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Santé

Un cabinet dentaire provisoire pour soigner les plus fragilisés

L’association Médecins du Monde a installé devant ses bureaux anversois un cabinet dentaire provisoire sur roues à destination des patients qui n’ont pas accès aux soins.

L’association Médecins du Monde a installé devant ses bureaux anversois un cabinet dentaire provisoire sur roues à destination des patients qui n’ont pas accès aux soins.

Tamman, allongé sur le fauteuil dentaire, s’apprête à laisser la dentiste ausculter sa bouche. Réfugié syrien présent depuis quelques mois à Anvers, il est arrivé dans ce cabinet atypique par l’intermédiaire de son assistante sociale. Une aubaine pour le jeune homme, tout juste reconnu réfugié, qui doit encore parmi toutes ses démarches s’affilier à une mutualité.

La clinique mobile, réplique d’un cabinet de dentisterie « sédentaire », s’est installée durant trois jours à Anvers, devant l’antenne de Médecins du Monde (MdM). « Nous avons mis en place ce cabinet provisoire pour répondre au besoin urgent de pouvoir dispenser des soins dentaires au public précarisé que nous rencontrons chez Médecins du Monde. Aujourd’hui, on parvient à gérer les urgences en collaboration avec les dentistes de notre réseau mais, à ce jour, 60 personnes se trouvent toujours en attente de soins dentaires. Cette clinique provisoire s’adresse à eux », explique Alexis Andries, coordinateur de MdM Anvers.

Assurer le suivi

Ce cabinet n’a pas une vocation itinérante, comme le bus dentaire en France (voir encadré) ou le Médibus, projet de bus de santé à l’initiative de MdM également, qui va se garer aux abords des gares et des stations de métro de Bruxelles en vue de prodiguer des soins de première ligne auprès des sans-abri et usagers de drogue. « Ici, les personnes doivent avoir pris rendez-vous, après consultation chez un généraliste dans notre Centre d’accueil, de soins et d’orientation (CASO) », précise le coordinateur. Cela pour éviter la désorganisation mais surtout assurer le suivi des patients : « Une partie des patients que nous recevons a besoin de soins dentaires sur la durée ; donc il est nécessaire qu’ils soient accompagnés par des assistants sociaux après leur consultation à la clinique mobile. »

« Il y a un problème crucial d’accès aux soins dentaires préventifs pour toute une frange de la population belge. » Alexis Andries, MdM

Le public compte des personnes qui n’ont pas d’assurance-maladie – sans-papiers, personnes sorties de prison… – mais aussi des hommes et des femmes qui, même s’ils bénéficient de remboursement, n’ont pas accès aux soins. Selon les derniers chiffres de l’ONG, une personne sur trois vivant dans la pauvreté repousse ses visites chez le dentiste. Un rapport de MdM Bruxelles réalisé en 2010 constatait aussi que de nombreux problèmes dentaires étaient rapportés durant les consultations, sans solution possible dans 5 % des cas. « Il y a un problème crucial d’accès aux soins dentaires préventifs pour toute une frange de la population belge », observe Alexis Andries. Et de pointer plusieurs freins : complexité de la procédure pour bénéficier de l’aide médicale urgente (prise en charge des frais médicaux par le CPAS pour les personnes en séjour illégal), accessibilité et coût de la prise en charge

Des situations dramatiques

« Nous voyons beaucoup de situations dramatiques. Caries, plaques dentaires, abcès… Nous accueillons des gens qui n’ont plus vu le dentiste depuis deux, trois ou même six ans… », explique la dentiste bénévole. Comme une quinzaine d’autres, elle a décidé de donner quelques heures de son temps et de son expertise pour ce projet. L’équipe compte aussi plusieurs bénévoles dont la fonction est d’accueillir les patients et gérer la logistique.

Seul bémol : le manque de matériel. « Les consultations se limitent donc souvent à un contrôle », regrette la dentiste. « C’est une première expérience et un métier qu’on connaît peu ; donc il y a quelques problèmes, reconnaît Tom Van Liefferinge, coordinateur des bénévoles. On apprend, on fait des rapports chaque jour et on tirera les leçons pour les prochaines fois. »

Dans l’attente d’une solution structurelle, le cabinet mobile ouvrira ses portes trois fois par an.

À l’avenir, Médecins du Monde a pour objectif d’ouvrir un cabinet « en dur » avec des dentistes bénévoles pour éviter de louer cette version mobile, qui, même si l’association a bénéficié d’un « prix d’ami », reste onéreuse. « Le projet tarde à démarrer car c’est assez difficile à mettre en place, déplore Alexis Andries. Et de noter que la récente décision du conseil communal d’Anvers de permettre aux sociétés privées de dispenser des services sociaux – y compris l’aide aux sans-abri – vient compliquer les choses puisque le Centrum voor Algemeen Welzijnswerk (CAW), partenaire de longue date de Médecins du Monde, pourrait être mis de côté.

Dans l’attente d’une solution structurelle, le cabinet mobile ouvrira ses portes trois fois par an. Prochain rendez-vous en octobre et en décembre. Ce vendredi, il s’installera à Zeebrugge, pour soigner les réfugiés.

 

Bus dentaire en France

Depuis vingt ans, un bus dentaire sillonne Paris et la région Seine-Saint-Denis pour offrir des soins dentaires – souvent urgents – aux personnes défavorisées. Ce projet a été lancé en 1995 par le Conseil national de l’ordre des chirurgiens-dentistes face au constat de l’exclusion d’un nombre de plus en plus grand de personnes à l’accès aux soins dentaires. Plus d’une centaine de praticiens volontaires ont rejoint l’association. Début des années 2000, une coordinatrice sociale a rejoint le bus où elle écoute, conseille et oriente les patients vers des services sociaux aptes à les rétablir dans leurs droits, et tente de les diriger dans la mesure du possible vers des structures de soins fixes.

Infos : http://busdentaire.fr/

 

« Médibus roule pour les sans-abri et les toxicomanes », Alter Échos n°374, 20 janvier 2014, Martine Vandemeulebroucke.

 

En savoir plus

« Médibus roule pour les sans-abri et les toxicomanes », Alter Échos n°374, 20 janvier 2014, Martine Vandemeulebroucke.

 

Manon Legrand

Manon Legrand

Coordinatrice Alter Échos, journaliste (social, logement, environnement)

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