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L'actualité sociale avec le décodeur
© Manuscripts and Archives Division, The New York Public Library. (1935 - 1945). Parades - Street Cleaning - Women sweep street Retrieved from https://digitalcollections.nypl.org/items/5e66b3e9-1f44-d471-e040-e00a180654d7

« Les femmes disparaissent de l’emploi à cause de la pandémie ! », alertait il y a peu Isabella Lenarduzzi, fondatrice de Jump, une entreprise sociale qui vise à renforcer l’égalité hommes-femmes dans le monde du travail, s’appuyant sur les pertes d’emploi en Italie, où 300.000 des 400.000 emplois perdus suite à la crise concerneraient des femmes1. Partout dans le monde, de tels signaux d’alarme ont été lancés. Aux États-Unis, « des millions de femmes ont perdu leur emploi, des millions d’autres peinent à le conserver », s’inquiétait en février le New York Magazine2, mettant en lumière le phénomène de ces mères contraintes de sacrifier leur carrière pour s’occuper de leurs enfants et de leurs proches. « Le pourcentage ces femmes actives aux États-Unis est retombé à son niveau de 1988 », déplorait le magazine.

En Belgique, les chiffres montrent une réalité plus nuancée : côté wallon par exemple, le chômage des femmes a augmenté de 1,6 % chez les femmes contre 4,1 % chez les hommes depuis le début de la crise sanitaire. Certains secteurs majoritairement féminins ont même vu leur activité augmenter, explique le service public de l’emploi et de la formation. Les femmes sont par contre les premières à avoir pris des congés parentaux « corona » – 70 à 75 % d’entre eux ont été demandés par des femmes, selon l’ONEm.

La crise accroît les inégalités. Quand celles-ci se croisent, leur aggravation n’en est que plus forte.

Souvent « variable d’ajustement entre la vie professionnelle et la vie privée » dans les familles, les femmes sont celles pour qui la charge domestique imposée par les périodes de confinement a augmenté le plus ; elles sont aussi majoritaires en première ligne face au virus et à ses conséquences sociales – les secteurs de la santé et du social étant largement féminins. Il ne faudrait cependant pas négliger, dans les analyses qui sont faites des impacts du Covid-19 en termes d’emploi, cette nécessité de croiser inégalités de genre et inégalités sociales. Car les plus touchés par les pertes d’emploi et baisses de salaires depuis le début de la crise sont les travailleurs et travailleuses en situation précaire et aux emplois peu stables – intérim ou en fin de contrat. Et notamment les jeunes (lire l’ensemble de notre dossier : « Covid-19 : la sale tronche de l’emploi »).

La crise accroît les inégalités. Quand celles-ci se croisent, leur aggravation n’en est que plus forte. Au bas de l’échelle, les travailleuses domestiques – 80 % des travailleuses domestiques dans le monde sont des femmes et 75 % de ces postes se trouvent dans le secteur informel, selon l’OIT – mais aussi celles actives dans l’aide à domicile. Des femmes peu qualifiées, souvent migrantes, parfois en situation irrégulière dans notre pays (lire dans notre dossier « L’emploi toujours plus au rabais des travailleurs sans papiers »), à qui l’on délègue les parts les moins « glorieuses » du travail du « care ». « Aujourd’hui, il y a des pénuries, notamment dans l’accompagnement à domicile. Le gouvernement ferme les yeux et ce sont les femmes migrantes qui pallient cette pénurie structurelle », regrette Eva Maria Jimenez Lamas, de la CSC-Bruxelles, dans notre dossier. Ce sont ces femmes qui trinquent sans doute le plus durant cette crise. Et, travaillant dans des espaces où tout se passe à huis clos, elles trinquent de manière – presque – totalement invisible…

1. RTBF, 20/2/2021.

2. « Des millions d’Américaines hors du marché de l’emploi à cause de la crise du Covid-19 », New York Magazine, traduit dans le Courrier international, le 10/2/2021.

Marinette Mormont

Marinette Mormont

Coordinatrice web, contact freelances, journaliste (social, santé, logement).

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