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Plaidoyer pour l'insertion par le logement

Les associations qui œuvrent à l’insertion par le logement (AIPL) vont être évaluées par le cabinet Doulkeridis. Cette évaluation n’est pas crainte, maiselle est néanmoins critiquée pour sa forme.

25-09-2011 Alter Échos n° 323

D’ici quelques semaines, les associations qui œuvrent à l’insertion par le logement (AIPL) vont être évaluées par le cabinet Doulkeridis. Cette évaluationn’est pas crainte par les membres du secteur mais elle est néanmoins critiquée pour sa forme.

En effet, le cabinet fait appel à des évaluateurs externes et cela dérange le RBDH (Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat), qui regroupe les associationsdu secteur IPL. « Le secrétaire d’Etat au Logement veut faire une évaluation : tant mieux ! Mais elle doit être faite en concertation avec le secteur qui doit avoir son motà dire », explique Werner Van Mieghem, coordinateur du RBDH1. Le RBDH craint que les associations soient jugées sur leur degré de pertinence alors que le secteurest méconnu de tous. Il insiste sur le besoin de communication entre les associations de terrain et les évaluateurs qui ne se rendent pas forcément compte du travail fourni parces asbl.
Les opérations de ces dernières sont cependant précieuses : aide à l’accès à un logement décent, éducation au logement, entretien etamélioration du bâti, création de logements… L’enjeu principal de ces associations est de pallier les manques des politiques du logement qui ne connaissent pas laréalité du terrain. « Nous sommes sur le terrain, nous voyons beaucoup de choses que les politiques ne voient pas. Nous leur décrivons les problèmes et noussuggérons des solutions », explique André Lumpuvika, chargé de mission de l’asbl La Rue2.

Malgré ce travail de fond, ces asbl n’ont pas vraiment de reconnaissance de leur travail. Et pourtant… La Rue, qui s’occupe uniquement de la commune de Molenbeek, traite 155 dossiersindividuels par an tandis que 500 familles bénéficient annuellement de séances d’information. « Le problème dans le droit au logement, c’est que les personnes sontsouvent démunies financièrement, mais aussi culturellement. Beaucoup de gens n’ont pas été scolarisés et ne comprennent pas les documents administratifs. Nousadaptons les textes et nous organisons des ateliers d’alphabétisation », poursuit André Lumpuvika.

Le secteur IPL compte trente-six associations à Bruxelles, qui ont toutes des missions spécifiques selon le type de public : les démunis, les toxicomanes, les personneshandicapées, les immigrés… en bref, toutes les personnes fragiles.

Autre exemple : l’asbl La Vague3 s’occupe d’enfants et d’adultes handicapés. « Beaucoup de jeunes sont placés dans des institutions, mais nous essayons de leurtrouver des familles d’accueil. Nous avons aussi des adultes, avec un handicap physique ou mental, qui veulent vivre seuls. Notre rôle est d’éduquer la personne handicapée, de luifaire connaître ses droits et ses obligations en tant que locataire. Nous nous occupons également de rassurer le propriétaire », explique André Petit, directeur de LaVague.

(t]Etre un acteur à part entière[/t]

Les revendications du RBDH sont simples, mais précises  : faire reconnaître le secteur de l’IPL comme l’un des acteurs de la politique du logement, êtreintégré dans le code du logement, mettre en place un système de pluriannualité des subsides, garantir le traitement des demandes de subsides dans les délaisprévus, augmenter le nombre de logements sociaux, diminuer le nombre de logements vides et insalubres – et en établir une définition claire – et enfin, prévoirune allocation ainsi que l’encadrement des loyers. Ces points sont censés être mis en œuvre pour la période 2009-2014, mais beaucoup d’associations ne voient pas dechangement.

Les logements sociaux sont trop peu nombreux et même si l’accroissement du parc immobilier public est vu comme une solution à la crise du logement, elle n’en reste pas moins uneréponse partielle. Le secteur de l’IPL, qui trouve des solutions alternatives, a toute sa raison d’être. Quelque 38 500 ménages bruxellois sont inscrits sur une liste d’attentepour obtenir un logement social. Un chiffre à peu près égal au nombre de logements sociaux déjà occupés.

« L’article 23 de la Constitution préconise le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. Ceci inclut forcément le droit au logement. La personne quise retrouve dans un logement insalubre perd ce droit », rappelle André Lumpuvika. Quelqu’un qui est menacé d’expulsion, qui vit avec une épée de Damoclèsau-dessus de sa tête, est une personne déboussolée. C’est quelqu’un qui perd tous ses repères. Tant que la situation n’est pas stable, on n’est pas dans le cadre del’article 23. »

1. RBDH :
– adresse : quai du Hainaut, 29 à 1080 Molenbeek
– tél. : 02 502 84 63
– site : www.rbdh-bbrow.be
2. La Rue :
– adresse : rue Ransfort, 61 à 1080 Molenbeek
– tél. : 02 410 33 03
– courriel : la-rue@skynet.be
3. La Vague :
– adresse : avenue Edouard de Thibault, 35 à 1040 Bruxelles
– tél. : 02 735 83 34
– site www.lavague.be/contact_030.htm

Vinciane Malcotte

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