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Une ligne pour répondre à la maltraitance des seniors

Les ministres bruxellois en charge de l’aide à la personne soutiennent la création d’un accueil téléphonique spécifique pour répondre aux appelsconcernant la violence vis-à-vis des personnes âgées.

30-01-2009 Alter Échos n° 266

Afin de répondre spécifiquement à des appels concernant la violence réelle ou latente vis-à-vis des personnes âgées, les ministres bruxellois encharge de l’aide à la personne ont décidé de soutenir la création d’un accueil téléphonique spécifique.

Rappelons-le par quelques chiffres significatifs : la problématique de la maltraitance des personnes âgées concerne toutes les familles dont un membre est âgé deplus de 60 ans, ainsi que tous les professionnels travaillant dans le secteur de l’hébergement et de l’accueil des personnes âgées. Cela touche en fait des dizaines de milliers depersonnes en Région bruxelloise puisque, en Belgique globalement, les plus de 65 ans représentent plus de 16 % de la population totale. Et la tendance continuera à s’affirmerpuisqu’on prévoit qu’en 2030, un Belge sur quatre aura plus de 65 ans ! À Bruxelles, région plus jeune que les autres, les statistiques de l’INS prévoient qu’une personnesur 5 aura plus de 65 ans en 2030, contre une personne sur 6 aujourd’hui.

Lever un tabou

Malheureusement, il n’existe pas de données chiffrées qui recensent les cas de maltraitance pour la Région de Bruxelles-Capitale. Il faut en effet savoir que les victimesdéposent rarement plainte. Mais d’après certaines statistiques rapportées par le ministre en charge de l’Action sociale et de la Famille à la Cocof, Emir Kir(PS), on sait que 15 % des personnes âgées de plus de 75 ans seraient victimes de maltraitance. Et ces cas de maltraitance seraient, pour 58 % d’entre eux, vécus àdomicile. « La question reste encore aujourd’hui un tabou, explique Emir Kir. La difficulté réside également en ce que les cas de maltraitance sont souventdifficilement détectables. D’une part, de nombreuses personnes âgées ne souhaitent pas porter plainte et, d’autre part, la plupart des symptômes ressemblentà ceux du vieillissement : les hématomes peuvent être dus tant à une chute ordinaire qu’à un cas de maltraitance. De même, comment donner foi aux parolesd’une personne âgée qui devient démente ? Enfin, dernier obstacle et non des moindres : la banalisation de certains actes de la famille proche qui sont pourtant des cas demaltraitance. Comment qualifier, par exemple, l’enfermement d’une personne âgée, quelques heures, le temps d’aller faire ses courses ? »

La maltraitance des personnes âgées est de fait une problématique très vaste qui se décline sous divers aspects : les violences physiques, les violencespsychologiques, l’abus financier, les négligences et l’administration – ou la non-administration – de substances médicamenteuses et ce, dans tous les milieux(familial, institutionnel ou autres).

« La génération prenant en charge un parent vieillissant est souvent une génération sandwich, prise en tenaille entre les petits enfants – dont on aou dont on veut avoir la charge – et les parents devenant dépendants, complète à son tour Évelyne Huytebroeck (Écolo), ministre en charge de l’Aide auxpersonnes à la Cocom. À cela s’ajoute un contexte économique difficile qui impose à certaines familles des solutions peu favorables. Dans de telles conditions, le domicilepeut constituer un huis clos à risque pour la personne dépendante. Par ailleurs, les conditions et les rythmes de travail difficiles en institutions peuvent imposer au personnel unfonctionnement qui, parfois, peut engendrer des dérives institutionnelles, sources de souffrance, comme la banalisation de certains gestes quotidiens qui n’en sont pas moins délicatspour la personne qui les subit ou la rapidité des soins qui peut engendrer une mécanisation des gestes et les déshumaniser. Ainsi, la dignité de la personneâgée n’est pas toujours respectée. »

Dans certains cas, ces situations peuvent mener à de la maltraitance ou la faire craindre. C’est ce qui a amené les ministres bruxellois de l’aide à la personne àmettre en place en Région bruxelloise et à soutenir un Service d’écoute pour personnes âgées maltraitées (Sepam)1. Un service qui existe de longuedate en Wallonie et en Flandre.

