doté d’un sens de l’humour bien aiguisé dont il fait souvent montre dans ses papiers, Cédric nous définit le social comme un bolo au Verschueren ; « ça n’existe plus mais c’était « social ». Il pratique le journalisme pour contredire tout le monde, tout le temps, à commencer par lui-même. cedric [dot] vallet [at] alter [dot] be

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