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Accompagnateurs sociaux en entreprise d'insertion : la GRH à finalité sociale ?

Entré en vigueur en avril 2004, le nouveau décret wallon sur les entreprises d’insertion (EI)1 prévoyait à la demande du secteur la créationd’un cadre pour la fonction d’accompagnateur social (AS) destiné à prendre en charge les travailleurs – souvent fragilisés – des EI et à assurerune interface avec les directions d’entreprise. Depuis peu, ce cadre se trouve complété par une grille détaillant leurs missions, résultat d’un travailauprès des AS du secteur, à l’initiative des réseaux RES et CAIPS.

15-12-2004 Alter Échos n° 176

Entré en vigueur en avril 2004, le nouveau décret wallon sur les entreprises d’insertion (EI)1 prévoyait à la demande du secteur la créationd’un cadre pour la fonction d’accompagnateur social (AS) destiné à prendre en charge les travailleurs – souvent fragilisés – des EI et à assurerune interface avec les directions d’entreprise. Depuis peu, ce cadre se trouve complété par une grille détaillant leurs missions, résultat d’un travailauprès des AS du secteur, à l’initiative des réseaux RES et CAIPS.

Le décret

Pour rappel, le décret wallon définit les catégories DEDP et DEDP+ (pour demandeur d’emploi difficile à placer)2. Le décret prévoit pourceux-ci le financement d’un suivi spécifique par les accompagnateurs sociaux, à raison d’un mi-temps pour trois à cinq DEDP+ en équivalents temps pleins. LesEI de leur côté reçoivent une subvention de 33.000 euros par AS en équivalent temps plein. En ce qui concerne les qualifications de l’AS, le décret se contentede préciser qu’il doit disposer d’un diplôme ou d’une expérience utile lui permettant d’assurer sa mission3.

Une partie du secteur s’organise

Mi-2003, dans la phase d’élaboration du décret, et face au flou constaté dans les missions de l’AS, les réseaux RES4 et CAIPS5 qui regroupent une partie dusecteur en Wallonie ont initié un travail de définition du métier. « Toutes les EI, qu’elles soient fédérées ou pas, ont reçu lesinformations et des AS d’EI non membres ont pris part au processus », précise Anne-Laure Petré, du CAIPS. Celui-ci a consisté en parallèle en un recueil desexpériences des AS au sein d’un groupe de travail, en même temps qu’une formation pour ceux-ci dans des domaines comme la communication assertive, la gestion des conflits, lagestion de stress. Une grille en est sortie, qui est remontée jusqu’au Comité d’agrément des entreprises d’insertion, pour finalement être adoptéepar la Région wallonne, sous une forme synthétique, toutefois.

La grille retenue

Le document – disponible sur le site internet de la Région6 consiste en une liste détaillée des tâches obligatoires et facultatives des AS. Ainsi s’ytrouvent précisées les missions d’accompagnement quotidien des travailleurs (suivi et évaluation en entreprise mais aussi dans les démarches administratives, aideà la communication avec la direction, gestion des conflits), communication (des objectifs de l’entreprise), gestion administrative du personnel (à savoir interface avec lesecrétariat social), la participation au recrutement, la gestion de l’accès aux formations. Même si quelques critiques ont été émises quant àcertaines ambiguïtés de formulation du texte par la Région (par exemple la mission d’accompagnement qui est facultative mais qui comprend des tâches obligatoires), lesecteur dans sa majorité semble satisfait des précisions qu’il apporte. Certains auraient néanmoins préféré qu’il mentionne le secretprofessionnel, tandis que d’autres ne voient pas d’un trop bon œil l’idée d’étendre les responsabilités d’AS en cas d’accompagnementpour retrouver un emploi en-dehors de l’entreprise.

Vu du terrain

Les missions de l’accompagnateur social telles que détaillées dans la fiche présentent des similitudes assez frappantes avec une fonction de gestionnaire des ressourceshumaines. Qu’en est-il en pratique ? Sandrine Javay a terminé un graduat en GRH en 2003. Depuis octobre la même année, elle est employée à la Lorraine7à temps partiel d’abord, à temps plein ensuite. Elle est arrivée dans l’entreprise en même temps que six aides ménagères. Elle a suivi saformation d’accompagnatrice sociale en cours de route. Comment voit-elle sa fonction ? « Il y a un côté social. L’AS accompagne la personne dans des démarchesprofessionnelles ». Avec des arbitrages à réaliser. « Il y a une partie sur le terrain. Avant on le faisait plus. Mais aussi beaucoup de travail administratif. Ils’agit de remplir les documents Activa, mais aussi de réaliser un travail plusproche des personnes. Par exemple, je les aide au niveau des formalités pour obtenir un permis deconduire ». Le contact humain ? Il est présent indéniablement. Pas de la même manière avec tous les travailleurs cependant : ainsi, les personnes embauchéesdans le cadre d’une activité « Titres-services » ne peuvent être rencontrées que toutes les semaines ou alors à l’occasion des réunionsd’équipe.

Une question qui subsiste est celle de la pérennisation de ce dispositif de formation des AS. Le cabinet du ministre Marcourt serait acquis à l’idée. Reste toutefoisà passer à l’acte et à en déterminer les modalités concrètes. Ainsi, les réseaux CAIPS et RES sont candidats pour se voir attribuer laresponsabilité de celle-ci. À suivre…

1. Décret du parlement wallon 18 décembre 2003 relatif aux conditions auxquelles les entreprises d’insertion sont agréées et subventionnées, entréen vigueur le 1/4/2004.

2. DEDP : Demandeurs d’emploi inscrits au Forem depuis au moins un jour, et titulaires au maximum d’un diplôme de l’enseignement secondaire inférieur. Lacatégorie « + » concerne les DEDP inscrits au Forem depuis au moins 12 mois.
3. L’arrêté du gouvernement wallon du 27 mai 2004 précise que l’AS « doit être titulaire d’un diplôme de l’enseignement secondairesupérieur ou assimilé, avoir une expérience professionnelle dans un poste à responsabilité d’au moins trois ans dans le secteur de l’accompagnementpsychosocial ou être titulaire d’un diplôme ou d’un certificat de l’enseignement supérieur à orientation sociale ou psychologique. L’AS doit avoirune expérience ou une formation dans le secteur des ressources humaines ou s’engager à suivre une formation dans ce secteur dans les deux ans à dater de sonengagement.»
4. RES, Réseau d’entreprises sociales (dont fait partie l’asbl Terre) 4e avenue, 45 Z.I. des Hauts Sarts à 4040 Herstal –
tél. : 04 240 5830 – courriel : resasbl@skynet.be
5. Asbl CAIPS Concertation d’ateliers d’insertion professionnelle et sociale, rue Edouard Malherbe, 18 à 4400 Flémalle –
tél. : 04 337 89 64 – courriel : caips@skynet.be
6. Site i
nternet de la Région : http://emploi.wallonie.be/THEMES/ECO_SOCIALE/EI.htm
7. Zone artisanale de Weyler, 32 à 6700 Arlon – tél. : 063 22 18 73 – 063 2219 93 – fax : 063 23 22 31 –
courriel : lalorraine.administration@skynet.be

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