De la maltraitance à la bientraitance

Ce nouveau service bruxellois, dont la création avait été projetée, il y a deux ans, dans le cadre du décret relatif à la politiqued’hébergement et d’accueil à mener envers les personnes âgées et dont nous vous parlions dans l’Alter Échos n° 259, a étéfinancé à hauteur de 50 000 euros par la Cocof.

Le numéro fonctionne, en fait, depuis janvier 2008 et connaît déjà un certain succès auprès des personnes âgées, mais surtout des proches(enfants, familles, amis, voisins, assistants sociaux, médecins, personnel soignant, etc.). Afin de diffuser ce numéro de téléphone le plus largement possible, lesdifférents ministres compétents2 étaient réunis ce 26 janvier pour lancer une campagne d’information, constituée d’une affiche et d’un folder, quiseront envoyés dans toute la Région.

C’est l’asbl Infor-Home – Home Info, forte de son expérience dans l’accompagnement des personnes âgées en recherche d’un lieu de vie adapté, qui aété chargée de créer le Sepam. Parmi les missions qui lui sont confiées : l’écoute, l’accompagnement, l’analyse et la sensibilisation.« Nous ne sommes pas là pour stigmatiser ou sanctionner, déclare Marie-Pierre Delcour, directrice d’Infor-Home, mais pour construire de la bientraitance. Il est sûrqu’en cas de danger imminent, nous ne resterons pas les bras croisés, mais nous sommes essentiellement là pour écouter, mettre des mots sur les souffrances, aider àprendre du recul. Souvent, les gens nous confient qu’ils ont l’impression d’être dans un tunnel noir, nous tentons alors de mettre en lumière des pistes qui peuvent lesaider à s’en sortir. Nous leur suggérons d’aller frapper à telle ou telle porte ou nous le faisons nous-mêmes, mais nous n’intervenons jamais sans leconsentement de la personne. »

La mission de sensibilisation

Parmi les dossiers enregistrés jusqu’ici à la permanence téléphonique, plus de 30 % des appelants étaient les enfants de la personne âgée ; 15 %, les personnes âgées elles-mêmes ; le reste des appelants se divisant entre les assistants sociaux, les voisins et la famille élargie. « Nous avons parfois desappels de la famille qui se sent glisser vers la maltraitance et qui demande de l’aide, ou bien des enfants, parfois démunis lorsqu’un de leurs parents qui vit en couple devientagressif avec son compagnon ou sa compagne. La maltraitance peut revêtir différentes formes et constitue un champ très complexe. »

Pour répondre
à cette complexité, de l’autre côté du combiné, huit personnes, les membres de la petite équipe d’Infor-Home, qui serelaient pour assurer une permanence téléphonique deux demi-jours par semaine (ils sont trois du côté néerlandophone). Une personne, à mi-temps, aété engagée pour coordonner le service. À côté de la permanence téléphonique, le volet prévention revêt également toute sonimportance : « Nous développons pour le moment une valise pédagogique pour aller faire de la sensibilisation auprès des professionnels de l’institutionnel, del’hôpital, du domicile et les écoles d’assistant social », confie Marie-Pierre Delcour. Seul hic : avec une équipe déjà au maximum de sescapacités sur la permanence téléphonique, la mission de prévention risque de devenir une véritable gageure…

1. Sepam (Service d’écoute pour personnes âgées maltraitées) :
– adresse : c/o Infor-Homes Bruxelles, bd Anspach, 59 à 1000 Bruxelles
– tél : 02 219 56 88
– courriel : inforhomes@misc.irsinet.be
– site : www.inforhomes-asbl.be.
Le Sepam est joignable par téléphone au 02 223 13 43 le lundi de 12h30 à 16h et le jeudi de 9h à 12h30 ; et son pendant flamand, le Brussels MeldpuntOuderen-Mis(be)Handeling, au 02 511 91 20, les lundi et mercredi, de 9h à 12h30.
2. Le projet réunit plusieurs compétences et les deux Communautés au sein de la Région bruxelloise, à travers l’action sociale et la famille, l’Aide aux personneset la politique des personnes âgées. Outre Évelyne Huytebroeck et Émir Kir, le projet a reçu aussi le soutien des ministres Pascal Smet (SP.A.) et Brigitte Grouwels(CD&V).

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