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Qui veut tuer la presse ? La conférence gesticulée de Philippe Merlant

«Pourquoi les médias sont-ils si souvent du côté du manche, du côté du pouvoir, du côté des puissants?» C’est la grande question à laquelle tente de répondre le journaliste Philippe Merlant dans sa conférence gesticulée «Le mystère du journalisme jaune». Il était de passage à l’IHECS, pour une représentation. Compte rendu.

26-03-2015

« Pourquoi les médias sont-ils si souvent du côté du manche, du côté du pouvoir, du côté des puissants ? »C’est la grande question à laquelle tente de répondre le journaliste Philippe Merlant dans sa conférence gesticulée « Le mystère du journalisme jaune »Invitées par le Bruxelles Bondy blog, lIHECS et lAgence Alter, 80 personnes – étudiants en journalisme, citoyens, journalistes – ont découvert son propos et ses méthodes décalées et vivifiantes à l’IHECS. Compte rendu.

« Pourquoi il y a 40 ans je passais pour un héros, et aujourd’hui pour un traître, alors qu’il paraît que les médias ont gagné en indépendance ? », s’interroge Philippe Merlant, journaliste qui a déserté les rédactions au profit de l’éducation aux médias et du journalisme participatif (voir sa biographie ci-dessous).

Dans la peau de Joseph Rouletabille, héros du roman policier « Le Mystère de la Chambre jaune », Philippe Merlant décrypte les conditions réelles de l’exercice du journalisme aujourd’hui et la désaffection du public à l’égard des médias.

Six grandes questions structurent sa conférence intitulée « Le mystère du journalisme jaune » (le jaune étant la couleur de ceux qui sont passés du côté du pouvoir, NDLR) :

Y a-t-il eu crime et quel crime ? Quel est le criminel ? Quelle est l’arme du crime ? Comment fabrique-t-on des criminels ? Comment peut-on prévenir les crimes ?

Le conférencier d’un nouveau genre énumère les coupables de lamoindrissement du rôle fondateur des médias dans la protection de la démocratie – le politique, le capital, le directeur de journal, le journaliste de base, les lecteurs -représentés par des marionnettes. Le procédé est ludique et efficace. Il revient aussi sur l’homogénéisation de l’information, l’apologie du nouveau et du scoop, la peopolisation, la sédentarisation des rédactions, la pensée manageuriale, et autres “armes” pointées sur la tempe du monde médiatique.

Philippe Merlant convoque tour à tour données historiques et sociologiques et expérience personnelle (avec autocritique), passant en revue plusieurs exemples concrets : l’interview fictive de Patrick Poivre d’Arvor avec Fidel Castro. Ou encore le traitement médiatique de l’affaire d’Outreau en France – qualifiée de « faillite médiatique » – qui a révélé en 2004 des dizaines de noms de présumés pédophiles sans tenir compte de la présomption dinnocence. Le public est aussi amené à participer. Et rira d’ailleurs (jaune) lors d’une conférence de rédaction où Philippe Merlant se transforme en rédacteur en chef féroce et peut-être pas si caricaturé qu’on ne le croit.

Parce qu’il est lucide et indigné, mais pas désabusé, Philippe Merlant trace pour conclure des pistes de réconciliation entre information et démocratie : le Web – vecteur d’une certaine démocratisation de l’information (citant les blogueurs des printemps arabes,) -, les expériences de journalisme participatif, la mise sur pied de conseils de presse,… Une conférence nécessaire, à présenter dans les lycées, les maisons de quartier et les écoles de journalisme.

Bio express :  Philippe Merlant

Journaliste professionnel depuis 40 ans, Philippe Merlant a exercé dans de nombreuses rédactions (de Radio France à La Vie en passant par L’Équipe, Libération, Autrement, L’Entreprise, Défis, L’Expansion, Transversales Science & Culture). Cofondateur en 1996 du site « Place publique », il tente depuis cette époque de concilier sa pratique professionnelle avec un travail de réflexion sur cette question : comment réconcilier les médias avec leur public ? Cela l’a conduit à coécrire Médias : la faillite d’un contre-pouvoir (Fayard, 2009). De 2009 à 2012, il a coordonné Reporter citoyen, formation gratuite au journalisme multimédia pour les jeunes des quartiers populaires. Aujourd’hui formateur à l’École des métiers de l’information, il préside l’Université populaire pour une information citoyenne (Upic), espace de réflexion, de formation et de soutien au développement de médias participatifs. 

 

 

Manon Legrand

Manon Legrand

Coordinatrice Alter Échos, journaliste (social, logement, environnement)

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